‹ La valeur historique du quatrième Évangile (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · CONCLUSION AU SUJET DES MI/R.4X:LES /OHANNIQUES · texte numérisé non relu

CONCLUSION AU SUJET DES MI/R.4X:LES /OHANNIQUES

L'examen des miracies qui se pré8,entent isolés de tout discours ,d« Saw-Vôvr coft&'me donc le résultat auquel nous avait conduits l'étude des preniiers. Les miracles johanniques ne sont pas des compositions symboliques : i^ls p.ortent, au m^raâre, d'une manière positive, le cachet de l'histoire.

L'auteur, s.çms doute, a dû l^s choisir avec une certaine intention. On peut p.ens,er que, daps tel ou tel cas, il a tenu compte de leur portée doctrinale ou de leur signification. Ainsi la multiplication des pains semble relatée p.oui' le discours qu^elle occasionne : rien n'empêche d'admettre que l'écrivain l'a également retenue rorame expressive du don de l'eucharistie. Il a pu de même rapporter la guérison do l'aveugle-né et la résurrection de Lazai-e ^ caïuse des sentences &ur le Christ lumière et le Christ vie, qui sont rattachées à ces épisodes, et de la sigpihcation spéciale des deux mira.cles relativement à ces yérjltés. ^j[ais, ce qui est certain, c'est

que cette intention symbolique, pour autant qu'elle existe, n'a pas véritablement influencé la rédaction de l'écrivain; encore moins a-t-elle inspiré sa composition.

Préoccupé de symbolisme, à la façon qu'on suppose, aurait-il négligé chez ses devanciers tant de récits, autres que la multiplication des pains et la marche sur les eaux, beaucoup plus aptes à servir d'appui à ses combinaisons? Dans ces deux épisodes mêmes, auraitil suivi de si près les narrations antérieures ? Se serait-il contenté d'ajouter quelques traits dépourvus de signification précise, sans rien qui accuse nettement la préoccupation qui est censée avoir motivé son choix?

L'auteur n'a pas davantage été préoccupé d'offrir un petit nombre de miracles saillants, où seraient mises en évidence la puissance surhumaine et la divinité du Verbe incarné. On ne comprendrait pas pourquoi, exploitant les premiers Évangiles, il en aurait retenu seulement la multiplication des pains et la marche sur les eaux ; pourquoi, loin d'accentuer le relief de ces prodiges, il l'aurait plutôt atténué en ce qui regarde le dernier épisode; pourquoi enfin il aurait laissé de côté tant d'autres miracles où se montre aussi bien, et même beaucoup mieux, la transcendance du Sauveur 1.

Ce qui parait le plus probable, c'est que le choix des épisodes a été inspiré par un ensemble de considérations, assez complexe, parfaitement compatible avec le souci de l'histoire. Le dessein de notre évangéliste, semble-t-il, a été de relater d'abord des miracles importants -, capables de donner la foi au Christ Fils de Dieu,

' Tels, l'apaisement de la tempête, Marc, iv, 35-40; la délivrance du possédé de Gérasa, Marc, v, 1-20; la transfiguration, Marc, ix, 1-12.

* Changement de l'eau en vin, multiplication des pains, marche sur les eaux, guérisons d'un paralytique de trente-huit ans, d'un

comme il le déclare lui-même à la fin de son Évangile ' ; d'autre part, des miracles variés, embrassant dans leur ensemble les divers prodiges opérés par le Sauveur sur la nature, la maladie et la mort; enfin, des miracles, autant que possible, non racontés par les évangélistes antérieurs, quoiqu'ils en eussent raconté d'analogues 2, et situés soit dans la partie du ministère judéen ^, soit dans celle du ministère galiléen *, qu'ils ont passées sous silence, et que lui-même paraît connaître d'information spéciale- Aucun de ces points de vue n'a été exclusif : l'auteur ne s'est laissé dominer par aucune préoccupation rigoureuse. Il a voulu des miracles extra-synoptiques, et néanmoins il a retenu intégralement les deux miracles galiléens de la multiplication des pains et de la marche sur les eaux, sans doute à cause de leur liaison avec le discours sur le pain de vie, qui semble avoir été son objectif principal.

Il a voulu des échantillons des divers prodiges du Christ, et néanmoins il a omis la transfiguration et l'apaisement de la tempête; il atténue même, dans le récit de la traversée du lac, les traits synoptiques qui pourraient rappeler ce dernier miracle; par contre, tout en retenant des Évangiles antérieurs le prodige de la multiplication des pains, il introduit de lui-même celui du changement de l'eau en vin, qui lui est analogue : on dirait qu'il tient à consigner des souvenirs personnels, touchant l'œuvre de Jésus à Cana, ou à

aveugle-né, d'un moribond éloigné, enfin résurrection d'un mort de quatre jours.

1 Jean,*,xx,'31.

* Ainsi, la guérison du fils du centurion, celle du paralytique de Capharnaûm, les guérisons d'aveugles, les résurrections de morts.

» Deux miracles à Jérusalem : la guérison du paralytique et celle de l'aveugle-né ; un à Béthanie : la résurrection de Lazare.

♦ Les deux miracles de Cana.

mettre en relief le premier miracle accompli par le Sauveur, à son retour en Galilée.

Enfin, il a voulu des miracles saillants, efficaces pour donner la foi, et cependant on ne voit pas qu'il grossisse le moins du monde les deux miracles qu'il garde des Synoptiques ; le contraire se remarque plutôt en ce qui concerne la traversée du lac; ses autres miracles sont importants, mais ils ne dépassent pas nombre de prodiges synoptiques ; ils sont même moins expressifs de la transcendance du Fils de Dieu que la guérison du paralytique de Capharnaum, l'apaisement de la tempête, la délivrance des démoniaques, ou la transfiguration.

En résumé, le choix des miracles johanniques semble procéder en partie d'une intention didactique ou apologétique : l'auteur veut prouver la foi chrétienne ; dans le détail de ses narrations, il témoigne d'un tempérament littéraire spécial; on peut l'estinier une âme mystique, dans une certaine mesure le dire symboliste. Mais rien ne permet de le prendre pour un compositeur artificiel, allégoriste ou romancier. L'étude minutieuse de ses récits tend, au contraire, positivement à le mon^ trer historien.

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