‹ La Valeur Esthétique de la Moralité dans l'ArtChapitre 5 sur 14 · NT · texte numérisé non relu

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Que faut-il donc pour éviter au spectateur cette impression pénible et lui faire goûter un Plaisir harmonieux? Importe-t-il qu'une œuvre d'art représente un acte de

() H. Tae. Philosophie de l'Art (Paris, Hachette), t. II, p. 339 et suiv.

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moralité positive (1), nous montre l'homme à genoux, et ne vivant que d’héroïsme et de sacrifice? C’est bien sous le faux jour de ces exagérations que notre thèse est attaquée.

Sans contredit, l'intelligence et la volonté, épanouies dans l'ordre harmonieux de l'être, s’exaltent devant la vertu partout où elle se présente. Le sens moral, comme toute autre faculté, se délecte dans la libre expansion de son activité normale et plénière. Mais ce plaisir n'est pas essentiel à la jouissance du beau. Autre chose est provoquer une activité suivie de souffranee ; autre chose ne pas mettre en branle cette activité (2). Le plaisir esthétique est froissé dans le premier cas ; il ne l’est pas dans le second. Baudelaire entrevoit cette solution, quand il écrit, à propos de Victor Hugo, cette phrase caractéristique qui jure avec sa théorie de la moralité : « Il ne s’agit point ici de cette

(1) Il est des actes dont l’objet est essentiellement bon. Tels sont par exemple la prière, l’'aumône, le dévouement à la patrie. Leur moralité est positive. D’autres, à ne les considérer que dans leur tendance immédiate, directe, sont indifférents. La fin de l’homme n'y est point en jeu, et c’est à ceux-là que les arts d'imitation empruntent la plupart de leurs sujets. En eux-mêmes, la chasse, la promenade, le voyage, le combat ne sont ni bons ni mauvais. Aucun d'eux n’a pour effet naturel de nous rapprocher ou de nous éloigner de notre fin : ils sont avec la morale en rapport de neutralité. Il n’en est pas moins vrai qu’à les prendre dans la réalité de la vie, avec le mobile et les circonstances qui les déterminent, ils sont tous nécessairement moraux ou immoraux.

() L’imperfection privative, c’est-à-dire celle qui résulte du défaut d’une réalité due, est la seule qui froisse le plaisir esthétique et constitue la laideur. T'elle est l’immoralité, L'imperfection négative, qu'on oppose à la première, n’est que l’absence d’une perfection wlterieure. On lui donne improprement le nom d’imperfection, et elle ne nuit en rien à l'impression esthétique. La moralité est de ce nombre. Cette distinction s'accorde avec celle que nous avous faite au chapitre II, entre les proportions essentielles et les proportions intégrantes.

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morale prèécheuse, qui, par son air de pédanterie, par son ton didactique, peut gâter les plus beaux morceaux, mais d'une morale inspirée qui se glisse, invisible, dans la matière poétique, comme les fluides impondérables dans toute la machine du monde. La morale n'entre pas dans cet art à titre de but; elles’y mêle et sy confond comme dans la vie même. Le poète est moraliste sans le vouloir, par abondance et plénitude de nature. » (1)

Il n'en reste pas moins vrai que l'œuvre d'art où l’on rencontre ce rapport de moralité formelle, positive produit sur l'esprit une impression plus puissante : foules choses égales d'ailleurs, le plaisir esthétique qui s’en dégage est plus intense. Si la Chasse au Sanglier de Rubens, et sa Sainte-Thérèse à genoux réalisaient la même perfection artistique, encore faudrait-il donner la palme à la seconde œuvre. C'est que l'intelligence y perçoit un rapport de plus : le rapport de moralité. L'activité de la contemplaion s'accroît avec la complexité des relations qu'elle embrasse, et nous avons démontré que l'intensité du plaisir augmente dans la même proportion @). Ainsi la compréhension de l'idée artistique, plus riche, plus étendue, engendre une impression plus pénétrante, plus esthétique.

Le génie ne monte que rarement à ces sommets de l'art qui touchent au surhumain. Arrivé à ces hauteurs, la vertu créatrice s’épuise; les grands héroïsmes, difficiles à créer, sont plus difliciles encore à soutenir. Au reste, ces sereines atmosphères de la perfection s'obscurcissent pour le regard qui les fixe trop longtemps. La faculté irop souvent sollicitée à goûter ces nobles Jjouissances, s'émousse, s'épuise à

AUDELAIRE : L'Art romantique.

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raison de leur intensité. Les scènes banales et indifférentes fournissent à l’art des effets plus fréquents et plus faciles.

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