‹ La valeur historique du quatrième ÉvangileChapitre 21 sur 50 · LA LUMIÈRE ET LES TÉNÈBRES · texte numérisé non relu

LA LUMIÈRE ET LES TÉNÈBRES

Le Christ joliannique emploie fréquemment l'image de la lumière et celle des ténèbres. « Qui marche de jour, dit-il, ne bronche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va ^. » Jean-Baptiste était ainsi lumière pour les Juifs, flambeau ardent et luisant à leurs yeux, mais à peine ont-ils voulu en profiter un instant, comme pour se divertir ^. Lui-même, Jésus, est la lumière du monde : qui le suit ne marche pas dans l'obscurité, mais possède la lumière de la vie, la lumière vivante et vivifiante ^. Il est la lumière venue en ce monde, pour que quiconque croit en lui ne reste pas dans les ténèbres ^. Il est la lumière du monde, tant qu'il est dans le monde ^. Que les Juifs profitent du peu de temps que la lumière leur reste ! Qu'ils marchent tandis que luit le jour, afin de n'être point saisis par les ténèbres ^ ! Qu'ils croient à la lumière, pendant qu'elle se montre à leurs yeux, afin d'être fils de lumière " !

Cette comparaison est tout à fait dans le génie hébreu. « Marcher dans la lumière » et « marcher dans les ténèbres » sont des images familières à l'Ancien Testament, pour figurer sensiblement la démarche paisible et assurée du juste dans la prospérité, par contraste avec le malheur du méchant qui va de chute en chute et d'adversité en adversité ^. La Loi de Dieu

' Jean, xi, 9; xii, 35.

- V, .15. Cf. ci-dessus, p. 137, note 2. ' VIII, 12.

* IX, 5. Voir t. I, p. 74.

" Cf. Ps. XXXV, G; Lxxxii, 5; cxii, 4; Prov., xx, 20; Eccl., ii, 14; Is., L, 10; Lviii, 10; lix, 9, 10; Jérém., xxiii, 12, etc.

est un flambeau lumineux ^ ; la Sagesse, une lumière directrice, indéfectible 2. Dieu est appelé la lumière de son peuple ^. Le Serviteur de Jéhovah est établi pour être la lumière des nations *.

Il n'est donc pas étonnant que le Sauveur, ami des comparaisons et des métaphores expressives, ait eu recours à une image aussi simple, aussi naturelle, aussi commune déjà dans TÉcriture. Docteur et Législateur, comment n'aurait-il pas été amené à présenter ses enseignements et ses préceptes sous l'image qui convient à l'antique Sagesse et à la Loi ? Messie et Fils de Dieu, comment ne se serait-il pas approprié la figure appliquée au Seigneur et à son Elu ?

L'examen des premiers Évangiles fournit la preuve que ces sortes de comparaisons étaient, en effet, familières au Sauveur. Le Christ synoptique appelle ses disciples a fils de lumière, » en opposition avec les mondains, ensevelis dans les ténèbres ^. La mission des apôtres est d'éclairer : ils sont « la lumière du monde ^. » De même, dit-il en développant sa comparaison, qu'un flambeau est fait, non pour être caché sous le boisseau, mais pour être placé sur le chandelier, afin d'éclairer tous ceux qui sont dans la maison, ainsi doivent-ils eux-mêmes, puiqu'ils sont envoyés pour éclairer le monde, paraître au milieu du monde et en affronter les dangers ''. Ailleurs une comparaison analogue est employée pour le même objet : de même que l'œil, étant la lampe chargée d'éclairer le corps, doit être sain, sous peine de plonger le corps entier dans les ténèbres, ainsi ses disciples, qui ont pour rôle d'é-

* Ps. cxviii, 105; Is., II, 5.

» Prov., VI, 23; Sag., vu, 10, 29.

^ Ps. xLii, 3; Lxxxviii, 16; Is., lx, 1, 19, 20; Mich., vu, 1.

* Is., XLii, 6; XLix, 6; cf. ix, 2.

' Luc, XVI, 8.

* Matth., V, 14.

' Matth., V, 15-16; cf. Marc, iv, 21; Luc, viii, 16; xi, 33.

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