THÉORIE CATHOLIQUE
La théorie catholique est simpliste. A vrai dire, entre elle et l’interprétation spirite, il n’y a qu’une légère distinction. Pour l’une comme pour l’autre, ce sont des intelligences individuelles et distinctes de nous qui se manifestent. D’un côté on appelle ces intelligences les Esprits des morts, de l’autre, les Anges. Pour le spiritisme, il y a de mauvais esprits, pour le catholicisme, de bons et de mauvais anges.
L’un croit aux anges gardiens, l’autre aux esprits familiers. De part et d’autre, anges gardiens et esprits familliers jouent le même rôle. La seule différence sérieuse qui existe entre les deux systèmes, c’est que les anges et les démons n’ont jamais appartenu à l’humanité ; et si cette diver-
gence est grave au point de vue doctrinal, elle ne l’est guère au point de vue de l’interprétation des faits.
Suppiûmez au spiritisme la transmigration des âmes, admettez le ciel, l’enfer et le purgatoire, admettez que les bons esprits soient des anges, et les mauvais des démons, et vous aurez... le catholicisme.
Et si vous persistez à affirmer que les esprits qui se manifestent sont réellement des âmes désincarnées, vous arriverez encore à vous entendre, car le catholicisme admet la possibilité pour les âmes du Purgatoire de nous apparaître d’une façon ou d’une autre.
Le seul point sur lequel il serait impossible de s’entendre est le suivant : le catholicisme condamne à priori l’évocation des esprits, pour la bonne raison qu’il est impossible à l’homme de distinguer entre les bons et les mauvais, confusion déplorable qui nous expose à subir l’influence des démons. Et cette influence est d’autant plus évidente que la plupart des messages spirites contrecarrent l’opinion de l’Eglise. C’est l’opinion de M. de Mirville et celle de tous les auteurs catholiques qui ont écrit sur le sujet.
Inutile de dire que la théorie catholique excite au plus haut degré la fureur ou la raillerie des spirites. En face de l’explication romaine, ils s’efforcent de faire ressortir toute la beauté et toute
la grandeur de leur doctrine. (C’est surtout dans les conversations particulières qu’il faut les entendre, car leurs ouvrages ne discutent guère la question.) Ils s’ingénient surtout à montrer le côté moral de cette doctrine. Comment le diable pourrait-il inspirer de si belles pensées, prêcher une morale aussi pure ? Et le catholicisme de répondre : Satan est habile à se déguiser en ange de lumière.
C’est là, du moins, le thème de la discussion. Naturellement du côté spirite on habille ces idées de phrases emphatiques, et du côté romain on accumule les arguties, les distinguo et les syllogismes.
Il est difficile de prendre parti dans le débat. On a vu ce que vaut la morale spirite, terne, sans élan, sans idéal, frisant parfois la casuistique (en cela proche parente de la morale catholique) ; mais elle est bien peu diabolique. Si c’est Satan qui parle dans le livre d’Allan Kardec et qui signe Pascal, saint Paul, saint Augustin ou Adolphe Monod, en vérité Satan n’est guère habile à se déguiser en ange de lumière.
D’autre part, on ne peut contester au catholicisme l’existence d’anges ou de démons, ou, si l’on tient à moderniser l’expression, de puissances supérieures et intelligentes. Et ceci n’est pas une superstition ; il suffit, en somme, de croire à la pluralité des mondes habités — et généralement à
notre époque on y croit — pour peupler l’univers d’intelligences parmi lesquelles il en est forcément de bonnes et de mauvaises. Il suffit de croire que ces intelligences peuvent être affranchies des liens de l’espace — qui n’est qu’une forme de notre sensibilité organique — pour croire en même temps à la communication possible entre elles et nous. Bien mieux, il suffit de croire à la Bible pour affirmer l’existence des anges et des démons. Et quelle que soit notre prudence en l’espèce, on ne peut nier à priori que les uns et les autres puissent intervenir dans les manifestations spirites. A notre place, Fontenelle eût déjà dit : « Le diable a gagné son procès. »
Mais cette possibilité établie, elle importe peu au chrétien, du moins au chrétien véritable qui cherche en Dieu seul et en Jésus-Christ la direction de sa conscience, et qui n’aura jamais l’idée de demander cette direction à une table ou à un médium. Elle n’importe pas davantage au psychologue, qu’un postulat de la foi ne saurait empêcher de rechercher des explications rationnelles. Nous avons hâte de sortir du domaine des possibilités pour nous placer sur le terrain plus ferme de l’expérience et pour chercher ailleurs des interprétations scientifiques (1).
(1) On verra plus loin que Texplication scientifique d’un fait n’ex dut pas nécessairement l’idée du surnaturel.