‹ La valeur religieuse du spiritismeChapitre 6 sur 40 · JO · texte numérisé non relu

JO

Empire. Restée orpheline, elle vivait avec ses grands parents. Elle était fort bonne musicienne et chantait souvent avec ma mère.

Vers l’âge de 18 ans, elle se détermina pour une vocation religieuse très prononcée et prit le voile dans un couvent de Strasbourg. Dans les premiers temps, elle écrivait fréquemment à ma mère; puis ses lettres s’espacèrent et enfin, comme il arrive presque toujours en pareil cas, elle cessa complètement de correspondre avec son ancienne amie.

Elle était en religion depuis environ trois ans, quand, un jour, ma mère monta au grenier pour chercher quelque vieille chose dans un débarras. Tout à coup, elle redescend au salon en poussant de grands cris et tombe sans connais sance. On s’empresse, on la relève, elle revient à elle et s’écrie en sanglotant : « C’est horrible! Amélie se meurt, elle est morte, car je viens de l’entendre chanter, comme il n’y a qu’une morte qui puisse chanter ! )) Et de nouveau une crise de nerfs lui fit perdre les sens.

Or, une demi-heure après, le colonel M... entrait comme un fou che^: mon grand père, tenant une dépêche à la main. Cette dépêche était de la supérieure du couvent de Stras bourg et contenait ces seuls mots : « Arrivez, votre petitefille au plus mal. » Le colonel saute dans le premier train, arrive au couvent, et apprend que la sœur était morte à 3 heures précises, heure exacte de la crise subie par ma mère.

Le fait m’a été raconté souvent par ma mère, par ma grand’mère, par mon père qui assistait à la scène, ainsi que par mon oncle et ma tante, témoins oculaires de cet étrange incident (1).

(1) Camille Flammarion, loc. cit., p.. 78.

Une de mes amies d’étude (je suis doctoresse) était allée aux Indes comme médecin-missionnaire. Nous nous étions perdues de vue comme cela arrive quelquefois, mais nous nous aimions toujours.

Un matin, dans la nuit du 28 au 29 octobre (j’étais alors à Lausanne), je fus réveillée par des petits coups frappés à ma porte. Ma chambre à coucher donnait dans un corridor, lequel aboutissait à l’escalier de Tétage. Je laissais ma porte entr’ouverte pour permettre à un gros chat blanc que j’avais alors, d’aller à la chasse pendant la nuit (la maison fourmillait de souris). Les coups se répétèrent. La sonnette de nuit n’avait pas sonné et je n’avais non plus entendu monter l’escalier.

Par hasard, mes yeux tombèrent sur le chat qui occupait sa place ordinaire au pied de mon lit : il était assis, le poil hérissé, tremblant et grognant. La porte s'agita comme poussée par un léger coup de vent et je vis paraître une forme enveloppée d’une espèce d’étoffe vaporeuse blanche, comme un voile sur un dessous noir. Je ne pus pas bien distinguer le visage. Elle s’approcha de moi ; je sentis un souffle glacial passer sur moi, j’entendis le chat gronder furieusement. Instinctivement, je fermai les yeux et quand je les rouvris tout avait disparu. Le chat tremblait de tous ses membres et était baigné de sueur !

J’avoue que je ne pensai pas à l’amie aux Indes, mais bien à une autre personne. Environ quinze jours plus tard j’appris la mort de mon amie, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1890, à Srinaghar, en Kashmir. J’appris plus tard quelle avait succombé à une péritonite (1).

Marie de Thilo,

Docteur-m^

H-Junien (Suisse),

(1) Camille Flammarion, loe, eit., p.

a) M. Passa, aujourd’hui décédé, mais qui pendant de longues années a été pasteur à Versailles, m’a raconté le fait suivant :

Un jour, étant parfaitement recueilli et conscient (il était alors, si mes souvenirs sont exacts sur ce point, étudiant à Strasbourg), il vit son frère, ofQcier de turcos en Afrique, couché au fond d’un silo, la tête fendue. Bien que fort impressionné par cette vision, il n’eut pas un instant l’idée qu’elle pût représenter une réalité, et n’y repensa que plus tard, en recevant par le courrier d’Algérie la nouvelle que le jour même où il lui était apparu, son frère avait été assailli par un de ses hommes qui, après lui avoir fendu le crâne, l’avait jeté dans un silo.

h) Une jeune fille, très liée avec ma famille et dont le père habitait Constantinople (je tais son nom par discrétion, n’étant pas autorisé à le divulguer), se trouvait en séjour chez une tante à Genève. Un soir^qu’elle était au bal, très gaie, comme à son ordinaire, elle s’arrêta tout d’un coup, au milieu d'une damse, et fondant en larmes, s’écria : « Mon père est mort, je l’ai vu I » — On la calma à grand peine, et quelques jours après on apprenait que son père (qu’elle ne savait même pas malade) avait en effet succombé au moment même où se manifestait le phénomène de son* apparition (1).

A.-E. Monod,

rv7, rue Dra<jon^ à Marseille.

(1) Camille Flammarion, lor. cit., p. 141.

Le soir du 8 mai 1896, vers neuf heures et demie, j'allais me coucher, lorsque je sentis comme une commotion électrique qui me secoua de la tête aux pieds. Ma mère était malade depuis quelques mois, je dois vous le dire, mais rien ne faisait prévoir que son état dût s’aggraver subitement. La commotion avait été si étrange, si nouvelle, que je l'attribuai immédiatement, et sans réflexion, à la mort de ma mère. Sous le coup de cette émotion, je ne pus m'endormir que fort tard, et avec la conviction que j’aurais le lendemain une dépêche m’annonçant le malheur. Ma mère habitait à 60 kilomètres de Moulins.

Le lendemain matin, une dépêche me mandait en toute hâte. Je pars, et je trouve ma mère à peu près sans connaissance. Elle mourut le lendemain, soit trente heures environ après l’avertissement.

Les personnes qui la soignaient me dirent que l’hémorragie interne (c’est à cela qu’elle avait succombé) l’avait terrassée à 9 heures et demie, le 8 mai, c’est-à-dire à Vheave mème^ où j’ai été si étrangement averti (1).

Abbé L. Forestier,

Vicaire à Saint-Pierre (Moulins).

Étudiant à l’Université de Kief, déjà marié, j’étais allé passer l’été à la campagne chez ma sœur, habitant une terre non loin de Pskow. En revenant, par Moscou, ma femme adorée tomba subitement malade de l’influenza, et, malgré son extrême jeunesse, fut rapidement brisée. Une paralysie du cœur l’emporta subitement, comme un coup de foudre.

(1) Camille Flammarion, loc, cit.^ p. 100.

Je n’essayerai pas de vous dépeindre ma douleur et mon désespoir.

Mais voici ce que je crois devoir signaler à votre savoir, le problème dont je désire ardemment recevoir la solution.

Mon père habitait Poulkow. Il ignorait la maladie de sa charmante belle-fille, et la savait avec moi à Moscou. Quelle ne fut pas sa surprise de la voir à côté de lui^ comme il sortait de sa maison, Y accompagnant pendant un instant! Elle disparut aussitôt. Saisi d’effroi et d’angoisse, il nous adressa à l’heure même un télégramme pour s’informer de la santé de ma chère compagne. C’était le jour même de sa mort...

Je vous serais reconnaissant pour toute ma vie de m’expliquer ce fait extraordinaire. (1)

Wenecian Bililowski,

Stadiosus medicüiœ, Nikolskaja, 21^ à Kief.

A Odessa, le 17 janvier 1861, à onze heures du soir, M"»® Obalechef était au lit bien portante, ne dormant pas encore ; à côté d’elle, à terre, dormait sa domestique, ci devant serve ; dans la chambre brûlait une lampe devant les saintes images. Ayant entendu son petit enfant pleurer, elle demanda à sa domestique de le lui donner.

(( Levant par hasard, dit-elle, les yeux sur la porte que j’avais devant moi, je vis entrer lentement mon beau-frère, en pantoufles et en robe de chambre à carreaux que je ne lui avais jamais vue. S’approchant du fauteuil, sur lequel il s’appuya, il enjamba les pieds de la domestique, qui se trouvait là, et s’assit dans le fauteuil doucement.

(1) Camille Flammarion, loc. cû.,p. 186.

« En ce moment, la pendule sonna onze heures. Bien sûre de voir distinctement mon beau frère, je m’adressai à la domestique avec la question suivante : (( Tu vois, Claudine ? ))

(( Mais je ne nommai pas mon beau-frère. Là-dessus, la domestique, tremblant de frayeur, me répondit immédiatement :

Je vois Nicolas Nilovitch ! » (le nom de mon beaufrère.)

« A ces paroles, mon beau-frère se leva, enjamba de nouveau les pieds étendus de Claudine et, se tournant, disparut derrière la porte qui conduisait au salon. »

M""® Obalechef réveilla son mari qui prit une bougie et examina tout l’appartement très attentivement sans rien trouver d’anormal. Elle eut alors la conviction que son beau frère, habitant alors à Tver, venait de mourir.

En effet, l’évènement était arrivé justement le 17 janvier 1861, à 11 heures du soir.

Comme confirmation du récit, on a le témoignage écrit de la veuve de M. Nilovitch, qui certifie que les choses se sont bien passées de la sorte, et que, de plus, la robe de chambre décrite par sa sœur était identique à celle que M. Nilovitch s’était fait faire quelques jours avant son décès, et dans laquelle il est mort (1).

Au mois de septembre de l’année 1857, le capitaine Wheatcroft, du 6® régiment anglais des dragons de la garde, partit pour les Indes, afin de rejoindre son corps. Sa femme resta en Angleterre, à Cambridge. Dans la nuit du 14 au

(1) Camille Flammarion, lor. dt., p. 193, d’après Marillier, dilations télépathiques.

15 novembre, vers le matin, elle rêva qu elle voyait son mari anxieux et souffrant, puis elle se réveilla immédiatement, l’esprit très agité. Il faisait un magnifique clair de lune et, ouvrant les yeux, elle vit de nouveau son mari debout à côté de son lit. Il lui apparut en uniforme, les mains pressées contre la poitrine; ses cheveux étaient en désordre et sa figure pâle. Ses grands yeux noirs la regardaient fixement et sa bouche était contractée. Elle le vit et avec toutes les particularités de ses vêtements, aussi distinctement quelle l’avait jamais vu durant toute sa vie, et elle se rappelle avoir remarqué, entre ses deux mains, le blanc de sa chemise qui, cependant, n’était pas tachée de sang. Son corps semblait se pencher en avant avec un air de souffrance et il faisait un effort pour parler, mais on n’entendait aucun son. L’apparition dura une minute environ, puis s’évanouit. La première idée de M*”® Wheatcroft fut de constater qu’elle était bien éveillée. Elle se frotta les yeux avec son drap. Son petitneveu était dans son lit avec elle; elle se pencha sur l’enfant endormi et écouta sa respiration. Inutile d’ajouter qu’elle ne dormit plus cette nuit-là.

Le lendemain matin, elle raconta tout cela à sa mère et exprima la conviction que son mari était tué ou dangereusement blessé, bien qu’elle n’eût pas vu de taches de sang sur ses vêtements. Elle fut tellement impressionnée par cette apparition qu’elle refusa, à partir de ce moment, toutes les invitations.

Une jeune amie la pressa, quelque temps après, d’aller avec elle assister à un concert, lui rappelant qu’elle avait reçu de Malte, envoyé par son mari, une fort belle toilette qu’elle n’avait pas encore portée. Elle refusa d’une façon absolue, déclarant que, ne sachant pas si elle n'était point déjà veuve, elle ne fréquenterait aucun lieu d'amusements jusqu’à ce qu’elle eût reçu des lettres de son mari d’une date postérieure au 14 novembre.

Au mois de décembre suivant, le télégramme annonçant la mort du capitaine fut publié à Londres. Il disait que le capitaine avait été tué devant Luknow, le 15 novembre. Cette nouvelle donnée par un journal de Londres, attira l’attention d’un solicltor, M. Wilkinson, qui était chargé des affaires du capitaine. M™® Wheatcroft lui ayant affirmé que l’apparition avait eu lieu le 14 et non le 15, il fit des recherches au Ministère de la Guerre, qui confirmèrent la date du 15. Mais au mois de mars suivant, un des collègues du capitaine, revenu à Londres, expliqua les faits plus complètement, prouva que le capitaine avait été tué à côté de lui, non pas le 15, mais le 14, dans Taprès midi, et que la croix plantée sur sa tombe portait bien la date du 14.

Ainsi, cette apparition avait donné la date de la mort avec une précision plus grande que celle des documents officiels, lesquels ont été ensuite rectifiés (1).

On voit par ces exemples que l’impression télépathique est tantôt visuelle, tantôt auditive, ou bien elle revêt le caractère d’une commotion comme chez l’abbé Forestier (2). Le plus souvent, elle affecte une seule personne; mais d’autres fois elle est collective comme dans le cas du général Parmentier, de M. Nilovitch et de M”® Obalechef. Les animaux eux-mêmes peuvent être impressionnés comme le chat de Marie de Thilo.

Le phénomène se produit également en rêve ou pendant le sommeil magnétique.

(1) Camille Flammarion, lor. elt.^ d’après Marillier, loc. cit.

(2) Marillier, loc. cit.^ cite 63 exemples d’hallucinations tactiles.

Un frère appœnd la mort de sa sœur par un horrible cauchemar (1).

Une dame voit en rêve un navire se perdre.

Au mois d’octobre 1898, le 13 ou le 14, je venais de quitter M™® G..., chez laquelle j’avais passé quelques jours, pour rentrer ici. Dans la nuit suivante, elle vit en rêve un naufrage, avec des quantités de noyés. A son réveil, elle voulait (persuadée par d’autres exemples, qu’elle a une sorte de seconde vue), me télégraphier pour me prier de ne pas partir; mais elle en fut empêchée par son mari. Le 15 octobre les journaux annonçaient une grosse tempête, et la perte d’un, navire, ayant occasionné une centaine de morts. Heureusement pour moi ce n’était pas le mien (2).

Dorteur en droit â P/iilippocille.

Un manufacturier de Bridgeport, M. Wilmot, en route pour New-York sur le steamer “ City of IJmerick ” voit en rêve sa femme qu’il a laissée aux Etat-Unis lui faire une visite pendant la nuit ; et son compagnon de chambre, M. Tait, parfaitement éveillé, voit lui-même l’apparition qu’il prend pour la sœur de M. Wilmot, embarquée sur le même paquebot. Et ce qu’il y a de plus étrange, c’est que la même nuit, M"® Wilmot rêve qu’elle a rejoint son mari en traversant la mer impétueuse, et décrit correctement la cabine du vaisseau

(1) Camille Flammarion, loo, cit.^ p. 446.

(^) Camille Flammarion, Zor. c/^. p. 464.

OÙ couchait M. Wilmot et son compagnon de voyage (1).

Une dame magnétisée voit et décrit l’intérieur du corps de sa mère mourante, état constaté à l’autopsie (2).

Un monsieur voit en rêve une dame de ses amies arriver par le chemin de fer, voyage imprévu d’ailleurs (3).

Une jeune fille voit d’avance en rêve le jeune homme inconnu qu'elle épousera (4).

§ 6. — CLAIRVOYANCE ET LUCIDITÉ a) La Lucidité

Avec ces derniers exemples, nous voici dans un nouveau domaine, celui de la claircoyance ou laciclité qui est l’une des branches de la télépathie. Il ne s’agit plus ici d’apparitions de mourants, mais de visions quelconques, de faits passés, actuels et mêmes futurs.

La clairvoyance accompagne le sommeil magnétique. C’est l’histoire de toutes les somnambules extra lucides, mais c’est aussi le cas d’une foule de personnes qui ne présentent aucune tare patho-

(1) Cf. Camille Flammarion, lor, p. 483.

(2) Idem, p. 492.

(3) Idem, p. 507.

(4) Idem, p. 509.

logique. Alors^ le plus souvent, la lucidité se produit

pendant le rêve. C. Flammarion, déjà cité, en relate quarante-neuf cas recueillis et étudiés par lui.

Laissons de côté toutes les visions de faits actuels qui ne diffèrent pas essentiellement des apparitions des mourants (la mort d’un ami ou d’un parent est un fait actuel), pour nous attacher spécialement aux rêves prémonitoires où l’avenir nous apparaît.

Maxwell en cite deux exemples frappants. Nous lui empruntons l’un des deux récits :

Je le tiens, dit il, d’un de nos collègues, homme calme, positif, n’ayant aucune espèce de tendance au mysticisme et s’occupant, à ses heures de loisir, de chasse plutôt que de métaphysique. C’est, d’ailleurs, un magistrat expérimenté et il occupe de hautes fonctions dans une Cour du centre de la France. A l’époque où il fit le rêve que je vais raconter, il était juge d’instruction dans une petite ville près de laquelle se trouvaient d’importantes usines. Il était intimément lié avec un grand industriel et avait l’habitude d’aller le voir presque tous les jours. Il connaissait le personnel de l’usine et, notamment, un contre-maître originaire du Nord, qui après de longues années de bons services, désira rentrer dans son pays, et quitta son patron, dans les meilleures conditions, d’ailleurs.

Quelques mois après, mon collègue rêva qu’il faisait sa promenade habituelle et sa visite à son ami ; qu’il apercevait le contre maître et manifestait sa surprise de le voir; que ce dernier lui répondait : Oui Monsieur, c’est moi. Je n’ai pas trouvé de travail au pays, et, ma foi, je suis revenu ici. Mon collègue n’attacha aucune importance à ce rêve ; le

lendemain il alla, selon sa coutume, voir son ami et trouva dans la fabrique le contre maître qu’il avait vu en songe. Il échangea avec lui à peu près les mêmes propos que dans son rêve.

N’insistons pas sur les rêves. Les cas plus curieux de clairvoyance sont encore ceux qui se produisent en dehors du sommeil, particulièrement dans la cristallomancie.

l>) La Cristallomancie

La Cristallomancie est l’art de consulter les boules de cristal où peuvent se refléter des faits passés, présents et à venir.

Tous ceux qui ont lu Joseph Balsamo, d’Alexandre Dumas, se rappellent certainement le curieux épisode de l’entrevue de Balsamo et de Marie- Antoinette dans un château de la frontière allemande. La jeune reine apprenant qu’un sorcier ré.side momentanément dans le pays, veut connaître sa destinée. Balsamo place sous ses yeux une carafe de cristal où Marie-Antoinette voit se dérouler une suite de tableaux effrayants. L’un d’eux représente un instrument de supplice encore inusité, la guillotine, et la malheureuse jeune femme se reconnaît, gravissant elle-même les degrés de l’échafaud. Elle pousse un cri de terreur et tombe évanouie.

C’est du roman, mais Alexandre Dumas décrit fort bien l’expérience. Prenez une boule de cristal : sous un certain angle et sous un certain jour, en évitant tout reflet, vous y verrez, paraît-il, des choses extraordinaires. Flournoy dans l’auditoire de théologie de la Faculté de Montauban, nous citait la cristallomancie comme un fait positif.' Maxwell a étudié ce fait très minutieusement et a établi des règles précises pour le succès de l’expérience.

Les boules de cristal de roche donnent, paraîtil, les meilleurs résultats. La boule doit être sphérique ou ovoïde. Les boules un peu grosses valent mieux que les petites. Et il faut croire que ce genre de phénomènes est étudié par beaucoup de gens, car une industrie s’est formée pour la fabrication des globes divinatoires, dont le prix varie entre 6 fr. 75 et 12 fr. 85 pour le verre, et monte jusqu’à 200 fr. pour le cristal de roche. Maxwell donne même le nom des meilleurs fabricants.

Le même auteur range les hallacinaüons (?) cristallomanciennes dans six catégories d’ordre croissant (1).

1“ Vision de faits imaginaires, hallucination ordinaire ;

(1) C’est Maxwell lui-même qui emploie et souligne le mot hallucination suivi d’un point d’interrogation, Les phénomènes psychiques, p. 169.

2" Souvenirs oubliés rappelés à la mémoire sous forme de vision ;

3" Faits passés que le sujet affirme avoir toujours ignorés.

4“ Faits actuels certainement inconnus du sujet;

5® Faits futurs ;

6® Faits d’interprétation douteuse.

La vision des faits imaginaires, hallucinations ordinaires, est la plus fréquente.

Voici un exemple de vision de faits passés et oubliés : Un chanteur perd la mémoire et Maxwell lui fait lire dans une boule de cristal les deux vers oubliés.

Un autre jour, une personne lit dans une boule de cristal : « Salon de 1885 » et elle voit immédiatement se dérouler sous ses yeux une série de tableaux qui figuraient réellement au salon de 1885, et le sujet ne se souvient pas d’avoir jamais rien lu concernant le salon de cette époque-là.

Quant à la vision prématurée, ou prémonition, les cas en sont, paraît-il, fort nombreux. En voici un qui est particulièrement frappant, le récit de la vision ayant été fait huit jours avant l’événement. Une personne aperçut dans un globe de cristal la scène suivante : « Un grand steamer ayant un pavillon à trois bandes horizontales, noire, blanche et rouge et portant le nom Leutschland naviguait en pleine mer, le bateau fut soudain entouré de fumée; des marins, des passagers et des gens

en uniformes coururent en grand nombre sur le pont, et cette personne vit le bateau sombrer.

« Huit jours après, les journaux annonçaient l’accident du Deutschland, dont une chaudière éclata, obligeant ce paquebot à faire relâche, je crois (1). »

Le nom du navire avait été légèrement modifié et le vaisseau ne sombra peut-être pas, la vision n’en est pas moins significative.

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