CHAPITRE XVI
Ethnographie de la Valachie,
I. Les éléments étrangers. — II. La population roumaine. Son origine. III. La question de l'origine des Roumains au point de vue géographique.
Malgré la variété d'aspects, dont nous avons tenté de donner une idée, la Yalachie représente une région d'une remarquable unité au point de vue ethnographique. Placée au cœur de cette Europe orientale où les remous des invasions et des déplacements de peuples n'ont pu encore s'apaiser, aux portes de cette péninsule balkanique où la mêlée des races est encore assez ardente pour compromettre l'équilibre politique, elle offre ce spectacle étonnant dans un pareil milieu, d'un pays ethnographiquement pur. Celui qui vient de traverser F Autriche-Hongrie, ou qui arrive du S. à travers la Macédoine et la Bulgarie, accoutumé à entendre une nouvelle langue tous les cent kilomètres, n'est pas peu surpris d'ouïr le même idiome d'un bout à l'autre de la Yalachie, de retrouver à peu près les mêmes types et les mêmes coutumes de Vârciorova à Gralati, de Predeal à Giurgiu.
La Yalachie appelée aussi parfois la grande Roumanie (România mare), méritait par là d'être le noyau du nouveau royaume roumain dont elle renferme la capitale. L'élément étranger y est très peu de chose et habite à peu près exclusivement les villes.
Telle est, particulièrement, la situation des Juifs, qui forment, même au point de vue légal, une population nettement à part de tout le reste, en butte à une hostilité systématique. En Olténie, ils sont à peu près inconnus. Ce n'est qu'en Munténie qu'on les rencontre en proportion appréciable. Les départements d'Ilfov ei de Eâmnic
sont les seuls où ils représentent plus de 4 % de la population 1. Encore sont-ils limités aux grandes villes comme Bucarest et Râmnicu-Sârat, où ils se livrent au commerce et exercent la profession d'aubergiste, que la loi leur interdit dans les communes rurales. D'après le dernier recensement, on compte plus de 43,000 israélites à Bucarest (17 % de la population totale), à Râmnicu-Sarat, plus de 1,600 sur 13,000 habitants 2. A Ploiesci, ils sont 2,400 sur 42,600 habitants, à Braila 10,000 sur 68,000 habitants. La plupart sont venus au XYIIP siècle de Constantinople, où se réfugiaient depuis longtemps les Juifs persécutés en Espagne. Quelques-uns sont descendus de la Moldavie, où l'immigration constante des israélites galiciens et polonais a mis la question juive à l'état aigu 3.
Comme les Juifs, les Grecs sont avant tout des citadins et des commerçants. Leur nombre a sensiblement diminué depuis la fin de la domination phanariote. C'était alors un pays béni que la Valachie pour les Grecs, on la préférait à tous les pays voisins.
Ka>»7 vj MicoyïïivtK (la Moldavie), x«)riT£oyj w BÏoc/Ik 'xa),>7 yj Ovyypicx, xa^yjTgpyj
Le Phanariote qui avait acheté à prix d'or de la Porte, la place de Hospodar, amenait avec lui toute une foule de clients, de créanciers, qui venaient avec l'intention bien arrêtée de mettre le pays en coupe réglée. Une partie de ces gens s'éclipsait lorsqu'un nouveau prince venait remplacer le hospodar déchu, emprisonné, ou simplement décapité par ordre du sultan. Mais il en restait toujours assez pour que la population grecque s'accrût insensiblement. Bucarest était alors le centre de l'hellénisme, pendant qu'Athènes gémissait sous le joug turc. Dans cette ville où est née l'hétairie, d'où est parti le soulèvement d'Ypsilanti, il est probable que près de la moitié de la population était grecque. Dans la campagne, le Grec faisait le commerce des grains et étalait aux foires tous les produits étrangers connus sous le nom d'articles de Leipzig et de Brasov 5.
1. D. Sturdza. Suprafata si populatiunea Regatului României, Bull. Soc. Géogr. Rom., XIV (1895), 1806.
2. Recensimenlul gênera] al populatiunei României, 1899. Resultate provisori Bue, 1900.
3. Voir E. Picot. La question des israélites roumains. Paris, 1868. — Hasdeu. Istoria toleranfei religioase in România, 2e éd., Bue., 1865.
4. Aaxexaï 'Ev-nysoi^eç de César Daponïès cité in P. Eltade. De l'influence française sur l'esprit public en Roumanie, p. 104.