LES APPARITIONS
Les phénomènes de vision en général qui viennent d’être exposés, nous amènent naturellement à parler des Apparitions. Il n’est plus question ici de vues télépathiques de faits lointains, de mourants ou de scènes diverses, il s’agit d’apparitions proprement dites d’objets ou de personnes, se produisant en dehors de toute coïncidence avec des événements extérieurs. On peut les ranger sous trois chefs différents :
1“ Les apparitions d’objets brillants ;
2” Les apparitions de mains ;
3“ Les apparitions de fantômes.
(1) Maxwell, loc. cM., p. 18i2.
a) Objets brillants
Les apparitions d’objets brillants nécessitent la présence d’un médium et demandent généralement pour se produire une demi-obscurité.
Sous les conditions du contrôle le plus rigoureux, dit W. Crookes, j’ai vu un corps solide, lumineux par luimême, à peu près de la grosseur et de la forme d’un œuf de dinde, flotter sans bruit à travers la chambre, s’élever par moments plus haut que n’aurait pu le faire aucun des assistants en se tenant sur la pointe des pieds, et ensuite descendre doucement sur le parquet. Cet objet fut visible pendant plus de dix minutes et, avant de s’évanouir, il frappa trois fois sur la table avec un bruit semblable à celui d’un corps dur et solide.
Pendant ce temps le médium était étendu sur une chaise longue et paraissait tout à fait insensible.
J’ai vu des points lumineux jaillir de côté et d’autre et se reposer sur la tête de différentes personnes. J’ai eu réponse à des questions que j’avais faites, par des éclats de lumière brillante qui se sont produits devant mon visage et le nombre de fois que j’avais fixé. J’ai vu des étincelles de lumière s’élancer de la table au plafond, et ensuite retomber sur la table avec un bruit très distinct. J'ai obtenu une communication alphabétique au moyen d’éclairs lumineux se produisant dans l’air devant moi, et au milieu desquels je promenais ma main. J’ai vu un nuage lumineux flotter au dessus d'un tableau. Toujours sous les conditions du contrôle le plus rigoureux, il m’est arrivé plus d’une fois qu’un corps solide phosphorescent, cristallin, a été mis dans ma main par une main qui n’appartenait à aucune des personnes présentes. En pleine lumière, j’ai vu un nuage lumineux
planer sur un héliotrope placé sur une table à côté de nous, en couper une branche et l’apporter à une dame ; et dans quelques circonstances, j’ai vu un nuage semblable se condenser sous nos yeux en prenant la forme d’une main et transporter de petits objets (1).
Maxwell a également obtenu divers phénomènes lumineux, entre autres des lumières qu’il compare à la lueur des nébuleuses et qui ont échappé à l’analyse spectrale. « Elles étaient, dit-il, trop mobiles et trop fugitives » (2).
b) Apparitions de mains
Nous avons déjà vu, dans le récit de Crookes, une main étrangère qui, très galamment, offrait une fleur à une dame de l’assistance. Le fait n’est pas isolé. Crookes a vu maintes fois apparaître des mains dont il a ressenti le contact.
J’ai vu plus d’une fois, dit-il, d’abord un objet se mouvoir, puis un nuage lumineux se former autour de lui, et enfin le nuage se condenser, prendre une forme et se changer en une main parfaitement faite. A ce moment toutes les personnes présentes pouvaient voir cette main. Cette main n’est pas toujours une simple forme, quelquefois elle semble parfaitement animée et très gracieuse ; les doigts se meuvent et la chair semble être aussi humaine que celle de toutes les pér¬
il) W. Crookes, loc. cit., p. 153.
{2) Maxwell, loc. cit. p. 135.
sonnes présentes. Au poignet et au bras elle devient vaporeuse, et se perd dans un nuage lumineux.
Au toucher, ces mains paraissent quelquefois froides comme la glace et mortes ; d’autres fois elles m’ont semblé chaudes et vivantes et ont serré la mienne avec la ferme étreinte d’un vieil ami (1).
e) Fantômes
Enfin, et nous touchons ici au point culminant de l’expérimentation spirite, des fantômes apparaissent, des fantômes complets. Les uns se montrent simplement pour disparaître comme ils étaient venus ; d’autres entrent en contact avec les expérimentateurs. On peut non seulement les voir, mais encore les toucher ; ces fantômes peuvent se matérialiser.
Nous touchons, disons-nous, au point culminant de l’expérimentation spirite; mais aussi, nous retombons dans les histoires de revenants. Il nous a été donné de faire quelques expériences de spiritisme vulgaires, banales, mais avec quelle ardeur nous eussions désiré voir des apparitions! Hélas! tous nos souhaits ont été vains. 11 s’en est produit, assure-t-on, autour de nous, et tout près de nous. Avant la séance de médiumité racontée plus haut, “le petit” avait vu son grandpère. Une foule de spirites racontent ces appari-
(1) W. Crookes, loc. cit.
lions; ils en parlent avec une émotion intense et bien légitime. « Venez, semblent-ils dire, incrédules que vous êtes, disciples de saint Thomas, et vous serez convaincus ». Prenez-les au mot, essayez de les suivre, donnez leur rendez-vous pour tel jour, et les faits qui tout à l’heure étaient fréquents, deviennent rares et comme l’apanage des seuls initiés. Tel d’entre eux qui vous parle sans cesse de matérialisations d’esprits, en a vu un cas, un seul, et c'était à Paris il y a plus de vingt ans. Tel autre attend d’être forcé de vous répondre d’une façon précise, pour avouer qu’il y croit, mais qu’il n’en a jamais vu. Nous sommes ici dans un domaine favorable à l’éclosion et au développement des légendes.
Toutefois, ces quelques réflexions dictées peutêtre par le dépit de n’avoir jamais rien vu, ne sont pas une fin de non recevoir pour les récits qui nous parviennent sous les plumes autorisées de Crookes, Maxwell, Ch. Richet, et de beaucoup d’autres.
Voici d’abord un récit de Maxwell :
Tout à coup, après la production de quelques lueurs très faibles et très mobiles, j’aperçus une ravissante figure de femme pâle, les yeux levés au ciel dans l’attitude de la prière. Les yeux et les cheveux étaient noirs; la coiffure était formée par des bandeaux égaux, dans le genre de celle qui était à la mode il y a cinquante ou soixante ans. La figure était enveloppée d'un voile blanc qui recouvrait la tète et l’encadrait complètement. La physionomie était très
douce et d'une rare beauté. L’apparition paraissait légèrement lumineuse, d’un ton blanc laiteux. Elle se produisit au-dessus et à gauche du médium, à une assez grande hauteur, près du plafond. (1).
Et le même observateur a vu trois apparitions semblables ou analogues en différentes circonstances. Il a vu également des figures d’animaux plus ou moins extraordinaires.
Quant à Crookes, lui-même déclare que les apparitions sont les faits les plus rares dont il ait été le témoin. Avec le médium Home il a vu deux cas d’apparitions visibles pour tous ceux qui assistaient à l’expérience (2).
Cependant, depuis ses premières études, Crookes a obtenu de nouveaux résultats. Par l’intermédiaire d’un médium, miss Florence Cook, l’illustre savant anglais affirme avoir vu plusieurs fois autour de lui l’esprit de Katie King. C’est le phénomène le ])lus éclatant qui ait jamais été constaté.
Dans son ouvrage, Le Spiritisme, le D*' Gibier, aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle, qui fut plus tard le fondateur d’un institut Pasteur en Amérique, reproduit les lettres adressées à diverses revues au sujet de ces apparitions.
Inutile d’en retracer les détails; nous aurons probablement à les discuter à propos de M. Aloys
(1) Maxwell, loc. cit., p. 141.
(2) Cf. W. Crookes, loc. cit.
Berthoud qui en a contesté l’exactitude. Et d’ailleurs, tous ces détails pâlissent devant un fait plus extraordinaire encore que l’apparition de Katie King elle-même : IV. Crookes a photographié le fantôme.
§ 8. LES PHÉNOMÈNES MATÉRIELS a J La Photographie spirite
Il semblait qu’en fait d’extraordinaire rien ne pùt surpasser une apparition ; et cependant nous voici au seuil d’un nouveau champ d’expériences plus.merveilleuses encore, les phénomènes de matérialisations. Les esprits laissent des traces de leur passage. M. le pasteur Bénézech dit à ce propos (1) : « William Crookes aftirme qu’un esprit matérialisé, se nommant Katie King, lui est apparu souvent, qu’il l’a vu, bien vu, ce qui s’appelle vu, et ce n’était pas, assure-t-il, une hallucination, puisqu’il en a tiré des photographies dont plusieurs spécimens sont à cet instant même sous nos yeux, dans le livre du docteur Gibier. Et si vous connaissiez tous les détails de sa relation, les minutieuses précautions qu’il prétend avoir prises pour n’être pas dupe d’une illusion ou d’une super-
(1) Alfred Bénézech. Causeries morales et religieuses^ n® 93, janvier 1895.
cherie! Il n’y a pas de conte de fées qui soit plus fantastique. En plein xix® siècle, nous voyons reparaître le merveilleux d’autrefois, et même augmenté, puisque la photographie s’en mêle. »
Cinq photographies de Katie King sont reproduites par Gibier sans aucune retouche manuelle. L’une d’elles où l’esprit serre la main du docteur Gully, de Londres, se vend en Angleterre et en Amérique, accompagnée d’une notice relatant les circonstances dans lesquelles elle a été tirée. Cette photographie circule au vu et au su des personnes dont le nom figure sur ladite notice, sans que jamais, paraît-il, aucune d’elles ait protesté.
Mais Crookes n’est pas le seul qui ait obtenu des photographies spirites. Elles étaient connues longtemps avant lui. Un spirite bien connu, M. Thomas, industriel à Agen, qui fut longtemps un des membres de la municipalité agenaise, président actuel de la Chambre de Commerce de Lotet-Garonne, a eu l’obligeance — et nous sommes heureux de pouvoir l’en remercier ici — de nous communiquer quelques photographies spirites qui sont encore en sa possession. Ces photographies sortent de chez Buguet, un photographe parisien qui eut maille à partir avec la justice et qui jeta un certain discrédit sur l’art de photographier les esprits et sur le spiritisme en général. Peut-être ce discrédit n’était-il pas suffisamment justifié, nous reviendrons là-dessus.
Citons enfin comme ayant obtenu des photographies de fantômes : Aksakoff, le colonel de Rochas, Hasden, Istrati et le capitaine Volpi, mentionnés dans une communication de G. Delanneau congrès de psychologie de 1900 intitulée : la Psychologie expérimentale.
h) Empreintes, moulages et pénétration
Mais la photographie n’est pas la seule trace laissée par les apparitions. D’après Léon Denis (1), l’astronome allemand Zollner, W. Dentan, les docteurs Wolff et Friéze ont recueilli des empreintes et des moulages dans la paraffine et autres substances molles, des membres d’apparitions matérialisées. Les moules, d’une seule pièce, reproduisaient les indexions des membres, les détails de la structure et les altérations accidentelles de la peau.
Enfin nous avons déjà, dans une expérience de Crookes, vu un esprit, ou du moins la main d’un fantôme, offrir galamment à une dame une branche arrachée à un héliotrope. Il arrive quelquefois que des fieurs sont apportées on ne sait d’où. Le fait, quoiqu’il soit affirmé en milieu spirite où il constitue, dit-on, un des charmes de l’expérimentation, paraît être très rare.
(1) Psychologie expérimentale. Phénomènes cVextériorisàtion et de dédoublement. Congrès psychologique de 1900.
Maxwell, un des auteurs dont la documentation est la plus copieuse, n’ose pas affirmer le fait qui,, s’il existe, suppose la pénétration de la matière. L’écriture spontanée obtenue par Zollner entre deux ardoises scellées semble toutefois prouver cette pénétration.
Tels sont les faits (1).
Nous les avons groupés suivant une méthode bien simple, en commençant par les plus fréquents, les plus faciles à obtenir et à contrôler, et nous nous sommes élevés graduellement jusqu’aux plus rares, jusqu’à ceux qui demandent peut-être une initiation particulière, en tous cas une grande habitude d’expérimentation.
Si nous n’avons rien dit des raps, c’est-à-dire des coups frappés dans les murailles ou sur les meubles, c’est qu’ils accompagnent à peu près tous les phénomènes, ils précèdent une apparition télépathique tout aussi bien que la danse échevelée d’une table en lévitation.
Ici comme ailleurs, une classification est toujours plus ou moins arbitraire. Les faits d’apparition pourraient être, à la rigueur, considérés comme des cas de médiumité, puisqu’ils sont toujours provoqués par la présence du médium, ou
(1) Nous ne les exposons, bien entendu, que sous bénéfice d’une critique ultérieure.
comme des cas de télépathie, et cependant ils diffèrent des uns et des autres.
Nous n’avons pas d’ailleurs la prétention d’indiquer ici le classement définitif des phénomènes spirites, l’étude des faits n’étant en réalité dans ce travail qu’une exposition préalable.
Derrière les faits, il y a les théories qui constituent la deuxième donnée du problème posé :
Quelle est la valeur religieuse du spiritisme ?