LES DISCOURS ET LES IDEES
relation de ces premiers documents est, à n'en pas douter, incomplète au point de vue de la doctrine, comme elle l'est au point de vue des faits. Le véritable problème qui se pose à l'historien est même d'expliquer comment, étant incomplets et abrégés, les Synoptiques ont néanmoins rapporté si souvent les mêmes incidents et les mêmes discours. La raison de ce phénomène est sans doute à chercher dans les circonstances qui ont présidé à la formation de ces écrits, et qui ont donné à l'Évangile primitif dont ils dépendent son cadre déterminé et sa forme concise.
Quoi qu'il en soit, il est certain que les enseignements du Sauveur, comme ses actes, ont débordé considérablement, dans la réalité, ce cadre raccourci et ce sommaire restreint. L'on comprend donc qu'un écrivain, capable d'ajouter nombre de traits d'histoire à ceux que fournissaient les évangélistes antérieurs, ait pu compléter également leur relation des discours de Jésus en puisant dans des souvenirs authentiques.
Dans quelle mesure cette induction trouve-t-elle sa vérification dans les textes? C'est ce qu'il nous faut examiner.
Dans un premier chapitre, nous considérerons le cadre historique des discours du quatrième Évangile et verrons quelle garantie ces discours reçoivent de
souvenirs que les éléments les plus saillants des instructions de Jésus, les sentences incisives, les comparaisons vivantes, les piquantes histoires. Et cette remarque ne vaut pas seulement pour les discours publics, mais pour les entreliens familiers avec les disciples : de ces conversations, il subsiste quelques lignes; des avis généraux il reste un certain nombre de sentences dont on a composé des recueils analogues à ceux qui représentent la prédication publique. Quantité de sentences et de paraboles ont dii tomber dans l'oubli, avec les propos plus communs qui les avaient d'abord entourés. On peut dire qu'il n'a surnagé dans la mémoire des première fidèles que ce qui était d'utilité pratique et d'application directe pour l'édifiration des croyants et le progrès de la nouvelle religion. » Cf. Sclimiedel, art. Gospels, col. 1885-1886.
LES DISCOURS ET LES IDEES à
leur liaison immédiate avec l'histoire et aussi des diverses marques qu'ils offrent de relation prise sur la réalité.
Au chapitre ii, nous étudierons le procédé littéraire dosdiscours johanniques, puis, au chapitre m, l'uniformité des idées exposées dans ces discours, en nous demandant si ce procédé littéraire et cette uniformité obligent à mettre fond et forme au compte du rédacteur.
Le chapitre iv sera consacré à quelques expressions et idées familières à notre Évangile, que nous comparerons avec celles des Synoptiques.
Au chapitre v, viendra l'examen du rapport des idées johanniques avec les idées et les faits postérieurs au temps de Jésus. Enfin, au chapitre vi, l'étude (lu Christ johannique, mis en regard du Christ de l'histoire.