LA DÉMARCHE DES GRECS
seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ^...)) Tableau symbolique ! déclare encore M. Loisy. « On ne voit pas à quel moment ni où se produit » l'incident. « La venue des Grecs, qui figure la conversion des Gentils, doit se placer le même jour que l'entrée à Jérusalem, qui figure le triomphe du Christ; ce jour, avec les deux tableaux qui s'y rapportent, symbolise la glorification du Sauveur ressuscité ^. » « La recherche d'un intermédiaire est significative : les Grecs n'ont pas vu eux-mêmes Jésus, ils l'ont connu par la prédication des apôtres, ils l'ont vu par le moyen de l'Évangile qui leur a été prêché ^. » « Chose singulière, une fois la requête exprimée, il n'est plus question des Grecs *, » « La scène est toute symbolique, et c'est peut-être par un certain respect de l'histoire, en même temps que pour la construction régulière de son allégorie, que l'auteur retient les Grecs au second plan de son tableau, qu'il ne les fait point pairler à Jésus, et que Jésus ne leur parle point. Au fond la rencontre du Christ ^avec les Grecs est tout idéale : elle fournit un prétexte pour développer l'économie du salut porté aux Gentils. » « Les païens croiront au Christ glorifié, c'est-à-dire au Christ mort et ressuscité; croyant en lui, ils contribueront eux-mêmes à sa gloire et seront une partie de son triomphe. L'arrivée des Grecs figure plus particulièrement cette partie de la gloire du Sauveur, et elle complète ainsi, comme leçon symbolique, l'histoire de l'entrée à Jérusalem ^. »
Que penser de ces interprétations? Il est très vrai qu'il y a une relation entre notre épisode et la conversion du monde païen. C'est pourquoi Jésus parle ensuite
* Jean, xii, 20-22.
* Loisy, Le quatr. Évang., p. 683.
* Id., ibid., p. 684.
* Id., ibid., p. 683. Cf. Strauss, Vie de Jésus, t. ii, p. 486. " Id., ibid., p. 685.
du fruit que doit rapporter sa mort, comme il parlera plus loin de Tattraction universelle qu'il exercera du haut de sa croix. Mais cette allusion prophétique est analogue à celles qui se rencontrent en d'autres scènes synoptiques, et Ton n'est pas plus autorisé à l'exclure de l'histoire ^.
D'autre part, le fait que l'évangéliste' introduit un épisode spécial pour amener l'idée de la conversion du monde, ou du triomphe de l'Évangile, confirme qu'il n'a pas dû représenter déjà cette idée dans l'onction de Béthanie, ni dans l'entrée à Jérusalem. Mais, si ces premiers épisodes sont d'un historien, non d'un allégoriste, on a une raison sérieuse de croire que le nouveau récit, malgré sa portée prophétique, se trouve également conforme à la réalité.
Et en effet, un symboliste pur, composant en pleine indépendance, aurait, semble-t-il, procédé tout autrement. N'aurait-il pas longuement et clairement exprimé, dans le discours prêté au Christ, l'idée de la conversion du paganisme, que l'épisode des Grecs est censé illustrer? Or cette idée n'apparaît qu'en deux ou] trois traits épars et fugitifs : le reste du discours porte sur des sujets disparates, qui ne peuvent s'y relier que très indirectement?
N'aurait-il pas surtout combiné tous les détails du récit en vue d'une illustration plus complète et plus riche de son sujet? Or, le fait est encore que dans cet épisode si court, presque tous les détails, ou bien se ramènent très difficilement au symbolisme, ou bien semblent nettement conçus en dehors de cette préoccupation. Il est invraisemblable que l'auteur, voulant signifier l'accès des païens au christianisme, au lieu de décrire une scène où Jésus entre en contact avec des Gentils et leur témoigne directement sa bienveillance, comme on le voit en plusieurs endroits des Synopti-
^ Cf. ci-dessus, p. 386.