X. — Gascogne
Nous avons décrit la situation foncière lamentable de la Gascogne avant la guerre. La cause principale de cette situation persiste toujours, mais les cours élevés des denrées agricoles ont amené néanmoins une sensible augmentation des prix en même temps que de plus grandes facilités de vente. ^
Pour les bonnes terres, qui trouvaient assez aisément acquéreurs avant la guerre, la hausse est de 20 à 25 0/0. Pour les terres dépréciées et difficilement vendables en 1914, la hausse est plus accentuée parce que les cours d’avant-guerre s’étaient vraiment trop avilis. La hausse dépasse parfois 50 0/0. Cette hausse ne s’accentue pas; on observe plutôt un léger tassement.
Les acquéreurs sont à la fois des fermiers, des métayers* des nouveaux riches et aussi des étrangers au pays.
L'importance des transactions immobilières a plus que doublé. x
Nous avons relevé dans une note récente concernant la région de Mirande (Gers), les observations suivantes : « Aujourd’hui, par suite des prix du vin et du bétail, les propriétés rurales donnent un produit d’éxploitation extrêmement élevé, surtout par rapport à leur ancienne valeur vénale, mais à condition qu'elles soient cultivées . Or, en dépit des profits considérables de la culture, il est aussi difficile qu’avant la guerre de trouver des métayers et des domestiques. Actuellement il se fait dans la région quelques mutations, mais les acquéreurs sont surtout des étrangers au pays, venant du nord de la France. Aussi, bien que l’on constate une forte progression dans les prix des ventes amiables, des ventes judiciaires seraient presque aussi aléatoires que par le passé. La propriété n’a pas de cours réel, pas de marché. Nous craignons que cette région du Gers, malgré la prospérité agricole générale, se retrouve bientôt, faute de main-d’œuvre, dans la même situation foncière qu’avant la guerre. Les terres pourront y avoir une grosse valeur pour un cultivateur courageux les cultivant luimême; pour un capitaliste, elles n’offrent aucune sécurité de placement. »
On nous a cité une ferme de 71 hectares du canton d’Aignan (Gers), louée 1.000 francs, soit 14 francs l’hectare, qui était invendable en 1907 ; la plus minime mise à prix n’aurait pas été couverte. Le fermier y a fait fortune pendant la guerrç, mais il n’a nullement l’intention de l’acheter, et cependant il pourrait peut-être l’obtenir moyennant 20.000 à 25.000 francs. Les ruraux de là-bas ont, trop souvent, le dégoût de la terre.
Une autre propriété de la même région, de 38 hectares, de meilleure qualité, dont 10 hectares en vignes, exploitée par un bon métayer, a donné au propriétaire, en 1918, un produit de 30.000 francs; on ne peut l’estimer que 35.000 francs ; en 1909 sa valeur ne dépassait pas 20.000 fr.
En résumé, toute cette région du Gers est maintenue dans une situation anormale par suite de la dépopulation
intense que l’on y constate et que la guerre n’a fait qu’accentuer. Si les cours des produits agricoles venaient à fléchir, on retrouverait la situation d’avant la guerre.
Nous constations ailleurs, dans les parties médiocres des départements de la vallée de la Garonne, des faits qui ne manquent pas d’être déconcertants quand on les rapproche de la prospérité agricole générale.
Trois domaines du canton de Caussade (24 kilomètres de Montauban), d’une superficie totale de 137 hectares, ont été achetés jadis aux prix suivants :
1890 . 21ba34a56 30.000 fr. (soit 400 fr. l’hectare)
1872 . 60ha75a55 65.000 fr. (soit 1.070 fr. l’hectare)
1907.. . . . 55ba26a37 30.000 fr. (soit 553 fr. l'hectare)
Totaux . 137ha36a48 125.000 fr. (soit 910 fr. l’hectare)
Cette propriété, qui comporte 42 hectares de bois, est située dans une région médiocre et dépeuplée. En 1908, elle valait encore 80.000 francs. Aujourd’hui les terres sont, à peu près incultes, les bâtiments en mauvais état, et elle ne vaut pas plus de 60.000 francs, les propriétés de cette nature étant peu recherchées et ne trouvant pas d’acquéreurs. Et cependant, si elle était remise en état avec un capital d’exploitation suffisant, un bon cultivateur, aux prix actuels des denrées agricoles, amortirait très vite le capital engagé. Ce n’est vraiment pas la peine d’aller chercher des propriétés en Algérie et au Maroc quand en France, dans le Sud-Ouest, on peut trouver des terres à meilleur compte. Mais ces terres conviennent à des cuitivateurs cultivant euxmêmes et non à des capitalistes. A,