‹ La valeur historique du quatrième Évangile (volume 2)Chapitre 29 sur 39 · LK RENIEMENT DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

LK RENIEMENT DE SAINT PIERRE

tion apparaissait évidemment incomplète ; l'intérêt y était concentré sm* deux incidents principaux : la citation des faux témoins, auxquels Jésus ne répond que par le silence, et la question du gi'and-prêtre qui obtient la solennelle déclaration du Christ, Fils de Dieu. Rien n'était plus facile que d'introduire dans l'interrogatoire du sanhédrin les questions que l'on suppose avoir préoccupé notre théologien.

Aucune intention didactique n'a donc motivé la mention spéciale d'Anne, comme grand-prêtre et beaupère de Caïphe, et de la comparution première du Sauveur devant lui. Ces informations précises ne se comprennent, à l'exemple des autres données complémentaires jusqu'ici rencontrées, que sous la plume d'un écrivain qui choisit ses détails dans l'histoire, qui évite de copier ses devanciers, sans prétendre les contredire, et se trouve capable de fournir des renseignements nouveaux, en se contentant de supposer les précédents 1.

§ III. — Le reniement de saint Pierre

Le récit du reniement de saint Pierre est soumis comme les autres aux interprétations tendancieuses des critiques symbolistes. « Les traits particuliers de la relation johannique, disent-ils, n'appartiennent pas à l'histoire; ils servent à donner une forme plus dramatique à la réalisation d'une parole prophétique. » L'évangéliste « ne voit plus dans le reniement qu'une prédiction accomplie; la façon dont il

1 H. J. Holtzmann, Evang. Jok., p. 209, admet une référence implicite aux Synoptiques, dans l'endroit où il est dit qu'Anne envoya Jésus chez Caïphe. Cf. Renan, Vie de Jésus, p. 376-378, 407; B. Weiss, Joh. Evang., p. 479; Zaha Evang. Jok., p. 616; Knabenbauer, In loan., p. 514-516.

le raconte tend à le présenter comme un argument de la prescience de Jésus ^. »

Or cette allégation va encore contre l'évidence des faits. Notre évangéliste a bien, comme les trois premiers, mentionné la prédiction de Jésus relative à la défection de son apôtre ^ ; mais, chose très remarquable, à la différence de ses devanciers, il ne signale pas que Pierre, en entendant le coq, se souvint de la parole du Maître ; en conséquence, il est justement le seul à ne pas souligner dans le reniement Taccomplissement d'une prophétie.

D'autre part, l'on ne voit pas du tout que les détails du récit johannique, assez différents de ceux des récits antérieurs, aient leur raison d'être dans le souci de mettre en évidence la prescience de Jésus. Il est aisé de s'en convaincre en comparant d'un coup d'œil les deux relations ^. L'une et l'autre sont simplement conçues de manière à faire ressortir un triple reniement.

Ce que notre récit a en propre n'est pas davantage destiné à donner une forme plus dramatique à la réalisation de la prophétie. En tant que narration du triple reniement annoncé, le compte rendu des Synoptiques n'est pas moins incidente, ni moins vivant. Peut-être même l'est-il davantage : les reniements de Pierre sont soigneusement distingués, et presque gradués ; le premier a lieu dans l'atrium, à la voix d'une servante; le second, près de la porte, à la voix d'un homme, ou d'une autre servante; le troisième se produit, quand Pierre est reconnu pour Galiléen à son parler. Au rapport de saint Luc, ce dernier renie-

^ Loisy, Lequatr. Écang., p. 835. Cf. J. Révûle, Le quatr. Évang., p. 272.

'" Jean, xiii, 38. Cf. Marc, xiv, 30 = Matth., xxvi, 34 = Luc, XXII, 34.

» xviii, 15-18, 25-27. Cf. Marc, XIV, 66-72 =- Matth., xxvi, 69- 75 = Luc, XXII, 55-62.

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