‹ La Valeur Esthétique de la Moralité dans l'ArtChapitre 11 sur 14 · PT A · texte numérisé non relu

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corps de ses Vierges, comme Michel Ange ou Fra Angelico.

Peut-on concevoir d'autre part une littérature dramatique où l'homme n'apparaisse pas agissant en homme, c'est-à-dire d’après les inspirations de la raison et guidé par la volonté. Essayez de vous représenter une épopée, une comédie, une tragédie, dont tous les personnages soient privés d'intelligence : ce ne serait plus un drame, mais une pantomime ridicule dont les acteurs ne seraient plus que des fantoches. F

De par la force même des choses, le drame représente les actes de l’homme moral. A la base de toute littérature, il faut poser quelques forces psychologiques élémentaires, dernières raisons des événements humains, quelques attributs fondamentaux de l’homme universel qui expliquent tout, sans lesquels rien ne se comprend.

La peinture et la sculpture ont avant tout pour objet l’homme physique; la littérature, dans son acception la plus large, étudie avant tout l’homme moral.

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Il existe entre l’art de Rubens et celui de Michel Ange une différence remarquable, qui frappe dès le premier abord celui qui parcourt les musées d'Anvers et de Florence. Elle constitue au profit de l’école italienne une incontestable supériorité sur sa rivale : l'idéalisme, absent dans celle-ci, brille dans celle-là avec un incomparable éclat.

Personne mieux que Crayer, Gérard Zeghers, Van Oost, Abraham Jansens, Jordaens, Rubens n’a représenté l’animal humain dans toute sa force et sa vigueur. « Voilà des corps affranchis de toutes les contraintes sociales et dont rien ne gêne ni n’a gêné la pousse » dit Taine, dans une page superbe, mais où la vigueur du style trahit parfois les exagérations de la pensée. « On n’a point trouvé d’attitudes

plus libres, de gestes plus impétueux, de muscles plus vigoureux et plus amples. Chez Rubens, les martyrs sont des géants fougueux et des lutteurs lâchés. Les saintes ont des torses de faunesses et des hanches de bacchantes. Le vin fumeux de la santé et de la joie coule impétueusement dans leurs corps trop nourris; il déborde, comme une sève regorgeante, en carnations splendides, en gestes abandonnés, en gaietés colossales, en fureurs superbes. C’est un monde idéal... Mais il n’est pas le plus haut de tous. Les appétits y sont souverains; on n’y dépasse guère la grosse vie de l'estomac et des sens. Les convoitises y allument les yeux d'une flamme trop sauvage ; le rire sensuel habite trop assidûment sur les lèvres charnues ; le corps gras, luxurieusement épanoui, n’est pas propre à toute la diversité des actions viriles; il n’est capable que d’un élan bestial et d'un assouvissement glouton.. L'homme a été charpenté grandement, mais à gros coups. Il est borné, violent, parfois cynique et gouailleur ; les hautes parties de l'esprit lui manquent, il n’est point noble. Les hercules ici ne sont pas des héros, mais des assommeurs. » (1)

Pour trouver le type humain en qui la noblesse morale couronne la perfection physique, il faut quitter la Flandre et nous rendre en Italie, la patrie du beau : « Contemplez le Saint-Vincent de Bartolomeo, la Madone al sacco d’Andrea del Sarto, l'Ecole d'Athènes de Raphaël, le tombeau des Médicis et la voûte de la Sixtine de Michel Ange : voilà les corps que nous voudrions avoir... Non seulement leurs figures ont la ferme et mâle santé qui demeure invincible aux attaques de la vie; non seulement elles sont exemptes de toutes les taches et de toutes les contraintes que les exigences de la société humaine et le conflit du monde environnant nous apportent; non seule-

(1) TaAINE. Op. cit., t. IL, p. 358.

ET

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