‹ La valeur historique du quatrième Évangile (volume 2)Chapitre 25 sur 39 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

• Cf. XV, 18-23; xvii, 18, 21-26; xx, 21. H. J. Holtzmann, £'fan^. Joh., p. 175.

fait à son Christ et à lui-même ce qui leur sera fait, à eux. Quelle ne doit pas être leur confiance au Père céleste et à son Fils ^ !

Il est précisément à remarquer que, dans l'endroit parallèle de saint Luc, le Sauveur fait suivre son instruction sur l'abaissement charitable, de la promesse relative au royaume -. Saint Matthieu rattache une promesse semblable à la recommandation du détachement universel, que le Sauveur joint à la leçon sur l'abnégation et l'humilité par rapport à la récompense future ^. Enfin, la sentence même qui nous occupe se trouve adressée par le Christ synoptique aux apôtres, comme un motif exprès de confiance, soit à l'occasion de leur mission première et des épreuves qu'il leur annonce *, soit — chose plus remarquable encore — à l'occasion de la leçon d'humilité que motive, près de Capharnatim, leur querelle sur la première place *.

Des analogies aussi frappantes semblent bien garantir que la sentence rapportée par le quatrième évangéliste garde le même sens que chez ses devanciers, et vient bien à sa place dans notre épisode. Elle se présente comme un débris dont la liaison au contexte échappe d'abord, parce que l'entretien n'est pas reproduit avec la suite intégrale des propositions, mais se révèle d'une manière très satisfaisante à qui compare attentivement les passages analogues. C'est une preuve solide que l'écrivain, malgré sa concision, fournit un renseignement exact.

Elle s'ajoute à la série de nos observations précé-

* Il y a un parallélisme remarquable, pour la suite des idées entre Jean, xiii, 16, et xv, 20; xiii, 19, et xvi, 4; xiii, 20, et xvi, 20, 23. Cf.Schanz, Heil. Joh., p. 462.

* Luc, xxii, 28-29.

» Matth., XIX, 25-xx, 16.

« Matth., X, 24; 38-42. Cf. Luc, x, 16.

' Marc, IX, 36, 40 = Matth., xvai, 5 = Luc, ix, 48.

dentés pour nous garantir que l'épisode est bien pris dans la réalité.

Le récit de la dénonciation du traître, immédiatement relié à celui du lavement des pieds, prête à des constatations semblables.

Notre auteur donne au fait de la trahison du Christ un relief que ne semblent pas lui avoir donné ses devanciers. Il note avec soin toutes les allusions qu'y fait le Sauveur, et développe notablement l'épisode où celui qui la médite est dénoncé. Or, de l'aveu de M. Loisy, la trahison est un « incident qui ne relève pas extérieurement le Messie et qui prête même facilement aux objections des incrédules ^. » Est-il dès lors, vraisemblable que les développements indépendants, fournis sur ce point par notre évangéliste, soient une création de son esprit?

Ces allusions, d'abord voilées, puis se faisant de plus en plus claires, pour aboutir enfin à une expresse déclaration ^, se comprennent certes beaucoup mieux de la part du Christ historique, prescient de sa destinée, que de la part de l'évangéliste.

« Il est à croire, dit M. Loisy avec Strauss et J. Réville, que les Juifs contemporains de l'auteur arguaient de la trahison de Judas, comme du crucifiement, contre la messianité de Jésus : un Messie qui se laisse tromper par un de ses familiers ! L'évan-

^ Loisy, Le quatr. Évang., p. 821. Le critique fait cette remarque pour expliquer que la trahison « n'est pas racontée dans le détail. »

2 Id., ihid., p. 724 : « Cette déclaration a été habilement préparée, le Sauveur ayant commencé par dire : « Vous n'êtes pas tous «purs» (xiii, 10-11), puis ayant donné plus de précision àsa pensée : « Celui qui mange mon pain a levé le talon contre moi » (xiii, 18), avant d'en venir à la dénonciation formelle. »

géliste répond que Jésus n*a pas été trompé, qu'il a démasqué le traître avant que celui-ci songeât même à le trahir, et qu'il a permis à la trahison de réussir, afin de satisfaire aux desseins de Dieu touchant le salut de l'humanité ^. »

Mais il faudrait en dire autant des Synoptiques. Eux aussi montrent le Sauveur prédisant le fait aux apôtres assemblés dans le Cénacle ^, et, après l'agonie au jardin, annonçant l'approche de celui qui doit le trahir ^. Le quatrième évangéliste ne va pas plus loin que ses devanciers sur ce point *. Pour nier la vérité de la relation synoptique ^ et de la sienne, il faut partir d'un préjugé rationaliste, en faisant fi des plus sérieuses garanties d'historicité que présentent nos documents ^.

Au dire du critique, l'évangéliste aurait l'intention de faire valoir, non seulement la science surnaturelle du Christ, mais encore sa toute puissance et sa liberté souveraine à l'égard de la trahison. « Ce que tu as à faire fais-le vite ', » dit Jésus à Judas. « Le

^ Loisy, Le quatr. Évang., p. 721. Cf. Strauss, Nouv. vie de Jésus, t. I, p. 360; t. II, p. 304; J. Réville, Le quatr. Évang., p. 243; Scott, FourthGosp., p. 72-73; Wrede, Charakter und Tendenz,p. 54.

^ Marc, XIV, 18-21 = Matth., xxvi, 21-25 = Luc, xxii, 21-23.

» Marc, XIV, 41-42 = Matth., xxvi, 45-46; Luc, xxii, 48.

* A propos de Jean, xiii, 18 : « Je sais quels sont ceux que j'ai choisis, » M. Loisy, op. cit., p. 719, a cette réflexion : « S'il a choisi un traître, il ne s'est pas trompé sur son compte ; il devait faire ce choix pour accomplir les desseins de la Providence. » Mais l'interprétation est aussi arbitraire que tendancieuse. On ne voit pas que Jésus ait choisi le traître directement en vue du dessein providentiel à accomplir. La pensée du Sauveur est beaucoup plutôt celle-ci : Je sais que je vous ai choisis, vous tous, au nombre de douze (cf. vi, 70) ; néanmoins je ne parle pas pour vous tous, car, selon qu'il est écrit, l'un de vous me trahira.

' C'est ce que fait maintenant M. Loisy, en prétendant mettre sur le compte de l'idéalisation postérieure toutes les prévisions surnaturelles attribuées à Jésus. Les Évang. syn., t. i, p. 180.

' Cf. Les théories de M. Loisy, p. 289 sq.

' Jean, xiii, 27.

commandement est formel, déclare M. Loisy après Strauss. En tant que donnée d'apparence historique, c'est une manifestation expresse de la volonté du Christ, destinée, dans l'esprit de l'évangéliste, à montrer que le diable, et Judas et les Juifs auraient été impuissants contre Jésus s'il n'eût consenti lui-même à sa mort, s'il n'eût présidé à l'acccomplissement des desseins providentiels, s'il n'eût pris, pour ainsi dire, l'initiative de ce qu'on devait faire contre lui. Judas n'aurait pas bougé, si le Christ n'avait pas voulu qu'il marchât, i»

Cette interprétation exagère manifestement la portée de la parole du Sauveur. Ce n'est pas sur l'initiative de Jésus que Judas a médité de trahir son maître : l'évangéliste a eu soin de noter ^ que, dès avant le dernier repas, l'Iscariote avait conçu son dessein. Le traître n'a pas besoin d'un commandement pour l'exécuter, et Jésus ne lui donne aucun ordre de ce genre. Mais, puisque le projet est arrêté, que Judas l'accomplisse au plus vite ! C'est ce que se borne à dire le Maître, et cette invitation exprime beaucoup moins une volonté de sa part qu'elle ne le montre conscient de la résolution prise par le traître et désormais irrévocable.

En faveur du symbolisme du récit, M. Loisy allègue enfin que la trahison de Judas se trouve mise en rapport avec la communion eucharistique, et qu'ainsi le traître est présenté comme « le type des faux frères qui violent la charité, profanent le sacrement, tombent aux mains de Satan et deviennent l'instrument providentiel de la persécution et du martyre pour les vrais fidèles ^. »

^ Loisy, Le quatr. Évang., p. 730. Cf. Strauss, Nouv. vie de Jésus, t. II, p. 308 : Jean « montre Jésus excitant Judas à consommer le crime ; ■» Wrede, Ckarakter und Tendenz, p. 52 ; Schmiedel, art. John, col. 2530.

• Jean, xiii, 2.

» Loisy, op. cit., p. 729.

A en croire le critique, le rapport avec l'eucharistie apparaîtrait d'abord au verset 18 : « Celui qui mangeait mon pain a levé contre moi le talon. » « Saint Augustin, remarque-t-il, a vu, dans le pain du Christ, l'eucharistie, et, si tel n'est pas le sens direct du texte, c'en est du moins le sens mystique, tel que l'évangéliste paraît l'avoir conçu ^. »

Le même rapport figurerait dans les versets 26-27 : « C'est, dit le Sauveur en désignant le traître, celui pour qui |e vais tremper le morceau et à qui je le donnerai... Et, après le morceau, alors entra en lui Satan. » Là-dessus M. Loisy observe : « Il est parlé du morceau, ou de la bouchée, comme si le lecteur devait comprendre, sans autre explication, de quoi il s'agit... Pourquoi donc Satan entre-t-il dans Judas aussitôt après la bouchée reçue? Pourquoi pas plus tôt, puisque Judas tient déjà du diable l'intention de son méfait? N'est-il pas évident que la bouchée contribue à cette possession diabolique?... Le mot caractéristique dont on se sert ^ est resté dans l'usage de l'Église orientale pour désigner le fragment de pain eucharistique trempé dans le vin pour la communion. Peu importe que le rite soit moins ancien que l'Évangile, un lien étroit doit exister entre l'un et l'autre, et le pain trempé représente ce que l'on appellerait, dans le style de la théologie scolastique, une communion sous les deux espèces ^. »

Il serait pourtant bien extraordinaire que notre théologien ait voulu souligner de la sorte la profanation de l'eucharistie au jour de son institution, et représenter Satan entrant dans l'apôtre infidèle avec le corps

^ Loisy, ie quatr. Évang., p. 719. Cf. Strauss, iVowç'. vie de Jésus, t. II, p. 307 ; « On dirait que l'Eucharistie, dont l'évangéliste avait l'intention visible d'écarter ici l'idée, se fait jour dans sa pensée malgré lui. »

* Jean, xiii, 26, 27 : xb -l/coixtov.

' Loisy, op. cit., p. 728, 729.

et le sang du Sauveur. Sa haute idée de la dignité du Christ devait le porter plutôt, semble-t-il, à laisser le fait dans l'ombre, ou même à écarter nettement le traître de la table eucharistique, si les autres évangélistes donnaient à entendre que lui aussi avait communié. En réalité, les Synoptiques paraissent supposer la présence de Judas à l'institution du sacrement : c'est même après avoir raconté cette institution et la communion des apôtres que saint Luc introduit l'incident de la dénonciation du traître i. Pour ce qui est de la relation johannique, on peut croire, nous l'avons vu ^, que l'institution de l'eucharistie y trouve également sa place avant l'épisode de la dénonciation, et même avant celui du lavement des pieds. Mais, ce qui est certain, c'est que notre évangéliste omet le récit de l'institution eucharistique : il ne tenait donc pas à accentuer plus que les autres la communion sacrilège de Judas.

Puisque l'institution du sacrement n'est pas racontée, et que sans doute elle est présupposée au lavement des pieds, le pain trempé dont il est question aux versets 26-27 ne peut marquer la communion du traître. D'ailleurs, les Synoptiques montrent le corps et le sang du Sauveur distribués séparément; et tel fut aussi l'usage de l'Église primitive. Il est invraisemblable que le quatrième évangéliste se soit écarté de cette tradition et ait voulu représenter le pain eucharistique trempé dans le précieux sang, comme ce fut plus tard l'usage dans l'Eglise grecque,

La bouchée en question est beaucoup plus probablement un morceau de pain que Jésus trempe dans la sauce du plat ^, pour l'offrir, en signe d'amitié,

^ Luc, xxn, 21-23, après 15-20.

^ Ci-dessus, p. 441-442.

* Cf. Marc, xiv, 20 = Matth., xxvi, 23. D'après B. Weiss, Joh. Evang., p. 389; Schanz, Heil. Joh., p. 464; Knabenbauer, In loan., p. 414,yi s'agirait du plat de charosheth, usité au repas pascal, et

à son disciple, suivant une coutume de la politesse orientale. Cette marque d'affection, loin de toucher l'apôtre infidèle, ne fait que l'endurcir : les avances du Sauveur deviennent sa condamnation; et c'est pourquoi l'évangéliste mentionne que Satan, déjà inspirateur de la trahison, prend véritablement possession de Judas après la bouchée de pain.

En somme, le récit johannique de la dénonciation du traître, examiné loyalement, n'apparaît pas comme la composition d'un théologien syinboliste. Par contre, il offre, à l'exemple du récit principal auquel il est annexé, des marques assez significatives d'historicité.

C'est d'abord la mention du trouble de Jésus, annonçant la trahison. « Ayant dit cela, Jésus fut troublé en son esprit, et il rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous dis que l'un de vous me trahira ^. » Comme le remarque M. Loisy, le Sauveur « est troublé par l'impression de tristesse profonde que lui suggère la pensée de la trahison dont l'un des siens va se rendre coupable envers lui. » Le critique ajoute : « Cette impression est passagère, le Christ johannique pouvant bien éprouver un pareil sentiment, mais non s'y abandonner 2, » ,;.

Mais, si l'évangéliste jugeait indigne du Christ qu'il s'abandonnât à la tristesse, pom*quoi prendre la peine de nous dire qu'il l'avait néanmoins éprouvée? Une telle mention n'était aucunement nécessaire. Notre écrivain la fournit spontanément. Cela prouve sans doute qu'il n'a pas les préoccupations qu'on lui suppose. Le trait, d'ailleurs si vraisemblable.

dans lequel le chef de famille trempait des bouchées de pain ou|de viande, qu'il offrait aux assistants.

^ Jean, xiii, 21.

* Loisy, Le quatr. Évang., p. 723.

ne se comprend que comme une donnée d'histoire bien réelle.

Un autre détail dont le cachet historique est frappant concerne le rôle de Simon-Pierre et celui du disciple bien-aimé.

L'intervention de ces deux personnages n'ajoute absolument rien à la signification de l'épisode de la dénonciation du traître. Elle ne concourt à aucun autre symbolisme plausible, Pierre ne pouvant figurer, en cette circonstance, ni la tradition apostolique ni le judéo-christianisme, et le bien-aimé ne représentant pas davantage la doctrine johannique ni le christianisme de la gentilité ^. Enfin l'on ne peut supposer que les personnages soient introduits pour l'intérêt qu'on leur portait dans le milieu où fut publié l'Évangile : l'auteur tient constamment dans l'ombre le nom du disciple aimé de Jésus, et parfois il en dissimule presque complètement la personnalité 2.

Dès lors, tout invite à voir dans leur mention spéciale un souvenir gardé d'une scène historique que les variantes des Évangiles antérieurs montrent avoir été assez complexe. Le naturel et la vie des détails fournis par notre document garantissent d'une façon sérieuse leur réalité au point de vue de l'histoire. Il n'y a pas à s'en étonner, si l'auteur était lui-même acteur dans cet épisode, n'étant autre que le disciple aimé du Seigneur ^.

^ Cf. L'origine du quatr. Évang., p. 347-352.

' Jean, i, 35-40; xviii, 15-16; xix, 35. Cf. iftirf., p. 491-492.

' Cf. Renan, Vie de Jésus, p. 520 : « Jésus, chez les Synoptiques, est censé désigner le traître à mots couverts, et cependant les expressions dont il se sert devraient le faire reconnaître de tous. Notre quatrième évangéliste explique bien ce petit malentendu. Jésus, selon lui, fait tout bas la confidence de son pressentiment à un disciple qui reposait sur son sein, lequel communique à Pierre ce que Jésus lui a dit. A l'égard du reste des assistants, Jésus reste dans le mystère, et personne ne se doute de ce qui s'est passé entre

N'est-ce pas encore une marque significative d'historicité qu'il faut voir dans cette réflexion de l'évangéliste, à la suite de la parole de Jésus : « Ce que tu fais, fais-le vite ! » « Personne, observe notre écrivain, ne comprit parmi les convives pourquoi il avait dit cela; car quelques-uns pensaient, comme Judas tenait la bourse, que Jésus lui avait dit : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête ! ou bien : Que l'on donne quelque chose aux pauvres ^ ! »

Très arbitraires sont les réflexions de M. Loisy à ce sujet. « L'on ne pouvait guère, assure-t-il, acheter, ni visiter les pauvres, pendant la nuit... L'auteur a peut-être moins pensé aux aumônes qui se faisaient chez les Juifs, en vue de la solennité pascale ^, qu'à celles qui suivirent de bonne heure chez les chrétiens la cène eucharistique ^. »

Or, prétendre que l'évangéliste a voulu décrire un usage de l'Eglise chrétienne de son temps, est une conjecture purement gratuite. L'on n'est pas mieux fondé à invoquer les coutumes juives contemporaines du Sauveur, pour insinuer qu'un achat de provisions ou une distribution d'aumônes n'auraient pu se faire à la tombée de la nuit. Au reste, ce que l'évangéliste rapporte, ce sont des hypothèses qui se présentent à la pensée des disciples, des conjectures qui traversent leur esprit : l'auteur n'entend pas en garantir autrement la probabilité. Le trait garde donc sa vrai-

lui et Judas. Les petites circonstances du récit, le pain trempé, le coup d'œil que le v. 29 nous fait jeter dans l'intérieur de la secte, ont aussi une grande justesse, et quand on voit l'auteur dire assez clairement: « J'étais là», on est tenté de croire qu'il dit vrai. L'allégorie est essentiellement froide et raidc. Les personnages y sont d'airain, et se meuvent tout d'une pièce. Il n'en est pas de même chez noire auteur. Ce qui frappe dans son écrit, c'est la vie, c'est la réalité. »

1 Jean, xni, 28-29.

» B. Weiss, Joh. Evang., p. 391.

' Loisy, Le quatr. Évang., p. 731.

semblance, et, comme il s'harmonise intimement avec le détail analogue, fourni à propos de l'onction de Béthanie ^, il participe à son caractère très spécial d'authenticité.

Enfin, l'évangéliste mentionne qu'au moment de la sortie de Judas, « il était nuit ^. » Seul, le parti pris du symbolisme invite les critiques à supposer que la nuit figure « l'heure de la puissance des ténèbres, » et qu'elle fait penser à r« obscurité » plus « sombre » encore de 1' « âme » du traître ^. Par luimême le détail ne suffit évidemment pas à prouver l'exactitude du narrateur, mais, rapproché des autres, il paraît également bien pris dans la réalité.

Ainsi, nos deux épisodes du lavement des pieds et de la dénonciation du traître, sans dénoter plus que les précédants une préoccupation quelconque de symbolisme, offrent un ensemble de traits qui, au contraire, accusent un écrivain soucieux de l'histoire et particulièrement renseigné sur la vie intime du collège apostolique, tel que pouvait être le disciple privilégié auquel s'identifie notre auteur.

1 Jean, xii, 6. Ci-dessus, p. 398.

; « xin, 30.

* Loisy, Le quatr. Évang., p. 732. Cf. J. Réville,ie quatr. Écang., p. 243 :« Quand Satan est entré dans l'âme de Judas au moment prédestiné et que celui-ci quitte la salle où il a définitivement refusé de voir la Lumière divine, il entre dans l'obscurité. Il fait nuit. »

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