IX. — Languedoc et Roussillon
Les renseignements que nous possédons visent surtout les régions viticoles à grands rendements, à l’exclusion de régions de coteaux et de garrigues, sur lesquelles nous n’avons que très peu d’indications.
Il faut tout d’abord retenir que, au moment de la déclaration de guerre, le Midi viticole était sorti depuis quatre ans seulement xle la longue crise de mévente qui avait provoqué l’effondrement des cours des propriétés viticoles. La valeur de la propriété s’était affirmée et relevée, mais les prix de vente de la période 1910-1914 s’étaient maintenus dans une limite modérée.
Depuis la hausse des prix du vin (passés de 27 francs l’hectolitre en 1914 aux prix actuels, c’est-à-dire à près de 100 francs l’hectolitre), les bénéfices réalisés par les viticulteurs ont été très considérables malgré l’élévation énorme des frais de culture et autres. En 1918, le prix de revient d’un hectolitre de vin calculé d'après la comptabilité d’une très grande exploitation viticole, ne négligeant rien comme travaux culturaux, s’élevait à 43 francs, laissant une marge de bénéfice dépassant $5 francs par hectolitre. De pareils profits ont forcément influé sur la valeur de la propriété viticole, car ils ont amené dans le Languedoc d’énormes quantités de billets de banque.
La hausse est générale. Elle est d’au moins 100 0/0 et, dans certains cas, elle approche de 200 0/0, c’est-à-dire du triple des valeurs d’avant-guerre. Les petites parcelles achetées par convenance atteignent parfois des prix extraordinaires. Et nous ne tenons pas compte, pour donner ces chiffres, des achats conclus récolte sur souche peu
avant les vendanges, à des prix presque extravagants. Malgré la hausse constatée, les cours pratiqués depuis 1917 n’étaient pas complètement inconnus avant 1900, période d’extrême prospérité. Cela nous permet de signaler à nouveau le caractère incertain des valeurs viticoles. Ce sont des valeurs de spéculation.
Les acquéreurs sont très divers. Les petits et les moyens propriétaires s’agrandissent par des achats de parcelles. Les grands propriétaires, lorsqu’ils ont fait de bonnes années (tous n’en ont pas fait), consolident volontiers leur gain en achetant des propriétés bâties ou des propriétés à céréales et à fourrages.
Les commerçants enrichis, les mercantis de tout acabit, — et ils ne manquent pas dans cette région qui borde la mer et qui se prête à toutes sortes de spéculations plus ou moins honnêtes, — achètent volontiers des grandes propriétés viticoles.
L’importance des transactions s’est sensiblement accrue. C’est ainsi que pour l’un des départements du Languedoc viticole le total annuel des droits de mutation a suivi la progression suivante :
Moyenne avant la guerre. ...... 1.200.000 francs
1917 (3.250 contrats) . 1.400.000 —
Ces chiffres portent à la fois sur les propriétés bâties et les propriétés non bâties. On peut en conclure que les transactions ont plus que doublé.
Voici quelques faits qui éclaireront la situation générale décrite ci-dessus :
Dans le Narbonnais, en 1919, un domaine de 50 hectares se vend 700.000 francs, spit 14.000 francs l’hectare.
Dans la région de Lézignan, un domaine de 63 ha 79 payé 180.000 francs en 1896 (bonne période) se vend 400.000 fr. en 1918 (6.300 francs l’hectare).
Dans la même région, un domaine de 82 hectares payér