‹ La valeur historique du quatrième ÉvangileChapitre 41 sur 50 · III · texte numérisé non relu

III

^ X, 36. Il semble que la sanctification dont il s'aigit ne 9« rapporte pas au Verbe avant l'incarnation.

« I, 12, 16, 18. Cf. Loisy, Le quatr. Évang., p. 102 : « La qualité de Monogène, l'unique engendré du Père, est donnée au Fils ('jioc) par comparaison avec les enfants de Dieu (•:£•/.■/« to-j Oio-j) et lui appartient en tant que Verbe incarné. » Le critique voudrait

372 LE CHRIST JOHANNIQUE

Nous avons donc, ici encore, un accord remarquable avec les données synoptiques, où le titre de Fils de Dieu, sans laisser de viser d'une certaine manière, et parfois assez directement, la situation de Jésus par rapport à Dieu en sa divinité, semble cependant se rapporter d'une façon plus habituelle et plus immédiate à ce qu'il est à son égard dans son humanité unie à la divinité ^.

M. Loisy écrit : « C'est évidemment comme Verbe et à raison de son origine éternelle, que le Fils seul connaît le Père, qu'il fait tout ce que fait le Père, qu'il a, comme le Père, la vie en lui. L'amour mutuel du Père -et du Fils remonte à l'éternité ; il n'est pas fondé sur les dispositions morales du Christ historique ^. »

Cela n'est peut-être pas aussi évident que le prétend le critique. Nous avons déjà vu que le Fils qui aime le Père est le Fils établi dans son humanité, le Christhomme, qui témoigne son amour à son Dieu en obéissant à ses volontés et en sacrifiant sa vie pour accomplir ses ordres. Seul, l'amour du Père pour le Fils, et non l'amour mutuel du Fils et du Père, est présenté comme éternel dans ce passage de la prière sacerdotale : « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux qu'ils soient avec moi, afin qu'ils voient la gloire que tu m'as donnée, car tu m'as aimé avant la création du monde ^. » Or cet amour éternel du Père pour le Fils peut aisément s'entendre comme se rapportant au Verbe fait chair, à l'humanité du Christ, à laquelle le Père doit conférer la gloire qu'il lui a prédestinée de toute éternité.

même que le titre fût appliqué à peu près uniquement au Christ dans son humanité. « Qu'il soit déjà fils et engendré en tant q\ie Verbe, dit-il, ibid., c'est ce qui ne ressort pas nettement de l'Évangile. »

' Cf. Jésus Messie, p. 296 sq.

"|Loisy, Le quatr. Évang., p. 103.

^ Jean, xvu, 24.

Quant à la puissance d'opération et de vie que le Fils possède à l'image du Père, tout le contexte, nous l'avons vu, montre qu'elle affecte l'humanité du Verbe incarné, en vertu d'une communication expresse de son Père céleste ^.

La connaissance même que Jésus déclare avoir de son Père paraît lui convenir dans son intelligence humaine, tout comme son amour pour lui réside en son cœur humain. Le Sauveur associe, en effet, à cette connaissance qu'il a du Père l'obéissance qu'il manifeste pour ses ordres : « Je le connais, dit-il, et je garde sa parole 2. «Bien plus, de l'idée qu'il connaît son Père et que son Père le connaît, il rapproche l'idée que lui-même connaît ses brebis et que ses brebis le connaissent, comme si les deux ordres de connaissance étaient analogues. « Je suis le bon pasteur : je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. De même que mon Père me connaît, je connais mon Père et je donne ma vie pour mes brebis ^. »

Cette dernière déclaration est en parallélisme étroit avec la déclaration synoptique : « Personne ne connaît le Fils que le Père, ni le Père que le Fils, et celui auquel il plaît au Fils de le révéler ^. » La sentence connexe des premiers Évangiles : « Tout m'a été livré par mon Père ^, « a elle aussi ses parallèles dans notre document^. A l'exemple de la parole synoptique, le texte johannique paraît se rappoi'ter d'abord î\ la connais-

* Cf. ci-dessus, p. 3.52. RemarquiT ces réflexions de M. Loisy, Le quatr. Évang., p. 100 : « Le l'ère, qui dans la logique du système ne devrait agir que par le Verbe, semble avoir une action distincte de celle du Verbe incarné : v, 17, 21, 32; i, 33; cf. ix, 29, etc. » «On ne voit pas comment le Fils, au cours de son existence, est associé à tout ce que fait le Père. »

''■ Jean, vm, 55; cf. x, 15, comparé à 18. ^ X, 14-15.

* Matth., XI, 27'' = Luc, x, 22''.

' Matth., XI, 27» = Luc, x, 22».

* Jean, m, 35; v, 20 sq. ; vi, 37; xvii, 2.

sance que le Fils a du Père dans son esprit humain u ni à la divinité, tout en insinuant l'idée d'une connaissance supérieure et transcendante qui lui convient en sa qualité de Verbe et indépendamment de l'incarnation ^,

Enfin, Jésus proclame son union intime avec son Père. Or, si ses affirmations supposent l'unité d'essence entre le Père et le Fils, elles offrent aussi, et plus immédiatement, l'idée d'une union morale établie entre riiomme-Christ et son Père céleste, et il semble que le Sauveur attire tout particulièrement l'attention sur ce dernier aspect de son union avec Dieu, sans laisser de vouloir élever l'esprit de ses auditeurs jusqu'à l'entrevue d'une union plus profonde encore et transcendante.

« Celui qui m'a envoyé, dit-il, est avec moi, et il ne m'a pas laissé seul, parce que ce qui lui plaît, c'est ce que je fais toujours 2. » « L'heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun chez vous, et où vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi ^. » Ainsi semble-t-il mériter par son obéissance que le Père l'assiste toujours.

D'une façon analogue, il reçoit la vie de son Père et il la transmet à quiconque communie à sa chair et à son sang. « Comme le Père vivant m'a envoyé et que je vis par mon Père, ainsi celui qui me mange, vivra lui aussi par moi ^. » Il est un avec le Père ^, le Père est en lui et lui est dans le Père ^, si bien que le connaître, le voir, c'est connaître et voir le Père^. Pourquoi? Parce

1 Cf. Jésus Messie, p. 314-322.

* Jean, viii, 29.

« X, 38 ; XIV, 10, 11; xvii, 21-23.

' VIII, 19; XIV, 9; xvi, 3.

que, dit-il, il agit en la puissance de son Père ; ses œuvres, étant divines, prouvent que Dieu est en lui et qu'il agit par lui ^. Le Sauveur ne craint même pas d'ajouter que celui qui croit en lui, fera les œuvres qu'il fait lui-même et en fera plus encore, comme s'il devait recevoir, par lui, communication de la présence et de la puissance de Dieu ^.

Bien plus, à la fin de la prière sacerdotale, Jésus montre, dans l'unité qu'il a avec son Père, l'exemple de l'unité que ses disciples doivent avoir entre eux et avec Dieu. De même qu'il est un avec le Père, qu'il est dans le Père et que le Père est en lui, ainsi demandet-il que les siens ne fassent qu'un avec lui-même, qu'ils soient en lui et lui en eux, afin d'être par lui consommés dans l'unité entre eux et avec le Père. « Que tous soient un, dit-il en s'adressant à son Père, comme vous, Père, êtes en moi et moi en vous ; qu'eux aussi soient un en nous... Qu'ils soient un, comme nous-mêmes sommes un. Moi en eux et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité ^. »

Et quelle idée donne-t-il de cette unité des croyants avec lui, correspondant à l'unité qu'il a avec son Père? Il la décrit comme une participation à l'amour qiie Dieu a eu pour lui de toute éternité, une association à la gloire qu'il lui a prédestinée : « Père, je veux que, là où je suis, eux aussi soient avec moi... afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et que moi-même je sois en eux *. » C'est pourquoi il pourra dire à l'adresse de ceux qu'il appelle « ses .frères : » « ,1e monte vers mon Père qui est aussi votre Père, » comme pour leur faire entendre qu'étant associés à sa filiation divine, ils le rejoindront un jour au ciel.

> Jean, xiv, 10-12; cf. x, 25, 31, 37-38.

* XVII, 24, 26, cf. 22.

376 LE CHRIST JOHANNIQUE

Ces déclarations sans doute requièrent pour le rapport de l'homme-Christ avec la Divinité quelque chose d'extraordinaire et qui dépasse absolument ce qui pourrait convenir à un simple homme. Loin de se mettre sur le même pied que ses disciples dans ses relations avec Dieu, il s'en distingue au fond soigneusement. Les croyants ne sont unis au Père que par lui ; lui est uni directement à son Père ; il est le trait d'union indispensable entre ses disciples et Dieu. Cette situation unique de Médiateur nécessaire paraît bien exiger une relation unique de son humanité avec Dieu, une union qui dépasse la simple union d'affection et de communication de grâce, un rapport qui ne diffère pas seuleinent de degré, mais de nature, avec celui du commun des hommes. En d'autres termes, le Christ doit être uni à son Père d'une union substantielle qui le fasse participant de la divinité même, Fils de Dieu, non simplement par adoption, mais par essence. Tell(^ est précisément la portée des textes des premiers Évangiles concernant les relations de Jésus avec son Père céleste et sa participation à ses pouvoirs ^.

Il n'en n'est pas moins vrai, qu'à l'exemple même de ces premières déclarations, les attestations du Christ johannique semblent le viser plus immédiatement dans son humanité créée. Aussi M. Loisy est-il obligé de convenir lui-même que « le Verbe incarné, devenu type de sainteté parfaite et médiateur de l'union des croyants avec le Père, rejoint le Christ synoptique ^. » Un tel aveu souligne la conformité essentielle du quatrième Évangile avec les trois premiers sur ce point important.

^ Cf. Jésus Messie, p. 296-338, 465-480; Les théories de M. Loisy, p. 304-314.

^^ Loisy, Le quatr. Évang., p. 103.

SES RELATIONS AVEC hlEV 377

Les seuls témoignages du Christ johannique qui paraissent trancher sur la tonalité générale des discours synoptiques sont ceux où il fait allusion à sa préexistence céleste. Il existait, dit-il, avant Abraham ^• Il est le Fils de l'homme qui doit monter au ciel, parce qu'il en est descendu ^ ; In pain de vie descendu du ciel ^. Il est sorti de Dieu, pour venir en ce monde et retourner ensuite auprès du Père, où il était *. Il a été envoyé et donné au monde par le Père ^ ; il est venu pour être la lumière du monde ^. Lui seul a vu le Père et peut le révéler''; il atteste ce qu'il a vu ^ ; ce qu'il enseigne dans le monde est ce qu'il a appris du Père * ; ce qu'il dit est ce qu'il a mission de dire de la part du Père ^". Et maintenant il retourne auprès de celui qui Ta envoyé ^^.

Tout cet ensemble d'affirmations vise incontestablement la préexistence du Sauveur comme Verbe dans le sein de Dieu. Ce Christ, Fils de l'homme, qui parle de ses lèvres humaines et exprime sa pensée humaine, qui a par son esprit et par son cœur humains des relations de dépendance, de soumission, d'amoui' fdial, à l'égard de Di(ni, a on même temps, dans S(»n

' Jean, viii, 58.

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