VI INTRODUCTION
à exprimer. Dès lors, son Évangile est à prendre pour une grande allégorie, dont tous les éléments matériels ont une signification profonde, en rapport avec la philosophie religieuse de Tauteur et la théologie de son temps.
Telle est l'interprétation mise en avant par Strauss et Baur, au milieu du xix^ siècle, et que M. Loisy 1, à la suite de MM. H. J. Holtzmann^, P. W. Schmiedel^, et de J. Réville*, prétend aujourd'hui encore appliquer à TÉvangile de saint Jean.
Cette théorie, on en convient sans peine, est inconciliable avec l'authenticité johannique de notre écrit. S'il est vrai que le quatrième Évangile est l'œuvre de Jean, le disciple aimé de Jésus, il ne peut être à ce point dépourvu d'historicité.
L'apôtre, sans doute, en écrivant la vie de son Maître, aurait pu faire oeuvre de théologien autant que d'historien ; on concevrait qu'il ait choisi, dans la biographie du Sauveur, les événements les plus en rapport avec le but didactique de son ouvrage, qu'il ait relevé dans ses actes ce qui signifiait plus excellemment sa gloire de Verbe incarné, et dans ses discours ce qui exprimait le mieux la foi de l'Église contemporaine; on comprendrait même que ses souvenirs aient été plus ou moins influencés par les expériences postérieures et, dès lors, que ses comptes-rendus portent en partie l'empreinte de son génie personnel et offrent un certain mélange
' A. Loisy, Le quatrième Évangile, 1903.
* II. J . Holtzmann, Das Evangelium des Johannes,2^ édit., 1893. ' P. W. Schmiedel, art. John, son of Zehedee, dans V Encyclopsedim
biblica de Gheyne, 1901, t. ii, col. 2518-2560.
* J. Réville, Le quatrième Évangile, son origine et sa valeur historique, 2e édit., 1902.