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LE SPIRITISME ET LA RÉSURRECTION DE JÉSUS CHRIST

a) Opinion des théologiens

Des faits extraordinaires relatés par la Bible, le plus important de tous, celui qui est, au premier chef, la base essentielle, capitale de toute foi chrétienne et qui a joué le rôle le plus considérable dans la propagation, la conservation et l’entretien de cette foi, c’est la Résurrection de Jésus-Christ. « Si Christ n’est pas ressuscité, dit saint Paul, votre foi est vaine » (1) ; autour de cette question se sont livrées et se livrent encore les batailles théologiques les plus passionnées.

C’est surtout parmi les théologiens protestants que la lutte a été vive. On peut diviser ces théologiens en deux groupes : 1® ceux qui nient purement et simplement et qui rejettent parmi les légendes le récit des Evangiles et les affirmations de saint Paul ; (pour notre part il nous est bien difficile de

(1) I Cor. XV, 17.

considérer ces théologiens comme faisant encore partie de la famille protestante) ; 2“ ceux qui admettent ces récits en tout ou en partie et qui affirment la résurrection de Jésus-Christ.

Mais parmi ces derniers on peut encore faire une classification. Les uns croient qu’à la mort du Seigneur, après le coup de lance du soldat qui a hâté cette mort, son âme a momentanément quitté son corps pour y revenir trois jours après. C’est la théorie traditionnelle remarquablement développée et affirmée dans un ouvrage récent par M. le professeur Wabnitz (1). La résurrection de Jésus, dit-il, telle que la racontent les Evangiles et les Actes, est « une résurrection corporelle, un retour de l’âme de Jésus dans son corps, et la sortie de Jésus du sépulcre avec ce corps vivifié par le retour de l’âme... (2) qui revint prendre possession de son corps, le ranima, et la résurrection corporelle eut lieu. » (3)

D’autres, et c’est le plus grand nombre aujourd’hui, croient que Jésus est ressuscité avec son corps spirituel. Mais parmi les partisans du corps spirituel une foule de divergences se produisent, divergences qui donnent toutes les notes de la gamme entre la négation pure et simple et la théorie traditionnelle.

(1) A. Wabnitz, Histoire de la oie de Jésus. Montauban 1904.

(2) Wabnitz, loc. eit.^ p. 458.

(8) Idem^ p. 495.

M. Trial, par exemple (1), qui est partisan de l’immortalité conditionnelle, croit que la résurrection fut une nouvelle création de Dieu. Le Père, à la mort de son fils, reconstitue pour lui, recrée de toutes pièces une âme nouvelle qu’il dote d’un organisme nouveau approprié à la vie d’En-Haut. C’est cet organisme qui entre en contact avec l’âme des disciples pour rendre témoignage à leur esprit, que le Christ est bien ressuscité. Il se produit alors dans- l’âme des apôtres et des saintes femmes des visions subjectives qui rendent compte des différents récits évangéliques.

Nous n’entendons pas discuter ici la théorie de M. Trial ; cependant les idées d’organisme et de visions subjectives nous paraissent contradictoires. Il est étrange que l’auteur, prêtant au corps spirituel de Jésus-Christ un organisme et des sens supérieurs et plus nombreux que sur la terre, n’admette pas la possibilité des manifestations objectives, réelles, de ce corps; d’autant plus étrange que Trial est moniste et qu’à ses yeux il ne doit pas y avoir de différence essentielle entre le domaine objectif et le domaine subjectif. Mais passons.

Cette théorie présente quelque analogie avec les hypothèses de Baur, Strauss, Ewald, Holsten, Renan et A. Réville, qui, elles aussi, supposent des visions, des hallucinations subjectives. Toutefois

(1) Vie noucelle. Août 1903.

il faut encore distinguer entre ces théories : Les unes admettent comme Trial, une action directe de Jésus provoquant l’hallucination ; les autres placent simplement dans l’imagination surexcitée des disciples le siège et la cause de cette hallucination. Cette dernière hypothèse se rapproche tout à fait de la négation pure.

Keim, Fichte, Weisse, Schenkel, Fulliquet, admettent la vision objective du Christ ressuscité. (C’était aussi l’opinion de Spinoza.) Pour Keim, en particulier, « c’est Jésus lui-même qui s’est manifesté objectivement, visiblement, “devant les regards extérieurs des disciples et des apôtres. Ils l’ont vu, ce qui s’appellu vu, de leurs yeux extérieurs... » et « Keim admet ces sortes de phénomèns-là parce que selon lui, l’action de l’au-delà sur le monde d’ici-bas ne peut être niée à priori, même si l’on démontrait comme non réelles toutes les apparitions de morts » (1).

Sabatier, qui n’est pas très clair sur ce point, affirme la résurrection de Jésus-Christ avec un corps spirituel ; « par son esprit, dit-il, il s’est manifesté vivant à ses disciples » (2). M. Lafon pense que cette affirmation suppose des apparitions réelles de Jésus-Christ (3).

(1) Wabnitz, lor. rit., p. 486.

(2) Vie noucello du 12 mars 1898.

(3) Idem.

Mais encore parmi les partisans de la vision objective on retrouve toute une échelle de nuances. Les uns pensent que le corps de Jésus-Christ était seulement visible ; comme si un organisme réel ne pouvait impressionner que la vue à l’exclusion des autres sens ! D’autres croient que ce corps était aussi palpable. Les uns, Fulliquet par exemple, rejettent le tombeau vide, ou l’expliquent par une fraude pieuse ; d’autres admettent que le corps spirituel a été formé des éléments transformés du corps terrestre, et nous touchons ici à la fameuse question de la transformation de la matière, à la théorie du radium.

Mentionnons simplement pour mémoire la thèse de Paulus où la mort de Jésus n’était qu’apparente, et celle de Hase où la mort était bien réelle mais pas définitive. Toutes les deux abordent des problèmes siûrites (le détachement de l’âme et du corps) ou psychologiques (la léthargie).Mais elles rentrent dans la catégorie des négations, car le Christ a dû mourir une seconde fois définitivement, et la question de résurrection ne se pose plus.

De tous ces systèmes, le seul qui ait quelque chance de supplanter la doctrine traditionnelle, est celui qui affirme la résurrection d’un corps spirituel avec manifestations sensibles. Voici les principaux arguments sur lesquels on l’appuie :

Il semble ressortir de certains textes que le corps de Jésus-Christ lorsqu’il se manifeste après

la résurrection a subi une transformation complète. Marie et les disciples d’Emmaüs ne le reconnaissent pas (1). Marie de Magdala le prend pour le , jardinier (2). Il entre dans un local entièrement clos sans ouvrir porte ni fenêtre (3). Il se montre soudain pour disparaitre spontanément, ce ne sont pas là évidemment les propriétés d’un corps terrestre.

Saint Paul, dans I Cor. xv nous donne la théorie du corps spirituel qui est celui des ressuscités, et il établit une corrélation étroite entre la résurrection de Jésus et la nôtre. « Dieu, dit-il, n’aurait pas ressuscité Jésus-Christ si les morts ne ressuscitaient point ; et si les morts ne ressuscitent point. Christ non plus n’est pas ressuscité (4) ». Ce rapprochement prouve évidemment que Jésus dans la pensée de Paul, est ressuscité de la même façon que nous devons un jour ressusciter nous-mêmes, c’est-à-dire avec son corps spirituel ; « Le corps est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel (5) ».

Bien entendu, ce corps spirituel peut apparaître et disparaître. Saint Paul affirme que Jésus lui est

(1) Luc XXIV.

(2) Jean xx, 15 et scq.

(3) Jean xx, 19.

(4) I Cor. XV, 15 et 16.

(5} I Cor. XV, 44.

apparu ainsi qu’à plus de cinq cents frères (1) ; et nous voici en plein spiritisme.

b) Opinion des Spirites

Le corps spirituel de Jésus, c’est son périsprit, cette enveloppe éthérée qui se moule sur l’organisme terrestre, conserve sa forme générale, et possède la propriété de se matérialiser en groupant autour d’elle des particules de matière plus ou moins Iluidique. Et voilà pourquoi Thomas a pu toucher les plaies béantes de son maître.

Mais, dira-t-on, le tombeau vide ? Précisément, le spiritisme nous l’explique en deux mots : l’esprit de Jésus s’est servi pour se matérialiser, du corps qui était resté dans le sépulcre, et comme la matière peut traverser et pénétrer la matière, la substance du cadavre s’est échappée pour se grouper dans de nouvelles conditions autour de l’âme du Seigneur.

Pour M. Wabnitz c’est l’âme qui va retrouver le corps, pour les spirites, et en général pour les partisans du corps spirituel, c’est le corps qui va retrouver l’âme. La divergence ne vaut pas une discussion.

Veut-on que ce soit l’ange qui ait roulé la pierre

(1) I Cor. XV, 4 et 5.

tombale? Soit; les esprits célestes ont aidé Jésus dans sa matérialisation (1).

L’explication est simpliste, peut-être y a-t-il lieu de dire avec M. Lenoir : « Une distinction absolue doit être faite entre la résurrection du Christ et les apparitions spirites » (2). Il faut avouer cependant que cette explication maintient les moindres détails du récit évangélique : et toutes les théories des théologiens à ce sujet ne peuvent pas en dire autant (3).

(1) Cf. Louise Jeanne, Jésus de Ncaareth est-il Dieu ? Toulouse. Massip, 1881. « Le corps charnel de J.-C. a été emporté dans l’atmosphère et dissous par le ministère des anges, esprits supérieurs, connaissant toutes les lois qui régissent ce monde et sachant en faire l’application scientifique... Les anges ont emporté ce corps et l’ont fait disparaître, en le dissolvant pour l’empêcher de se corrompre, car il est dit : « Dieu ne veut pas que son saint éprouve la corruption, et cette prophétie, ils l’ont accomplie », p. 340. Suivant l’auteur, c’est le corps spirituel seul qui s’est manifesté; mais Louise-Jeanne ne nous dit pas que, pour se matérialiser, le corps spirituel de Jésus ait emprunté ses éléments à la substance de son corps terrestre dissoute par les anges; cet emprunt toutefois est conforme à la théorie générale des matérialisations d’esprits.

A côté et à l’opposé de cet auteur, on trouve des spirites qui nient simplement le fait du tombeau vide ou qui l’attribuent à une fraude pieuse, tout comme nos théologiens. Cf. à ce sujet R. Nœggerath, La Survie, sa réalité, sa manifestation, sa philosophie, avec préface de C. Flammarion. Paris. E. Flammarion, 1897. Dans cet ouvrage un esprit qui signe Jean le Précurseur, nie tous les récits évangéliques relatifs à la Résurrection. 11 nie même l’Ascension qui est cependant un phénomène entièrement conforme à la logique du spiritisme. Nouvelle preuve que les esprits sont de purs reflets des mentalités qui les évoquent et que l’on retrouve chez eux toute la gamme des écoles théologiques d’ici-bas.

(2) Lenoir, Etude sur le Spiritisme. Thèse ix.

(3) En réalité, M. Wabnitz n’a abordé que le problème historique de la Résurrection du Christ. Mais au problème historique s’ajoute le

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