E. de Martonne. Etude sur la crue du Jiu, loc. cit
2. Tismana : J. 72 m/m; p. 51; M. 58; Av. 65; M. 105; J. 128; Jt. 69. A. 39; S. 51; 0. 115; N. 99: l). 87. — A Topesci, le mois d'octobre est plus pluvieux (174) que mai (152).
Dès longtemps ces populations ont dû jouir d'une certaine tranquillité, les razzias des pachas de Yiddin qui désolaient la plaine et remontaient parfois le long de l'Oltu jusqu'à Râmnic, n'allaient pas jusque-là. C'est à peine si quelque vieux paysan se rappelle « le temps des Turcs. »
Aussi la population est-elle ici plus serrée que partout ailleurs en Olténie. Elle oscille entre 80 et 100 habitants par kilomètre carré. Peu de gros bourgs et d'habitations isolées, mais un grand nombre de petits villages, de 400 à 500 habitants en moyenne, qui s'établissent au pied de la montagne, au débouché d'une vallée, sur la terrasse de cailloutis entamée par la rivière, ou sur le flanc d'une des croupes qui séparent deux dépressions. Pas de grande ville, les difficultés des communications ne prêtent pas à la circulation ; mais toute une série de marchés qui sont connus au loin. Târgu Jiu doit, comme son nom l'indique son importance aux foires qui s'y tiennent deux fois l'an et aux marchés qui y attirent chaque semaine toute une population de bergers, marchandes de fruits et petits artisans. Des foires importantes se tiennent aussi à Cârbunesci et à Vàideni au printemps, à Brâdiceni au mois de septembre.
Ainsi par son relief, son histoire géologique, son climat, son hydrographie, sa population, la zone des dépressions subkarpatiques mérite d'être considérée comme un tout à part. On doit cependant ne pas oublier que chaque dépression a son individualité. La plus étendue et la plus profonde est celle dont Târgu Jiu occupe le centre et qu'arrose le Jiu, débouchant de la montagne à Bumbesci. Elle semble encore exercer une sorte d'appel sur toutes les eaux qui descendent des Karpates entre Tismana et Polovraci et c'est à peine si le Gilortu échappe à son attraction.
C'est à l'O. du Jiu qu'on trouve le mieux réalisé le type des dépressions subkarpatiques, telles que nous les avons décrites. Ce sont de larges plaines nettement limitées et séparées par des dos de terrain d'une élévation relative, variant entre 30 et 80 mètres. Leur altitude moyenne est à peu près celle de la dépression de Târgu Jiu. Les cours d'eau y entaillent faiblement la terrasse de cailloutis et ont une allure divagante.. A l'E. du Jiu, on trouve au contraire des plaines relativement peu étendues, d'une altitude moyenne supérieure à 500 mètres, à peine séparées l'une de l'autre par des ondulations presque insensibles et entaillées profondément par des rivières qui parfois entament la roche en place. A Polovraci, l'Olte^u
s'est scié une gorge profonde jusque dans le sarmatique et le flysch tertiaire plissés et recouverts par les cailloutis pliocènes 1. A Yaideni, le Luneavetu a creusé son lit dans les grès du flysch éocène fortement plissés. Il paraît évident que l'affaissement a été ici moins notable qu'à rO. du Jiu et l'érosion y est actuellement très intense.
A TE. de l'Oltu, nous retrouverons les dépressions subkarpatiques de moins en moins nettement accusées ; leur véritable aire d'extension est dans le département de Gorj, entre Tismana et Bumbesci. A TE. du Jiu, on a plutôt de hautes terrasses auxquelles on peut donner le nom de terrasses subkarpatiques et dont le type le plus parfait est la terrasse de Polovraci. Mais malgré des différences de structure physique, on reconnaît aisément une parenté d'origine et d'aspect avec les plaines de Tismana et de Brâdiceni. Le sol est aussi fertile, la population aussi dense et aussi active.
Les centres d'attraction ne peuvent cependant être les mêmes. A TE., les foires de Vâideni et de Carbunesci attirent les paysans; mais à partir de Polovraci, c'est surtout vers la vallée de l'Oltu que descendent les carute aux jours de marché; Hâmnic, Târgu Ocna et Rîureni, la ville des grandes foires internationales sont connues des plus petits enfants. A l'O., Târgu Jiu est la métropole, mais du côté de Tismana, on est plutôt attiré vers le bourg commerçant de Baïa de Arama. Caché derrière un rideau de hautes collines que le Motru traverse en une vallée étroite, au milieu d'un bassin d'accès difficile, lorsqu'on vient du S., Baïa de Arama est une petite ville tout entière tournée vers la montagne et qui marque à peu près la limite de la zone des dépressions subkarpatiques avec ce que l'on a appelé le Haut plateau de Mehedinti.
Pour comprendre la nature de cette région, on fera bien de gravir, par une claire matinée, quelqu'une des crêtes calcaires qui dominent la vallée de la Cerna, vers Herculesbad (Sulita ou Lunca Câinelui). En tournant le regard vers l'E., on voit, au-dessous d'un abrupt bien marqué, s'étaler une sorte de plateau mamelonné, qu'entarllent des vallées étroites et profondes. L'ensemble a l'allure d'une espèce de cuvette très légèrement concave et inclinée vers le S., au centre de
1. K. A. Redlich. Geologische Studien im Gebiel des Oit und Oltetzthales in Rumânien, Jahrb. K. K. Geol. Reichsanstalt, XLIX, 1899, p. 1.
laquelle la vallée de la Topolni^a est sciée comme une rigole chargée de recueillir les eaux. Des bosses s'élèvent çà et là comme des excroissances parasites. La plus haute est celle du Godeanu (762m), dominant de plus de 300 mètres le reste du plateau. Au loin vers le N., se dessine la silhouette de Piatra Closanilor et les cimes déchiquetées de la chaîne cristalline des monts de la Cerna. A droite, vers le S., on voit nettement le plateau s'abaisser brusquement et l'on devine la vallée du Danube. Vers l'E., une longue crête, qui n'est autre que le rebord des collines tertiaires commençant à Baïa de Arama, ferme l'horizon. Sur tout ce plateau qui semble un marchepied gigantesque pour gravir les cimes des Karpates, l'œil cherche vainement les villages. Des forêts forment çà et là des taches sombres, mais la note claire des vergers, piqués de maisonnettes au toit fumant, n'apparaît presque nulle part.
Si l'on descend vers la vallée de la Topolnija, on peut vérifier l'exactitude de la vue d'ensemble qu'on vient d'avoir. C'est une alternance de profonds ravins, souvent même de véritables gorges et de croupes arrondies, formant des dos plats toujours voisins de 500 mètres. Les villages sont rares, tapis dans les vallées, à flanc de coteau, toujours à une certaine distance du lit de la rivière.
Le nom de Haut plateau de Mehedinti, donné à cette région par un géologue roumain, semble bien lui convenir. Formée essentiellement de schistes cristallins plissés suivant une direction N.-N.-E. — S.-S.O., et dans lesquels se trouve pincée une traînée de calcaires mésozoïques, allongée du N. au S., elle doit son individualité à un affaissement qui s'est produit le long de failles parallèles au rebord actuel des Karpates 1. De petits bassins tertiaires dont on trouve les restes à Bahna, Topile, Fântânele et Balta 2, montrent qu'elle a même été réduite avant le miocène à l'état de plaine basse. L'érosion qui a raviné si profondément le plateau est due sans doute à un mouvement d'exhaussement postérieur et à la formation de la vallée danubienne. Elle semble encore être plus active dans la partie méridionale où la Topolnita et la Bahna drainent toutes les eaux vers le Danube, que dans la partie septentrionale où la Cosustea les entraîne vers l'E. au profit du Motru.
1. L Mrazec. Note sur la géologie de la partie S. du haut plateau de Mehedinti, Bull. Soc. Se. phys. Bue, 1896.
2. Sabba Stefanescu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie.
Le N. de cette région est d'ailleurs à tous égards plus favorisé que le S. La tramée calcaire s'y étale, formant un plateau encore en grande partie couvert d'une belle forêt de chênes et de hêtres, crevé de dolines, plein de grottes, de vallées sèches, de lacs périodiques. Ponoare est célèbre par ses ponts naturels, ses cavernes, ses quatorze kzeri (lacs) * (v. planche F). Le fond asséché des dolines où se rassemble une bonne terre végétale est toujours occupé par un petit champ ; au bord des plus grandes on trouve généralement un groupe de maisons. C'est à ses nombreuses dolines que Ponoare doit son nom (ponor = doline), et peut-être son existence.
A part ces régions calcaires, le haut plateau de Mehedinti est un pays pauvre et dur à l'habitant. Le sol est maigre, pas de limon comme dans la région des collines. Sur les flancs escarpés des vallées, le ruissellement emporte la terre végétale. De grandes forêts de chênes et de châtaigniers couvraient jadis toute cette contrée, imprudemment déboisée. Les pluies sont très abondantes (Balta 956 m/m, Baïa de Arama 1,106 m/m), et l'imperméabilité du sol, jointe à la pente excessive des thalwegs, rend les crues redoutables. La Topolnita surtout et la Bahna sont connues pour des rivières mauvaises.
Le climat est rude dans toute la région. Sur le plateau, les gelées nocturnes commencent dès septembre et la neige tombe en octobre. En automne et au printemps, le brouillard noyé les vallées profondes et ne se lève pas toujours dans l'après-midi. Le blé vient mal. La population est misérable, les maisons mal bâties, sans air, souvent groupées en petits hameaux de 100 à 200 habitants. La densité moyenne atteint à peine 20 habitants par kilomètre carré. Pas un seul centre important : dans le S. c'est Turnu Severin, qui est la ville : dans le N., on est davantage attiré vers Baïa de Arama.
Le liant plateau de Mehedinfi est le coin le plus déshérité de toute l'Olténie, comme la zone des dépressions subkarpatiques en est le pays le plus riche. La moyenne est donnée par la région des collines qui s'étend au S. jusqu'à Craïova et à l'E. jusqu'à l'Oltu.
1. Draghlceaxu. Mehedinti, Studii geologice, Bue, 1885. — Toula. Eine geologische Rei>e in die Transsylvanischen Alpen, Ver. /. Verbr. Naturwiss. Kenntn. Wien. — Mrazec, loc. cit., et d'autres ont célébré les merveilles de Ponoare. Bonne photographie du pont naturel dans Toula.
Lorsqu'on gagne Bucarest en chemin de fer en partant de Târgu Jiu, le trajet de Carbunesci à Filiasi peut donner une juste idée de l'aspect le plus attrayant de cette contrée. La ligne suit la large vallée du Gilortu, où la rivière serpente au milieu de champs de maïs, parfois à demi-enterrés sous le limon déposé après les grandes pluies de printemps. De hautes collines s'élèvent à droite et à gauche ravinées par une érosion puissante, qui parfois détache des mamelons isolés et creuse des vallons aux berges escarpées. Leurs flancs encore boisés ne s'abaissent pas par une ponte continue, mais par une série de ressauts formant des terrasses. On a bientôt remarqué qu'une de ces terrasses se poursuit avec une netteté et une continuité frappante, dominant de 20 à 50 mètres le fond de la vallée. C'est là que se postent les villages toujours éloignés du fie vive. Leurs maisons à demi cachées parmi les vergers, grimpent le long des coteaux et se montrent partout où débouche un vallon latéral. Au milieu de l'été, quand la brise fait onduler à perte de vue les panaches de maïs et que les collines baignées de soleil détachent leur silhouette tranquille sur un ciel d'un bleu éclatant, on a l'impression de traverser un pays calme, riche, facile et doux à l'homme.
Mais pour avoir une idée complète de cette région il faut quitter les grandes vallées. En gravissant les pentes assez raides des collines par un de ces chemins pierreux, encore bons pour la caruta du paysan, on débouche sur une plate-forme ondulée, couverte de taillis de chênes qui bouchent la vue de tous les côtés. On peut marcher longtemps sans voir aucune habitation ; des vallons plus ou moins profonds forcent à de continuelles montées et descentes. Parfois la forêt s'éclaircit, un hameau apparaît groupé autour d'une source ; l'eau est rare sur ces hauteurs. L'aspect sera le même jusqu'à ce qu'on débouche dans une grande vallée comme celle de l'Amaradia ou de l'Oltefu.
Telle est à peu près partout la région des collines, pays montueux, n'offrant nulle part de relief supérieur à 600 mètres, dédale de vallées qui s'abaissent de 250 mètres à 100 mètres, et de croupes arrondies qui sont les restes d'un plateau incliné vers le S. de 500 à 250 mètres. Des argiles, des marnes, des sables, déposés par les mers miocènes et pliocènes, restés à peu près horizontaux et ravinés par une puissante érosion, sont les seuls éléments qui constituent cette région.
On sait qu'à la fin du tertiaire, Tare karpatique était déjà à peu près formé. Au Pontien, la Valachie et la Moldavie septentrionale, n'offraient déjà plus qu'un lac saumâtre, où se déposaient successivement des marnes passant du gris blanchâtre au gris bleu avec Valenciannesia annulata, des marnes, jaunes, tendres, souvent sableuses, riches en congédies et contenant les premiers Tylotoma, enfin des sables mêlés de petits lits marneux avec Dreyssensia, Unio et Tylotoma 1. Ces niveaux ne se retrouvent pas partout ; ce n'est qu'en Olténie qu'on peut les observer tous les trois 2. L'alternance des couches sableuses et marneuses qu'ils présentent a favorisé la production de ressauts de pente en forme de terrasses. Avec le pliocène, on voit la dessalure des eaux s'accentuer ; c'est un véritable lac qui s'étale en Yalachie, de plus en plus envahi et comblé par les sédiments. Des marnes argileuses, auxquelles succèdent des sables, puis de nouveau des marnes, tels sont les dépôts laissés par cette grande lagune qui, en Olténie, ne semble pas avoir été plus loin au X. que Pesceana (sur le Jiu) 3. A ce moment une bonne partie de la région des collines était exondée et déjà soumise à une vigoureuse érosion. Les couches prenaient la légère inclinaison vers le S.-E. qu'on observe dans les vallées du Grilortu, du Jiu et du Motru. Le plaisancien paraît être resté horizontal.
C'est donc uniquement l'érosion qui a créé le relief de la région. Les rivières se sont établies en suivant la pente générale du sol vers le S. -S.-E., et en s'allongeant sur les surfaces découvertes par les eaux en retrait. Le Motru, le Jiu, l'Amaradia et l'Olte^u ont centralisé le drainage. Leurs affluents sont à peu près tous comme eux des cours d'eau conséquents. L'évolution du réseau hydrographique ne semble pas riche en épisodes intéressants. Cependant, il paraît certain que le creusement des vallées ne s'est pas fait sans à-coup. Le fond de toutes les grandes vallées, Oltetu, Gilortu, Jiu, est formé par une terrasse de cailloutis, recouverte de limon plus ou moins profondément entaillée par la rivière. C'est sur cette terrasse que sont établis routes et chemins de fer. Au-dessus, on observe à flanc de coteau, une terrasse dans la roche en place, dont la continuité est si parfaite qu'elle ne peut être due à une couche plus résistante. Le même phénomène se retrouve dans toute la Munténie, dans les vallées
i. .-. Stefanescc. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. Tylotoma est une espèce de Vivipara dont l'évolution permet de suivre le retrait des eaux et la dessalure progressive du lac plaisancien.
t. S. Stefànescu. op. cit., spéc. pp. 143-145.