XIV, 3; XVII
* Cf. XII, 32.
a pris mon Seigneur, et je ne sais où on l'a placé ^. » D'autre part, ce sont des détails nouveaux et extrêmement précis qui sont donnés soit sur l'attitude de Marie, qui, en pleurant, se penche pour regarder à l'intérieur du sépulcre ^ soit sur la position exacte des anges, « assis, l'un à la tête, et l'autre aux pieds, à l'endroit où avait reposé le corps de Jésus ^. » Ces particularités n'ont pas leur raison d'être dans le symbolisme, elles ne se comprennent pas mieux comme développement fantaisiste, brodé sur les textes antérieurs, mais elles semblent bien attester que l'auteur écrit d'après une information personnelle.
Cette apparition des anges et celle de Jésus ne peuvent, semble-t-il, s'identifier d'une manière pleinement satisfaisante avec les apparitions analogues que les Synoptiques rapportent au groupe des pieuses femmes. Elles doivent plutôt s'insérer dans la suite des épisodes qui ont rempli la grande journée. Autant qu'on peut le conjecturer, le groupe des femmes est venu de grand matin au tombeau et a trouvé la pierre enlevée. Aussitôt Marie-Madeleine est allée avertir les disciples : elle trouve Pierre et Jean, qui accourent, vérifient l'état du tombeau et s'en retournent*. Après son départ, les autres femmes, qu'elle a laissées près du sépulcre ^ ont reçu l'apparition des anges, avec le message à porter aux Onze *. Elles se sont enfuies d'abord, toutes troublées, et sans rien dire à personne ', puis sont venues trouver les apô-
^ Jean, xx, 13.
* Cf. Luc, XXIV, 12, 24. C'est par un lien artificiel, semble-t-il, que le troisième évangéliste rattache la démarche des disciples au message des femmes, après l'apparition des anges.
* Cf. ci-dessus, p. 584.
* Marc, XVI, 5-7 =» Matth., xxviii, 5-7 = Luc, xxiv, 3-8. ' Marc, xvi, 8.
trea \ qui ont refusé d'ajouter foi à leur parole ^. Dans Tentrefaite, Madeleine, revenue au tombeau et demeurée seule, après le départ de Pierre et du bienaimé, a à son tour la vision des deux anges, puis celle de Jésus. Sur Tordre du Sauveur, elle va en instruire les disciples ^, qui se montrent encore incrédules à ce nouveau témoignage *. Le Christ apparaît aux deux pèlerins d'Emmaûs ^ : les apôtres, qui en sont informés, s'obstinent à ne pas croire ^. Alors le Sauveur se décide à se montrer directement au milieu des siens ''.
Cette combinaison des faits est hypothétique. D'autres encore peuvent se concevoir. Il suffit que l'une ou l'autre soit plausible;
En toute hypothèse, à rapprocher les textes, on a l'impression que les comptes rendus sont gouvernés en partie par un procédé didactique, comportant des tassements et des groupements de faits, choisis dans une série réelle assez complexe. La relation de saint Jean n'est ni plus ni moins didactique que les autres. Elle ne s'harmonise ni mieux ni plus mal
1 Matth., XXVIII, 8 = Luc, xxiv, 9-10.
* Luc, XXIV, 11. C'est, semble-t-il, après avoir quitté les disciples incrédules, que les femmes ont, en route, l'apparition, non plus d'anges, mais de Jésus lui-même, qui leur réitère l'ordre à porter aux siens. Matth., xxviii, 9-10.
^ Jean, XX, 18; Marc, xvi, 10.
* Marc, XVI, 11.
» Luc, XXIV, 13-35; Marc, xvi, 12.
* Marc, XVI, 13.
» Jean, xx, 19-23; Luc, xxiv, 36-43; Marc, xvi, 14. — Cf. Corluy, In Joan., p. 461-466; Westcott, St John, p. 288; Calmes, S. Jean, p. 455. — Noter la gradation : Madeleine annonce d'abord aux disciples que le tombeau a été trouvé vide : ils viennent le constater et ne songent pas encore à la résurrection. Les femmes leur parlent d'apparitions angéliques : ils n'y croient pas. Madeleine leur apprend que le Seigneur lui est personnellement apparu ils demeurent incrédules. Deux disciples, revenant d'Emmaûs, leur disent la même chose : ils s'obstinent à ne pas croire. C'est alors que Jésus se montre à eux directement.
avec les narrations de ses devanciers, que celles-ci ne s'harmonisent entre elles. On peut être certain qu'elle n'est pas l'œuvre d'un romancier apologiste, qui aurait pris à tâche de concilier les traditions antérieures, ou de donner à la sienne les apparences d'une information plus exacte. Elle se présente, au contraire, comme une tradition parallèle, étroitement apparentée à celle de la finale de saint Marc, bien qu'elles ne soient pas dérivées l'une de l'autre. Ses renseignements indépendants méritent donc d'être placés au même rang que les informations synoptiques ^.
On trouve d'ailleurs dans le récit de saint Jean des marques particulières d'historicité qui ne sont pas sans valeur. Ce ne sont pas seulement les détails très précis fournis sur l'attitude de Madeleine et la position des anges ^; c'est encore cette remarque, que Marie, en apercevant le Sauveur, crut d'abord que c'était « le jardinier ^. »
M. Loisy insinue que « peut-être... l'erreur matérielle de Marie signifie-t-elle une grande vérité spirituelle, le Christ étant le vrai jardinier, qui veille sur la plantation du Père céleste *. » Cette supposition ne cadre guère avec le reste de l'Évangile, où Jésus se présente comme « le cep de vigne, » et son Père comme « l'agriculteur » ou le vigneron ^. Le symbolisme qu'elle exprime est purement arbitraire. D'un autre côté, la méprise de Marie s'accorde très bien avec ce qui a été dit plus haut du « jardin » où se trouvait le sépulcre *. Dans ce détail topique, on a le droit de voir un trait précis de réalité.
1 Cf. Renan, Vie de Jésus, p. 531.
- Jean, xx, 11-12. Cf. ci-dessus, p. 602.
* Loisy, Le quatr. Évang., p. 907.
° Jean, xv, 1.
L'apparition aux disciples assemblés se présente en parallèle avec celle que racontent saint Luc, la fînaJe de saint Marc et la première Épître aux Corinthiens ^. Or, dans ce récit encore, les ressemblances et les divergences paraissent étrangères à la préoccupation symbolique et accuser seulement l'indépendance des renseignements.
L'épisode est fixé au dimanche soir. A propos de ce jour, M. Loisy croit pouvoir dire : « L'auteur a soin d'ajouter que c'était le premier jour de la semaine, parce qu'il y voit le premier dimanche de l'Eglise ^. »
Au sujet de la seconde apparition, placée « huit jours après ^, » le critique dira encore : « Ces huit jours ne font probablement qu'une semaine, la seconde apparition du Christ ayant lieu le dimanche qui suit la première. Le huitième jour marque un recommencement : il est le huitième par rapport à la semaine précédente et le premier par rapport à celle ({ui s'ou\'Te. Ce sont les premiers dimanches de l'Église, non que les apôtres aient eu déjà l'idée de commémorer la résurrection par une assemblée hebdomadaire le premier jom* de la semaine, mais parce que l'évangéliste veut figurer cette institution. A ces premières réunions de ses fidèles, le Christ a été visiblement présent : le jour de sa résurrection, pour inaugurer le règne de l'Esprit; le second dimanche, pour enseigner ;iux disciples que ce règne de l'Esprit doit être le règne de la foi. Dorénavant, U sera toujours au milieu des siens dans leurs assemblées que couronnera le
1 Jean, xx, 19-23. Cf. Luc, xxiv, 36-43; Marc, xvi, 14; I Cor., XV, 5.
* Loisy, Le quatr. Évang., p. 911. Cf. Holtzmann-Bauer, Eifang, Joh., p. 304.
» Jean, xx, 26.
repas eucharistique; mais il y sera conformément à l'économie qu'il a établie et enseignée dans les deux premières; il sera présent à la manière d'un esprit, sans être visible, et cette présence, bien que très réelle, ne se recommandera qu'à la foi. On voit comment l'auteur raconte la vie de l'Église en racontant l'Évangile, et comment, dans sa pensée, la cène eucharistique et la résurrection sont étroitement associées ^. »
Ces observations tendancieuses ne sont pourtant guère fondées. Le jour de la résurrection, indiqué par l'évangéliste, correspond au premier dimanche de l'Église : mais faut-il s'en étonner, quand on sait que précisément le dimanche ecclésiastique a été institué en souvenir de la résurrection ? L'indication de notre écrivain est exactement semblable à celles qu'introduisent ses devanciers, à propos de la résurrection du Sauveur ^ et de son apparition première ^. Rien ne montre que le quatrième évangéliste ait voulu figurer à l'avance les assemblées dominicales, organisées plus tard dans l'Église.
Les assemblées chrétiennes se tenaient dans la nuit qui précédait le dimanche ou dans le courant de ce dernier jour : or notre auteur a soin de préciser que l'apparition de Jésus aux disciples a lieu « le soir * . » Cette mention lui est propre : elle montre bien qu'il n'a pas l'intention de symboliser les réunions dominicales des chrétiens. L'indication se trouve d'ailleurs correspondre à celle que saint Luc fournit, sans arrière-pensée de symbolisme, sur le moment où se produisit l'épisode des pèlerins d'Emmaûs ^, lequel
1 Loisy, Lequatr. Évang., p. 918-919. Cf. Strauss, Nouv. vie de Jésus, t. I, p. 409-410.
* Marc, XVI, 1 — Matth., xxviii, 1 = Luc, xxiv, 1. " Marc, XVI, 9.
* Jean, xx, 19.
^ Luc, XXIV, 29.
précéda immédiatement l'apparition aux Onze. N^'estce pas un indice de l'information parallèle de notre écrivain ?
On peut se demander si le « hutième jour », auquel est fixée la seconde apparition, est aussi un dimanche : il est étonnant que, dans ce cas, l'auteur n'ait pas choisi de préférence le nombre « sept », plus exact dans la circonstance, et d'ailleurs particulièrement cher aux symbolistes. Si c'est un dimanche, l'auteur n'a pas dû vouloir le souligner : il aurait, semble-t-il, exprimé la chose d'une façon autrement précise ^. Dans cette hypothèse, il serait beaucoup plus simple d'admettre que les apôtres, après s'être assemblés pour le sabbat, auront voulu demeurer réunis pour commémorer ensemble l'octave de la résurrection et de la première apparition du Christ ^.
Rien n'indique que la présence sensible du Sauveur en l'une et l'autre apparitions soit destinée à figurer sa présence invisible dans les assemblées des chrétiens. Le récit analogue des Synoptiques, interprété d'après la même méthode, révélerait la même signification arbitraire ^. Il n'est pas plus exact que l'écrivain associe à ces premières réunions des apôtres l'idée de l'euchai'istie : au contraire, il omet de signaler le repas, que mentionnent la finale de saint Mai'c et saint Luc *. S'il avait voulu représenter un dimanche chrétien, aurait-il néghgé un trait aussi caractéristique offert par ses devanciers ^?
1 Cf. Apoc, I, 10 : « au jour du Seigneur. »
* Cf. I Cor., XVI, 2. Maldonat, In Joan., xx, 26; Schanz, Heil. Joh., p. 578.
' Cî.StraMSS, Noue, vie de Jésus, t. 1,1). 410; Loisy, Les Évang. syn., t. II, p. 767.
* Marc, XVI, 14; Luc, xxiv, 41-43.
' On ne voit de repas signalé que dans l'appendice de l'Évangile johannique. Il n'est pas mis en relation avec un dimanche, ni avec une assemblée de disciples en un cénacle clos. Et rien ne montre que ce soit un repas eucharistique, malgré ce que prétend M. Loisy, Le quatr. Évang., p. 936.
Touchant le lieu de la première apparition, le quatrième évangéliste spécifie que c'était un appartement, dont les portes avaient été closes par crainte des Juifs ^. « Cette circonstance, observe M. Loisy, est destinée à faire] ressortir le caractère surnaturel de l'apparition qui va suivre 2.» «Les disciples, dit-il d'autre part, sont réunis, portes fermées, comme on doit s'imaginer les premières communautés chrétiennes dans leurs assemblées eucharistiques ^. »
Que la circonstance des portes closes fasse ressortir le caractère surnaturel de l'apparition, cela est très vrai ; mais le fait n'a pas été inventé par notre écrivain : l'indication donnée par la finale du second Evangile, que Jésus apparut aux Onze « pendant qu'ils étaient à table *, » et celle de saint Luc, qu'il apparut « au milieu » des disciples réunis, pendant le récit que leur font les pèlerins d'Emmaûs ^, contiennent une donnée équivalente. Le trait est d'ailleurs fourni trop simplement, avec trop peu d'insistance, pour être tendancieux à la manière qu'insinue M. Loisy. D'autre part, il est très précis, appuyé sur un motif, « la crainte des Juifs, » qui était bien de circonstance à ce moment-là ^ et qui se rapporterait difficilement à la situation contemporaine de l'auteur. Il est tout à fait arbitraire d'y trouver une allusion aux assemblées eucharistiques des chrétiens. Le détail semble dénoter avant tout un chroniqueur bien informé.
Si nous venons aux particularités de l'apparition, c'est vainement que M. Loisy y a cherché du symbolisme.
* Jean, xx, 19.
"^ Loisy, Le quatr. Évang., ., p. 911.
=» Id., ibid., p. 919.
* Marc, XVI, 14. ^ Luc, XXIV, 36.
* Cf. Jean, m, 2; ix, 22; xix, 38; Act., xii, 12 .sq.
iA RÉSURRECTION 609
A son sens, les mots : « Paix à vous ^ ! » ne sont pas pour rassurer les disciples comme dans saint Luc 2, mais « se réfèrent plutôt, dans un sens spirituel,
ce qui a été dit » dans le discours après la Cène ^, « de la paix que le Christ veut laisser aux siens *. » Il est noté que « les disciples se réjouirent de voir le Seigneur ^, » au lieu d'être troublés et effrayés comme ils le sont dans le troisième Évangile * : ce serait encore pour montrer que, «sans y penser, ils accomplissent la prophétie que Jésus leur a faite, trois jours auparavant ', en leur annonçant que la joie suivrait de près leur douleur ^. »
Les interprétations ainsi proposées supposeraient que Tévangéliste a voulu donner un récit absolument complet, sans omission ni sous-entendu, alors qu'il procède visiblement par traits rapides et espacés. Il ne dit pas, comme saint Luc, que les disciples furent troublés ; mais l'invitation : « Paix à vous ! » le laisse suffisamment entendre. Rien n'invite à prendre immédiatement ces mots dans un sens supérieur. Il est beaucoup plus simple de les mettre d'abord en relation avec la circonstance : le souhait de la paix doit être motivé par une attitude des disciples analogue à celle que décrit le troisième évangéliste.
Cela est d'autant plus probable que, dans le passage même du discours de la Cène aucjuel se réfère le critique, Jésus oppose sa paix au trouble et à la
^ Jean, xx, 19.
* Luc, XXIV, 36. La plupart des manuscrits portent à cet endroit : « Et il leur dit : Paix à vous ! »
3 Jean, xiv, 27.
* Loisy, Le quatr. Évang., p. 911. Cf. Strauss, Nouv. vie de Jéiu/>, t. II, p. 396.
' Jean, xx, 20.
• Luc, XXIV, 37.
» Jean, xvi, 20-22.
• Loi.sy, op. cit., p. 912.
crainte des siens . Au surplus, dans le quatrième Évangile comme dans le troisième, le Sauveur montre dès l'abord aux disciples ses plaies : il avait donc besoin de faire constater l'identité de sa personne; cela no fait-t-il pas penser que les disciples croyaient à l'apparition d'un fantôme et étaient effrayés ^?
Il est assez naturel que la joie des disciples en reconnaissant le Seigneur ressemble à la joie que luimême leur a prédite, soit pour ce premier revoir, soit pour le retour suprême. Mais elle est surtout en harmonie avec la circonstance, et conforme à l'indication de saint Luc.
L'évangéliste n'était pas tenu d'entrer en plus de détails, de noter que les disciples, malgré leur joie, hésitaient encore à en croire leurs yeux, et que Jésus voulut les rassurer pleinement en mangeant en leur présence ^. C'est sans parti-pris qu'il omet ces détails, puisqu'il en reproduira d'analogues à propos de l'apparition au bord du lac. Celui qui concerne le repas serait d'ailleurs si bien venu pour éveiller l'idée de la Cène eucharistique ! En fait, l'auteur se borne à noter quelques traits essentiels : les divergences qu'offre sa narration par rapport à celle de saint Luc, à laquelle elle correspond dans l'ensemble, ne font qu'accuser l'indépendance de son information.
Les paroles que l'écrivain place ensuite dans la bouche du Christ : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie... Recevez l'Esprit-Saint : à ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis ; à ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus ^, » paraissent à M. Loisy anticiper au jour de Pâques, en y associant la mission définitive des apôtres, la
^ Cf. Luc, XXIV, 37.
" Cf. Luc, XXIV, 38-43.
^ Jean, xx, 21-23.
communication solennelle de l'Esprit-Saint, que la tradition rattachait à la Pentecôte.
Jésus, dit-il, envoie ses apôtres, « et les apôtres entrent tout de suite dans l'exercice de leur mission par le don du Saint-Esprit ^ « Ce que le Sauveur leur confère, c'est littéralement le pouvoir de « remettre les péchés : » « l'évangéliste a cru donner, dans cet énoncé, la formule complète des pouvoirs apostoliques; » « la rémission des péchés lui a paru être l'expressionlaplus caractéristique du pouvoir spirituel transmis par le Christ à ses apôtres, c'est-à-dire à son Église ^. » En conséquence, les paroles de Jésus sont, « à proprement parler, l'institution positive de l'Église dans le quatrième Évangile ^. »
Quoi qu'en dise le critique, l'on n'est pas autorisé à penser que l'évangéliste ait voulu anticiper au jour de Pâcpies la Pentecôte traditionnelle. L'auteur des Actes plaçait en ce jour de la Pentecôte la grande et solennelle effusion de l'Esprit-Saint, promise dix jours avant par le Sauveur : telle était, on n'en peut douter, la croyance reçue dans l'Église à l'époque de notre écrivain. Or, il n'est pas ^Taisemblable qu'il ait eu l'idée de contredire, même discrètement, sur ce point la tradition.
Dans quelle intention l'aurait-il fait? Si l'on se réfère à son propre enseignement, on voit, dans les discours après la Cène, qu'il présente l'Esprit-Saint comme celui qui doit remplacer le Christ après son départ "*, qui viendra achever son œuvre, assister et diriger son Église à jamais ^. Or, la donnée tradition-
' Loisy, Le qualr. Écang., p. 912. Cf. Strauss, Nouv. vie de Jésus, t. ir, p. 413; Abbott, art. Gospels, col. 1785; J. Réville, Le quatre Évang., p. 296-297; Scott, Fourlh Gosp., p. 332, 335.
» Id., ibid., p. 915. Cf. J. Réville, op. cit., p. 296.
» Id., ibid., p. 915, 916.
* Jean, xiv, 16, 18, 26; xv, 26; xvi, 7.
* XIV, 26; XV, 26; xvi, 13.
nelle s'accordait admirablement avec cette conception : la grande effusion de la Pentecôte, succédant à Tascension définitive de Jésus, transformant soudainement ses disciples, inaugurant par un coup de grâce inouï l'activité merveilleuse de l'Eglise primitive, marquait on ne peut mieux le rôle de TEsprit-Saint, tel que le Christ l'avait annoncé et décrit à la dernière Gène.
Au contraire, la transposition de l'effusion solennelle de la Pentecôte au soir de Pâques, alors que, huit jours après, le Christ apparaîtra de nouveau aux siens pour affermir dans la foi l'un d'entre eux, qui n'avait pas assisté à la scène précédente et qui doutait encore, surprendrait singulièrement après ce que l'évangéliste a fait dire au Sauveur sur le rôle de l'Esprit i.
Le manque de suite est encore plus évident, si l'on songe que le même évangéliste ^ mentionne une nouvelle apparition du Christ sur les bords du lac de Tibériade, et que là les disciples paraissent occupés à la pêche, comme s'ils n'avaient pas encore reçu leur mission, tandis que le Sauveur confère à Simon sa charge de pasteur suprême, comme s'il en était encore besoin.
Au point de vue de la théologie johannique, aussi bien que de la théologie ordinaire, l'effusion de l'Esprit
^ Loisy, Le quatr. Évang., p. 917 : « En acceptant ces descriptions comme lettre d'histoire, il faudrait admettre qu'un apôtre n'a pas reçu le Saint-Esprit, ou qu'il a dû le recevoir après les autres. » — La chose est invraisemblable comme combinaison personnelle de l'évangéliste. Dans la réalité de l'histoire, elle se comprend beaucoup mieux. La parole du Christ a pu atteindre l'apôtre absent et être efficace pour lui, comme pour les autres, malgré la distance. Et rien n'empêche que le Sauveur ait réitéré aux siens la communication de ses pouvoirs, comme il l'a fait pour la déclaration de leur mission.
* Nous avons prouvé que le chapitre xxi est du même auteur que le reste de l'ouvrage. L'origine du quatr. Écang., p. 286-332.
Saint devrait venir après la série complète des manifestations du Christ ressuscité et clore Thistoire évangélique : elle n'apparaît, au contraire, que comme un épisode intermédiaire. Il semble impossible d'attribuer une pareille anomalie à notre auteur.
Au fait, dans la circonstance qui nous occupe, le Christ, insufflant TEsprit-Saint, paraît bien ne donner aux apôtres que la faculté de remettre les péchés. Prétendre que Tévangéliste a voulu désigner par là l'ensemble des pouvoirs apostoliques n'est guère conforme à sa doctrine ordinaire sur la mission du Christ et celle de ses apôtres ^. Cela ne correspond pas mieux avec ce que le Christ johannique enseigne ailleurs du rôle réservé au Saint-Esprit : il doit être son remplaçant, son témoin, il sera pour ses disciples un docteur de vérité, un protecteur ^\ on ne comprendrait guère que l'évangéliste ait caractérisé et résumé ses dons par le pouvoir de la rémission des péchés.
Enfin, toutes les fois qu'il parle de l'envoi de l'Esprit Saint, Jésus fait entendre qu'il demandera ce Paraclet au Père ^, que le Père l'enverra en son nom *, et que lui-même l'enverra d'auprès du Père ^; il faut qu'il s'en aille pour l'envoyer *. Cette manière de présenter les choses cadre exactement avec l'idée traditionnelle de l'effusion du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte. Elle ne s'accorde pas, au contraire, avec l'anticipation de cette effusion dans la circonstance présente : quoi qu'en dise M. Loisy, Jésus n'est pas
> On ne voit nulle part que cette double mission soit ainsi caractérisée. — Noter, dans le texte qui nous occupe, l'absence de l'article devant tz-h'^ixo.. B. Weiss, Joh. Evang., p. 524; Westcott, St John, p. 295.
* Cf. ci-dessus, p. 611, notes 4 et 5, » Jean, xii, 16.