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VII. — Dauphiné et Savoie

Dans la région de Grenoble, la propriété a augmenté de valeur dans la proportion de 30 à 50 0/0, et tout ce qui est à vendre se vend. Les acquéreurs sont les cultivateurs.

Dans la Savoie, région de Chambéry, on constate fréquemment deshausses de 100 0/0. Une propriété de 12 ha 40, située dans le canton de Montmélian, évaluée 30.000 francs en 1913 vaut maintenant 60.000 francs. Une autre propriété située près de Chambéry passe de 40.000 à 70.000 fr.

Une propriété de 13 hectares, située dans le canton de Montmélian, réalisée en détail, a atteint le prix excessif de 181.500 francs, soit 14.000 l’hectare. Une ferme de 15 hectares du même canton (d’un seul tenant) s’est vendue 75.000 francs en août dernier.

En montagne, la hausse est également très forte.

,VIII. — Provence et région de Nice.

En Provence, le mouvement immobilier se résume comme suit : accroissement considérable du nombre de ventes

amiables et hausse surtout forte pour les grandes propriétés de la Camargue.

Les grands domaines de la Camargue (communes d’Arles et des Saintes-Maries) constitués par des terres à céréales et à fourrages (arrosables ou non), des pâtures et des vignes, ont bénéficié d’une hausse de 5o à 75 0/0 par rapport aux prix de 1914. Les fermages ont aussi fortement augmenté. Un domaine de 300 hectares ayant été acquis par son locataire était immédiatement l’objet d’une offre de location pour trente ans au prix de 13.750 francs (45 francs l’hectare), alors qu’il était loué précédemment 8.000 francs. Ce domaine venait d’être vendu 150.000 francs par des propriétaires ignorant les cours de la propriété.

Deux domaines, l’un de 110, l’autre de 340 hectares, viennent d’être loués : le premier 227 francs l’hectare, le second 147 francs l’hectare, alors qu’ils rapportaient à peine 80 francs par hectare avant la guerre.

Les acquéreurs sont presque toujours les fermiers.

La petite propriété provençale, constituée par des terres arrosables ou non, plus ou moins morcelées, se vend plus aisément qu’avant la guerre, mais les prix qui étaient déjà très élevés en 1914, n’ont parfois subi qu’unefaible augmentation, sauf pour les parcelles de qualité exceptionnelle et bien situées dins le voisinage des agglomérations.

Dans le Vaucluse les terres maraîchères et les vignes en bon état et en bon sol ont subi une forte hausse qui atteint 100 0/0 de la valeur d’avant guerre, mais ceci n’est vrai, en ce qui concerne les terres maraîchères, que pour les petites surfaces (12 à 15 éminées de 8 ares 75).

Dès qu’on s’écarte des vallées fertiles et arrosables la hausse diminue d’amplitude et n’est plus, pour la moyenne des terres, que de 25 à 30 0/0, parfois 50 0/0 en certaines régions de grands domaines que l’on morcelle et où la propriété paysanne s’organise et se développe.

Dans certaines autres régions où la propriété déjà morcelée avait déjà, en 1914, atteint de hauts prix (12.000 francs l’hectare pour les terrains maraîchers, 6 à 8.000 francs l’hectare pour les bonnes terres de plaine arrosables), la

hausse est insignifiante 10 0/0 environ, "mais les ventes sont très faciles et les demandes de propriétés rurales dépassent de beaucoup les offres. On peut citer, dans ce cas, sur la rive droite du Rhône, dans le Gard, les terrains de la vallée de la Gèze.

Dans la région d’Avignon les prairies arrosabies ont subi une forte hausse : 60 à 80 0/0. Cette hausse est cependant inférieure à celle des bonnes terres maraîchères de la même région.

Les acquéreurs ordinaires sont les cultivateurs et principalement les fermiers. Les nouveaux riches se sont rendus acquéreurs de propriétés dont le rapport est complété par l’agrément. C’est ainsi qu’un domaine de 75 hectares situé dans le voisinage d’Avignon, qui valait 400.000 francs en 1912, a été vendu 550.000 francs en 1918 (37 0/0 de hausse).

D’une manière générale le mouvement immobilier se traduit par une division plus grande de la propriété et la propriété paysanne est en progression très nette. Les cultivateurs cherchent de plus en plus à employer leurs billets de banque en terres. La dette hypothécaire à partout très sensiblement diminué sur les biens ruraux et les notaires sont unanimes à dire qu’ils ne font plus aucun placement hypothécaire.

La situation foncière, dans le Var, s’est très sensiblement améliorée pendant la guerre, ce département ayant pu profiter largement de la main-d’œuvre étrangère et prisonnière.

Dans la plaine du Var, qui avoisine le littoral et où domine la culture de la vigne, la hausse va de 50 à 100 0/0 ; dans l’arrondissement de Brignoles, où la culture de la vigne est moins développée et la production moins régulière, mais où les bois occupent une place importante, la hausse est, pour cette raison, anssi importante.

L’activité des transactions immobilières a doublé. Il est peu probable cependant que la hausse s’accentue encore, car les viticulteurs, qui réalisent à l’heure actuelle des bénéfices extraordinaires, peuvent redouter une diminution

des prix de vente du vin qui modifierait leur situation. Les difficultés de main-d’œuvre constituent d’ailleurs un frein très puissant pour empêcher une accentuation de la hausse.

Dans la partie moyenne et montagneuse des Alpes-Maritimes, fortement dépeuplée avant la guerre, lès transactions restent rares, mais elles se font cependant avec une plusvalue de 20 à 50 0/0 pour tes propriétés qui sont achetées par convenance personnelle . Ce sont là plutôt des exceptions, et il reste bien des propriété à vendre qui ne trouvant pas d’acquéreurs. En effet, la propriété est très morcelée, la culture très onéreuse et la main-d’œuvre coûteuse et rare.

Dans la partie du littoral des Alpes-Maritimes où se pratiquent les cultures florales et horticoles, la valeur reste plutôt stationnaire, malgré l’élévation des prix de vente des produits, et cela en raison des difficultés de transport et

9 de la fermeture de certains débouchés d’avant-guerre. Les transactions se font plus aisément aux prix d’avanl-guerre, qui étaient d’ailleurs fort élevés.

' Par contre, les prairies arrosables de la vallée du Var (terrains d’alluvions) ont bénéficié d’une plus-value de 25 à 50 0/0. Les vignes profitent de la même hausse. Quant aux bois, qui se vendaient très mal en 1914, ils ont haussé dans une proportion minimum de 100 0/0, sinon plus.

Il faut noter un fait qui montre combien, en matière immobilière, la valeur est loin d’être toujours fonction des prix de vente des produits et comment d’autres facteurs arrivent à maintenir une situation mauvaise ou médiocre. Les olives ont augmenté dans une forte proportion : de 4 à 5 francs le double-décalitre à la récolte, le prix s’est élevé à 15 et 20 francs, laissant aux producteurs un gros bénéfice. Certaines communes ont réalisé, grâce à la production oléicole, en un an, un million et plus de recettes. On pouvait espérer que cette situation amènerait une reprise de la culture de l’olivier. Il n’en est malheureusement rien. Les oliveraies n’ont guère augmenté de valeur, et on peut dire seulement qu’elles sont moins en défaveur qu’avant la guerre.

Dans toute cette région du littoral, la question de la main-d’œuvre est capitale, et c’est elle qui contrarie, au point quelquefois de l’annihiler, le mouvement de hausse qui devrait résulter de l’énorme relèvement des prix des produits agricoles.

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