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LES THÉORIES RATIONNELLES

On pourrait appeler surnaturelles l’interprétation de l’église romaine ainsi que celle des spirites. Mais ces derniers rejettent le surnaturel. Comme il serait puéril d’engager avec eux une querelle de mots, il est plus simple d’englober l’une et l’autre de ces deux théories sous le titre de supranormales (le mot est de Flournoy), par opposition aux théories scientifiques rationnelles, ou encore psychologiques, émises de divers côtés pour expliquer les faits.

L’homme invisible^ avons-nous dit, pourrait bien n’être qu’un ensemble de phénomènes psychiques ayant leur point de départ en nous-même. Il se pourrait aussi que l’âme pût se détacher du corps, s’extérioriser en pleine vie, pour produire des manifestations en dehors de nous.

C’est autour de ces deux hypothèses que se groupent une partie des systèmes qui n’ont pas l’avantage de tout expliquer d’emblée comme les théories supranormales, mais qui ont, au moins l’incontestable mérite d’expliquer pourquoi les communications et les messages spirites paraissent toujours n’être que le reflet de la pensée ambiante.

En dépit de leur hardiesse, les théories supranormales échouent complètement devant la banalité de ces communications et de ces témoignages.

Cette banalité, cette concordance entre l’opinion de l’esprit et la mentalité du milieu où il se manifeste sont un fait bien constaté, qui domine toutes les expériences et toutes les observations possibles. Les théories rationnelles seules expliquent ce fait.

Il n’est guère possible de faire une classification méthodique de ces théories avant de les avoir étudiées à la lumière des observations qui leur servent de base. Or cette étude sort du cadre de cette deuxième partie dont l’objet roule spécialement sur Valeur religieuse des théories spirites. De nouvelles interprétations nous ramènent aux faits. La question de doctrine est vidée. Est-il permis de dire qu’elle est également tranchée ?

A nos yeux, c’est incontestable, la doctrine spirite n’a aucune valeur religieuse spécifique. Sa métaphysique ne nous apporte aucune lumière sur le grand problème de nos origines et de notre destinée ; elle laisse subsister le problème du mal dont elle a simplement reculé l’origine. Sa morale ne saurait contenter une âme troublée par le sentiment du péché qu’elle ignore. Sa théorie de la transmigration des âmes, non seulement ne lui appartient pas en propre, mais encore elle nous paraît en contradiction avec le libre arbitre.

La seule idée un peu originale, quoique déjà connue, celle du périsprit, est une question de fait que nous retrouverons dans la discussion des théories rationnelles.

— Kil —

Et si le spiritisme possède réellement une valeur religieuse, s’il est capable de consoler, s’il est vrai, comme on le prétend quelquefois, qu’il puisse être l’auxiliaire de la religion en général, et du christianisme en particulier, sa doctrine n’y est pour rien.

Il est vrai que le spiritisme est un ensemble de théories et de faits. Quiconque rejette les théories peut encore conserver les faits. Et ceux-ci, à condition qu’ils soient bien séparés des systèmes dont on les a enveloppés, pourraient bien posséder en réalité une haute portée religieuse.

C’est la question qui se posera dans la troisième partie de ce travail.

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