‹ La valeur religieuse du spiritismeChapitre 23 sur 40 · THÉORIES DE GRASSET · texte numérisé non relu

THÉORIES DE GRASSET

A la base des théories du docteur Grasset se trouve une explication très claire de la subconscience, à laquelle on a donné le nom de théorie du Polygone.

Grasset localise en un point du cerveau qu’il appelle le centre O l’intelligence, la volonté libre et responsable, la conscience tout entière. Audessous du centre O se trouvent d’autres centres dont l’ensemble représente le Polygone (allusion à un dessin schématique des plus ingénieux). Ce Polygone est le siège des mouvements inconscients ou irréfléchis, des automatismes. A l’état normal le centre O et le polygone sont reliés ; mais sous certaines conditions le centre O et le polygone se dissocient et l’homme perd la conscience de ses mouvements. Cette dissociation peut naturellement se produire à différents degrés.

La simple distraction, le sommeil, la suggestion, la médiumité, les tables tournantes, la névrose provoquent la dissociation du centre O et du polygone, c’est ce que Grasset appelle la désagrégation polygonale.

En somme, c’est la théorie de Janet précisée par une explication physiologique. Pour lui, tous les phénomènes de spiritisme sont des produits de la désagrégation polygonale.

A propos des tables tournantes, l’auteur de cet ingénieux système écrit : « En laissant de côté tous les faits, d’ailleurs nombreux, d’exagération et de somnambulisme, il est certain qu’on peut faire tourner les tables entre gens d’absolue bonne foi, Nous avons fait, à une certaine époque, un certain nombre d’expériences très concluantes entre Confrères, et je peux affirmer qu’aucun de nous ne poussait volontairement et consciemment. Cependant nous poussions certainement ; seulement il s’agissait de mouvements involontaires et inconscients. C’étaient des mouvements polygonau.x. »

- « O étant fortement absorbé par la pensée de la rotation, et distrait des mains, une petite oscillation polygonale se produit, en provoque de semblables chez les voisins ; le polygone est allumé dans ce sens par la pensée fixe de O et se met à partir : la table tourne » (1).

Ailleurs Grasset rend compte d’expériences de typtologie et il ajoute : « tout cela nous l’avons fait sans jonglerie ni tromperie aucune, cela existe donc, comment peut-on l’interpréter ? » (2).

Et Grasset semble s’approprier les explications de Chevreul « la pensée d’un mouvement à produire peut mouvoir nos muscles sans que nous ayons ni la volonté, ni ta connaissance de ce mou-

(1) Grasset. UHypnotisme et la Suggestion, Paris, Doin, 1903, p. 22.

(2) Idem. Le spiritisme decant la science., M. Goulet et fils.

vement » (1). Cette explication relève évidemment de la désagrégation polygonale.

Pour le savant professeur de Montpellier, les tables tournantes et la cristallomancie sont des faits actuellement acquis à la science qui peuvent s’expliquer par les divers degrés de désagrégation polygonale du médium. Le plus haut degré de cette désagrégation nous explique les phénomènes de médiumité les plus plus extraordinaires, par exemple le cas d’Hélène Smith que l’on retrouvera avec Flournoy.

C'est le cas où, le médium complètement désagrégé, l’activité propre du polygone est à son summum et s’accompagne de spontanéité et d’imagination.

Quant à la clairvoyance elle n’est pas impossible : « J’entends par là, dit-il, la vision à travers les corps opaques. A priori, rien d’antiscientifique à cela : l’opacité et la transparence étant aujourd’hui des choses absolument relatives, témoins les rayons Rœntgen » (2).

Quant à la télépathie, elle n’est pas démontrée, mais cela ne veut pas dire qu'elle n’existe pas : (( Quand on a vu le télégraphe sans fil, on ne doit pas nier ci priori une suggestion mentale même lointaine. Seulement il faut une démonstration

(1) Grasset. Le Spiritisme...^ p. 222.

(2) Idem J p. 324.

scientifique , et cette démonstration n’existe pas (1). »

« Je vous dirai enfin la même chose des déplacements des objets à distance sans contact, et des phénomènes de lévitation. » (2)

Un des points de vue les plus originaux de la théorie de Grasset est celui de la fraude. Il l’explique par le même mécanisme de désagrégation du centre O et du polygone. Il cite à ce sujet l’opinion d’Ochorowitz : « J’ai vu, dit ce dernier, des médiums taper avec leur poing sur la muraille devant témoins, tout en prétendant que c’était un esprit qui tapait. » (3) Ochorowitz, ne l’oublions pas, est une des autorités dont se réclament volontiers les spirites.

Le professeur Grasset, lui-même, a surpris un de ses médiums, Jeanne, en flagrant délit de « jonglerie inconsciente ». Cette Jeanne était une allemande dont la présence avait littéralement bouleversé une petite ville d’outre Rhin en produisant dans la demeure de ses parents, des raps, des renversements de meubles, des bris d’objets, etc., etc. (4). Le médium était un désagrégé, le centre

(1) Grasset. Le Spiritisme, p. 327.

(2) Idem, p. 3!27.

(3) Cité par Grasset. Le Spiritisme, p. 297.

(4) Lire à ce sujet ^histoire d'une maison hantée dansée Spiritisme devant la science.

0 de Jeanne ignorait complètement ce que faisait son polygone.

Quelque intéressante et claire que soit la théorie de Grasset, et quelque précieuses que soient ses déclarations touchant la possibilité de la clairvoyance, de la télépathie et de la lévitation, il est malheureusement certain que le professeur de Montpellier n’a abordé qu’un nombre infime de phénomènes. Son système rend compte de certains faits, c’est incontestable. Dans une foule de circonstances, il a, dans un langage clair et scientifique, donné un congé définitif aux esprits ; mais ceux-ci se sont réfugiés dans un domaine entièrement inexploré par le célèbre professeur. Et, d’ailleurs, il connaît mal le spiritisme; son ouvrage qui est certainement l’explication la plus sérieuse et la plus précise des phénomènes de désagrégation psychologique et par conséquent de la plupart des expériences de médiumité, commet une erreur regrettable: il confond l’occultisme et le spiritisme ; il appelle mystiques ceux qui admettent l’intervention des anges, des démons ou des espris des morts, et spirites ceux qui acceptent des émanations de force. C’est presque le contraire qui est vrai : la caractéristique formelle du spiritisme, c’est d’évoquer les esprits des morts. Il cite comme références, Jules Bois, Papus, Peladan, voire même Léo Taxil, qui ne sont pas à proprement parler des spirites, et son exposition du spiritisme

souffre évidemment de s’être inspirée de pareils auteurs.

Maxwell, dans son ouvrage les Phénomènes psychiques (1) critique d’une façon sévère l’éminent professeur de Montpellier. Nous lui laissons le soin de poursuivre ses critiques qui bien souvent nous ont paru légitimes et autorisées.Retenons simplement que tous les faits considérés par Berthoud comme acquis à la science sont attestés par Grasset; et ce dernier propose pour certains d’entre eux l’explication la plus claire et la plus complète qui ait encore jamais été fournie.

Page 1