SPIRITISME ET RATIONALISME
A la suite de cette comparaison entre les phénomènes bibliques et les faits spirites, une conclusion s’impose d’elle-même :
Depuis longtemps déjà, la théologie rationaliste ou symboliste s’acharne après les miracles de la Bible. Des théologiens à courte vue, qui n'ont pas même l’excuse d’être des savants — s’ils étaient des savants, ils se souviendraient du principe de Laplace qui était plus qu’un savant, un génie, et qui était prudent dans ses assertions — dès qu’ils se trouvent en présence d’un événement extraordinaire de l’Ancien ou du Nouveau Testament, s’empressent au nom de la Science — avec un grand S — de le réléguer parmi les légendes ou les symboles. Tout ce qui dépasse le cadre de leurs conceptions étroites, tout ce qui sort du domaine de leur expérience banale, est fabuleux, mythique ou légendaire. Et peu à peu, sous leurs attaques réitérées, la Bible s’écroule pierre par pierre sous
problème métaphysique dont M. Wabnitz ne se préoccupe pas. La théorie des matérialisations spirites, quelles que soient nos réserves a son sujet, ne nous paraît impliquer le rejet d’aucun des phénomènes relatés par les évangélistes. Cette théorie, selon nous, opère la conciliation, ou, pour mieux dire, la synthèse de la doctrine traditionnelle et du corps spirituel, synthèse qui repose sur la base inébranlable des faits historiques retenus et attestés par l’auteur de La Vie de Jésus,
les coups d’une critique visiblement inspirée de ce principe que tout ce qui ne s'explique pas de prime abord n’est ni vrai, ni possible. Jésus lui-même, réduit aux simples proportions d’un maître, d’un docteur, d’un professeur de morale, Jésus dépouillé de tout ce qui fait de lui le miracle vivant de l’histoire, n’est plus qu'un sage dont on discute très volontiers les préceptes, un rêveur dont le mysticisme fait bientôt sourire, et dont la mort n’est plus qu’un lamentable échec, une désastreuse banqueroute.
Mais voici tout à coup une science nouvelle qui surgit et qui fait rentrer dans le cadre de l’expérience, les faits qu’au nom de l’expérience on rejetait parmi les légendes, les mythes ou les fictions. Et cependant cette science nouvelle ne se propose pas de restaurer le christianisme; elle croit au contraire qu’elle va le renverser définitivement. Le spiritisme se pose comme le champion du rationalisme ; il bâtit son système sur des données qui lui sont fournies par la science et par la raison.
Nous assistons alors à un étrange spectacle : d’un côté des chrétiens, des disciples de l’Evangile qui, au nom d’une science vieillotte, au nom des lois de la nature — comme s’ils connaissaient toutes ces lois — s’acharnent contre les faits extraordinaires de la Bible; de l’autre, des ennemis du christianisme qui, au nom d’une science nouvelle
et des lois de la nature mieux connues, attestent tous ces faits et les renforcent d’une nouvelle série d’expériences analogues. D’un côté, des hommes qui font profession d’aimer JésuvS-Christ, de suivre ses enseignements, et qui ne croient pas à sa résurrection ; de l’autre, des hommes qui n’obéissent pas à Jésus-Christ, qui ne le considèrent pas plus que Jeanne d’Arc ou que Socrate et qui nous expliquent cette résurrection. Voilà des pasteurs qui, en chaire le jour de Pâques, évitent avec soin tout ce qui a trait aux manifestations physiques de Jésus, quand ils ne prononcent pas les mots d’hallucination ou de légende; et voici des spirites qui ne croient seulement pas au pardon de Dieu et qui nous expliquent le tombeau vide.
Certes, le spectacle est piquant, mais 'il est surtout réconfortant. Pour quiconque sait ce qui se passe dans le monde des études psychiques, les représentants de la théologie rationaliste ou symboliste, ceux qui niaient la réalité des faits bibliques au nom de la science et de la raison, sont aujourd’hui en posture ridicule, même devant la science et devant la raison. Le fait spirite, quelles que soient sa nature, son interprétation et ses conséquences, appuie, restaure la Bible et fait rentrer dans l’ombre les négateurs systématiques qui la démolissaient petit à petit.
Toute la valeur religieuse du spiritisme est là.