DERNIERS DISCOURS
que l'auteur ne répète pas ici le nom de l'endroit où Jean baptisait, surtout s'il y attache une signification symbolique ^. » L'évangélisto, en effet, n'a pas cette préoccupation : il mentionne le lieu où avait baptisé le Précurseur, parce que nombre de ceux qui avaient reçu son baptême vinrent trouver alors Celui qu'il leur avait annoncé, le Christ Jésus.
Ce qui montre bien le désintéressement avec lequel l'écrivain fournit ses données, c'est qu'il précise : « Il s'en alla de nouveau de l'autre côté du Jourdain. » Or, il n'a pas dit que Jésus se soit déjà trouvé en Pérée ; il s'est contenté de le supposer : c'est de Pérée sans doute que le Sauveur sera venu à Jérusalem pour la Dédicace ^.
IX. DjSCObRS Al'Ki.S LA DliitlAHCiiK DKS GrECS ET APRÈS LA CÈNE.
« Nous avons vu ailleurs ^ comment les Grecs, venus à la Paque et désirant voir Jésus, adressent leur demande à Philippe, lequel en fait part à André; les deux disciples ensemble la communiquent au Maître ''. La réalité historique de cet incident paraît incontestable ^. Elle doit s'étendre au discours par lequel répond le Sauveur.
Les entretiens du Cénacle sont eux-mêmes intimement rattachés à la dernière Cène. Jésus lave les pieds à ses disciples et dénonce le traître ; celui-ci, après avoir reçu le pain trempé, sort du Cénacle ; il
* Loisy, Lcqanlr. Éi'ang., p. tlIjO.
^ Voir- I. I, p. I'i7.
■' Au 1. I, p. 418-422.
* Jean, xii, 20-22.
* Renan, Vie de Jésus, y. ôlij, cii-ù l. i, p. 422, n. 4.
fait nuit^. Tous ces détails, dont le caractère historique ne peut pas ne pas être reconnu ^, créent, à leur tour, une présomption sérieuse d'authenticité pour les entretiens qu'ils introduisent.
En résumé, les discours attribués au Christ par le quatrième Évangile ne paraissent pas seulement garantis par le fait que les narrations de notre écrit représentent des souvenirs historiques et indépendants; leur union étroite à ces narrations, leur rattachement à des circonstances qui semblent des plus réelles, la façon dont ils sont mêlés d'incidents tout à fait pris sur le vif, tendent aussi à faire préjuger dans l'ensemble leur historicité.
Il nous faudrait des raisons très positives, suggérées par le contenu des discours eux-mêmes, pour contrebalancer l'assurance préalable que nous donnent ces premières constatations. Ces raisons existent-elles?
Pour instituer notre nouvelle enquête avec méthode, considérons d'abord les discours johanniques au point de vue de la forme et du procédé littéraire. Nous en examinerons ensuite la teneur proprement dite ou les idées.
' Jean, xiii, 1-30.
= Voir t. I, p. 423-458.