‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 84 sur 195 · Antipa, op. cit., p · texte numérisé non relu

Antipa, op. cit., p

2. Heckel et Knerr. Die Siïsswasserfische der Oesterreischichen Monarchie mit Rùcksicht auf den angrânzenden Lànder, Leipzig, 1858. — Seeley. The fresh-water fishes of Europa, London, 1886. — Antipa. Studii asupra pescârilor.

3. Antipa. Legea pescuitului ci resultatele ce le a dat Bue, 1899.

sandres, silures, tanches et carpes d'assez belle taille. Mais, c'est après les grandes crues qu'on fait les plus belles captures. La pêche de l'esturgeon est organisée surtout dans la région du delta. C'est là qu'on prend les plus beaux exemplaires de YAcipenser Huso, qui donne le caviar de première qualité. Cependant, on en apporte encore d'assez beaux au marché de Brâila.

La population adonnée à la pêche n'est encore qu'une assez faible portion de la population riveraine du Danube. Les pêcheurs habitent de rares hameaux établis au bord du fleuve, sur un point un peu plus élevé de la berge, parfois entouré de marais comme Bertesci, Polizesci près du Calmatuiu, Azârlae en face de Gala^i, Grhicet en face de Bràila. Ils ont dans la Balta des habitations temporaires : huttes formées de claies d'osier et de roseaux que les crues emportent souvent. Les maisons des surveillants, élevées sur une plate-forme en pierre sèche, accompagnées de hangars en pisé et en claies, où l'on prépare le poisson salé, sont un peu plus abritées. Pourtant, les grandes eaux y viennent parfois jusqu'aux fenêtres.

La Balta n'est pas un lieu sûr pour l'homme. Le peu de culture qu'on y fait est pratiqué un peu au hasard. Après les crues du printemps, celui qui a quelques grains en réserve se hâte d'ensemencer les vastes prairies couvertes de limon. Dans ce sol gras, sous les rayons ardents du soleil, les céréales poussent avec une vigueur et une rapidité inouïe. Si l'on a la chance que la prochaine crue n'arrive pas avant la moisson, c'est une bonne récolte ; sinon on se console aisément. C'est le Danube « Asa ie Dunârea, » dit le paysan, comme le montagnard dit, d'un air résigné : « Asa ie la munte ! » Pour le pâturage, les prairies découvertes pendant les maigres d'automne sont encore une ressource. Les moutons et même les vaches y trouvent jusque sous la neige d'hiver, une herbe verte et fraîche.

En somme, la plus grande partie de la population riveraine du Danube est formée par des cultivateurs qui ensemencent et moissonnent les plaines steppiques du Buzeu, du Bârâgan, du Teleorman, et viennent chercher, sur la berge du grand fleuve, les sources jaillissant à flanc de coteau ou l'eau facile à atteindre par des puits peu profonds, l'abri de quelques bouquets de saules ou de chênes, et le voisinage de fourrés de roseaux pour se chauffer et confectionner les objets domestiques les plus usuels. Depuis l'embouchure du Jiu, c'est, sur le rebord de la terrasse limoneuse valaque, une succession à peu près continue de gros villages, tellement serrés, que, même

sans retrancher la surface occupée par le fleuve et les lacs latéraux, la densité de la population s'élève, dans la vallée danubienne, à plus de 70 habitants par kilomètre carré entre Bechet et Calarasi.

Le long de la Balta, les villages, tantôt dispersés tout autour de plaines souvent marécageuses, comme celle du Coscova^u, à l'embouchure de la Jalomita et du Calma^um, tantôt alignés sur le bord de la terrasse, dominant le Danube de 30 à 40 mètres, comme entre Calarasi et Burdusani, donnent encore, si l'on met à part la Balta proprement dite comprise entre les deux bras du Danube, une densité supérieure à 60 habitants par kilomètre carré. Dans beaucoup de ces villages, le paysan se fait au besoin pêcheur. Mais c'est la culture du sol fertile et sec de la terrasse diluviale qui est la principale occupation.

L'active circulation commerciale qui s'est développée, surtout depuis un siècle, sur le bas Danube, a cependant complètement transformé la physionomie d'un certain nombre de ces bourgades. En face des anciennes cités romaines de la rive bulgare, se sont formés, suivant la loi des villes-ports, des ports de plus en plus prospères. À Yiddin s'oppose Calafat, à Nicopoli, Turnu Mâgurele, à Silistra, Calarasi. La création du réseau de voies ferrées, qui manque en Bulgarie, a puissamment contribué à assurer la suprématie aux ports roumains. La facilité des débouchés donnés ainsi à l'agriculture des plaines valaques, a rendu de plus en plus active l'exploitation de ces belles terres à céréales. Le peuplement récent des régions semi-désertiques du Baragan et du Buzeu, autant que l'afflux de populations agricoles sur la berge danubienne, sont dus ainsi au courant commercial qui circule sur le grand fleuve.

La vallée danubienne, avec ses solitudes marécageuses d'où l'homme semble proscrit, se trouve donc être devenue un des facteurs les plus importants de la vie économique de la Yalachie, un des points où l'activité humaine est le plus sensible et le plus féconde. C'est la zone où l'on trouve le plus cle villes, et l'aspect moderne que présentent des cités comme Brâila ou Oralati, ou même des ports moins importants, comme Calafat, Giurgiu, Calarasi, témoigne des transformations accomplies dans l'espace de quelques années. C'est par cette voie internationale du Danube, suivie jadis par les Vénitiens, et où circulent maintenant les bateaux de la Compagnie austro-hongroise, les péniches chargées de céréales et les bateaux grecs à demi-enterrés sous des montagnes de bois, où

viennent stationner, à Galati et Braila, les vapeurs et trois-mâts anglais, allemands ou russes; c'est par cette route européenne, jalonnée de villes cosmopolites, que la Valachie s'ouvre surtout aux influences occidentales qui tendent à la pénétrer de plus en plus.

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