VIII. Discours a la fête de la Dédicace
A l'occasion de la Dédicace, le Sauveur prononce un discours, qui est ainsi introduit : « Et il y eut la Dédicace à Jérusalem. Il faisait un temps d'hiver, et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon ^. »
Cette description semble prise sur le vif. La fête de la Dédicace, en effet, commençait le 25 kislev, c'est-àdire vers la mi-décembre. En cette saison, un mauvais
1 Jean, viii, 30.
" IX, 1-41. Voir t. I, p. 70-106.
temps était assez normal : rien n'est mieux dans la circonstance que la mention d' « un temps d'hiver i, « et rien n'est plus naturel que de voù^ le Sauveur, au lieu de stationner à découvert dans la cour du temple, se promener à l'abri du portique de Salomon ^.
M. Loisy en convient, et néanmoins il ne peut s'empêcher de chercher en ces détails concrets une haute signification symbolique. « II semble, dit-il, que ce soit à cause de la saison que Jésus est sous ce portique et non dans le parvis... Cependant saint Augustin et quelques interprètes ont pensé que l'hiver figurait les dispositions morales des Juifs. Ce serait encore à cause de l'hiver que Jésus marcherait au lieu de rester en place et de haranguer la foule. Mais cette raison, si elle existe, en cache une autre plus profonde. Jésus ne prêchera plus dans le temple... le Christ n'a plus rien à faire à Jérusalem ^. »
Il est sans doute superflu de souligner l'arbitraire et l'invraisemblance de ces insinuations. Il faut tout le parti pris de la préoccupation allégorique pour voir signifiée dans la saison d'hiver la glace qui est au cœur des Juifs. Et n'est-il pas évident que, si l'auteur avait voulu montrer le Christ définitivement éloigné du temple et de la ville sainte, il n'aurait pas esquissé de son plein gré une scène où le Sauveur se montre en pleine Jérusalem et harangue les Juifs dans le temple "*?
La notice qui introduit le discours n'est donc pas autre chose qu'une description précise d'un fait réel.
Le même caractère se découvre dans l'épilogue, où il est dit que Jésus se retira de nouveau de l'autre côté du Jourdain, à l'endroit où Jean baptisait d'abord ^. « Il est assez surprenant, avoue M. Loisy
- Voir Uorigine du quatr. Évang., p. 424.
^ Loisy, Le quatr. Évang., p. 620.
■■ D'autresdiscoursaux Juifs viendront encore : xn, 23-36,44-50.
' Jean, x, 40.