‹ La valeur religieuse du spiritismeChapitre 8 sur 40 · I. — L’INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

I. — L’INTERPRÉTATION

Si les spirites s’étaient contentés de recueillir et d’exposer les phénomènes complexes que nous connaissons, sans essayer de les interpréter, il n’y aurait pas de spiritisme. Il y aurait simplement

une science nouvelle, surprenante quant à ses résultats. Mais ce qui fait la caractéristique du spiritisme, c’est que les faits qu’il étudie sont inséparables des théories qui les expliquent; tellement inséparables que dans l’exposition succinte des phénomènes, nous n’avons pas pu — à moins que nous n’ayons su — éviter d’en parler. Forcément nous avons dû nommer les esprits.

Eh bien, il suffit de nommer les esprits pour exposer toute l’interprétation spirite.

Quelles sont, ou plutôt quelle est l’unique cause de tous les faits, de tous sans exception, qu’est-ce qui fait tourner les tables, qu’est-ce qui produit la lévitation des corps pesants, qu’est-ce qui provoque lamédiumité, la vision dans la boule de cristal, les rêves prémonitoires ou les apparitions ? Ce sont les esprits des morts, et cette interprétation rend compte de tout.

Elle est simpliste, en tous cas, mais les spiristes ne se sont pas inquiétés d’exercer contre elle leur critique qui paraît simpliste, elle aussi. Une série de syllogismes leur a suffi pour remonter des effets aux causes. Ils se sont dit : Nos manifestations ont une apparence intelligente, donc elles sont l’œuvre d’une intelligence. Cette intelligence ne peut résider qu’en l’homme ; mais l’homme ici est invisible; or l’homme invisible, c’est l’âme détachée du corps, désincarnée après la mort, donc les phénomènes sont l’œuvre des esprits des morts.

Remarquons, en passant, qu’on n’a pas dit « les esprits » tout court, il pourrait y avoir des esprits qui ne fussent pas des âmes humaines désincarnées. On dit : les esprits des morts. Inutile de^ discuter, tout s’explique à cette lumière d’outre-tombe.

Au risque d’anticiper sur la philosophie du système, disons, en deux mots ce qu’est l’esprit d’un mort :

L’esprit et la matière sont distincts (le spiritisme est dualiste, peut-être même trichotome); ce qui les unit, c’est le fluide universel. Quand l’ame se détache du corps, elle reste enveloppée de ce fluide auquel elle imprime une forme particulière qui prend alors le nom de périsprit.

Ce périsprit est l’intermédiaire entre l’esprit et la matière.

Il est, dit Léon Denis, l'instrument à l’aide duquel s’accomplissent tous les phénomènes du magnétisme et du spiritisme, le corps spirituel est un véritable réservoir de fluides que l’âme met en action par la volonté, à l’aide d’un organisme semblable à celui du corps matériel, dont il est comme le décalque. C’est lui qui, dans le sommeil naturel comme dans le sommeil provoqué, se dégage du corps, se transporte à des distances considérables et, dans l’obscurité des nuits comme à la clarté du jour, voit, observe, entend des choses que le corps ne saurait connaître de lui-même. (1)

(1) Léon Denis, Après la mort, p. 194.

Quand M. Wilmot, dans sa cabine de Ja citij of Limerik, voit sa femme accourir vers lui pendant la nuit, et quand cette dernière rêve qu’elle se transporte auprès de son mari, c’est qu’en réalité, à travers la distance, les périsprits des deux dormeurs, détachés pendant le sommeil, se sont rejoints. Ainsi s’expliquent bien des rêves.

Et quant après la mort, le périsprit s’est détaché, à l’aide de cet organisme qui est le a décalque du corps matériel » il met en branle les tables, il frappe des coups dans les murailles et sur les meubles, il soulève des objets qui perdent, par conséquent, une partie de leur poids dans la lévitation.

C’est au moment où il se détache du corps, qu’il peut impressionner certaines personnes, provoquer chez elles la vision d’un mourant lointain, et annoncer à un parent, à un ami sa désincarnation avant que la nouvelle lui parvienne par les voies naturelles.

La permanence du corps fluidique, dit encore Léon Denis, explique aussi le phénomène des apparitions ou matérialisations d’esprits. Le périsprit, dans la vie libre de l’espace, possède virtuellement toutes les forces qui constituent l’organisme humain, mais il ne les met pas en action. Dès que l’esprit se trouve dans les conditions voulues, c'està-dire dès qu’il peut emprunter au médium la matière fluidique et la force vitale nécessaires, il se les assimile et revêt peu à peu les apparences de la matière terrestre. Le courant vital circule en lui et, sous l’action du fluide emprunté, les

molécules pliysiques se rangent d’après le plan de l’organisme, plan dont le périsprit reproduit toutes les lignes essentielles. Le corps humain se reconstitue et l’organisme entre en fonctions.

Les photographies et les moulages nous montrent que ce corps reconstitué est identique à celui que l’esprit animait sur cette terre. Mais cette vie ne peut être que temporaire et fugitive, étant anormale, et les éléments qui l’ont produite, après une courte association, retournent à leurs sources respectives (1).

Ainsi Tesprit emprunte au médium la matière Iluidique et la force vitale nécessaires pour reconstituer les apparences d’un corps humain.

Qu’est-ce que ce médium que nous avons défini provisoirement : une personne capable de faciliter ou de provoquer les phénomènes spirites ? Léon Denis va nous le dire dans une page qu’il serait impossible de résumer toute entière, sans en affaiblir considérablement l’expression :

Rendue à la vie spirituelle, l'âme reprend la complète possession d’elle-même; le périsprit recouvre la plénitude de ses perceptions. Ils peuvent désormais agir de concert sur les fluides, impressionner les organismes, les cerveaux humains. Là est le secret des manifestations spirites. Un magnétiseur exercera une action puissante sur son sujet, provoquera son dégagement, suspendra en lui la vie matérielle. De même, les esprits ou âmes désincarnées peuvent, par la volonté, diriger des courants magnétiques sur certains

(1) Léon Denis, loc. dt., p. 195.

êtres humains, influencer leurs organes et, par leur intermédiaire, communiquer encore avec les habitants de la terre. Ces êtres, spécialement propres, par la délicatesse et la sensibilité de leur système nerveux, à la manifestation des esprits, portent le nom de médiums. Leurs aptitudes sont multiples et variées.

Ce sont les sensitifs, les clairvoyants, ceux dont la vue perce le brouillard opaque qui nous cache les mondes éthérés et, par une éclaircie, parviennent à entrevoir quelque chose de la vie céleste. Certains ont même la faculté de voir les esprits, d'entendre d’eux la révélation des lois supérieures (l).

Nous sommes tous plus ou moins médiums et tous nous éprouvons, dans une certaine mesure, l’influence du contact des esprits. Ils nous conseillent et nous font agir à notre insu, nous consolent, nous relèvent. Les écrivains, les hommes de progrès, sont des médiums.

Ces écrivains subitement inspirés, ces inventeurs soudainement éclairés, sont autant de médiums intuitifs, inconscients. Chez d'autres, la faculté de communiquer avec les esprits revêt une forme plus nette, plus accentuée. Les uns sentent leur main entraînée par une force étrangère et couvrent le papier de conseils, d’avis, d’enseignements variés. Les autres, riches en fluide vital, voient les tables s’agiter sous leurs doigts et obtiennent, au moyen de coups frappés par ces meubles, des communications plus lentes, mais plus précises et plus propres à convaincre les incrédules. Certains, plongés par l’influence des esprits dans le

(I) Léon Denis, loc. ctL, p. 196.

sommeil magnétique, abandonnent la direction de leurs organes à ces hôtes invisibles, qui en usent pour converser avec les incarnés comme au temps de leur vie corporelle. Rien de plus étrange et de plus saisissant que de voir défiler successivement dans l’enveloppe frêle et délicate d’une dame, voire d’une jeune fille, les personnalités les plus diverses, l’esprit d’un défunt quelconque, d’un prêtre, d'un artisan, d’une servante, se révélant par les attitudes caractéristiques, par le langage qui leur était familier pendant leur existence ici-bas (1).

Voilà rexplication complète de notre séance de médiumité; et à ce propos on se souvient sans doute du médium qui voyait un officier avec des bottes et un grand sabre, et de cet autre qui boitait prenant des poses théâtrales et faisait même le geste et le bruit du priseur. C'est que les a esprits prennent l'aspect qu'ils avaient ici-bas pour être reconnus de leurs proches auxquels le médium voyant décrit leur aspect » (2).

Certains médiums facilitent par leur présence le phénomène des apparitions, ou plutôt, selon une expression nouvelle, des matérialisations d’Esprits. Ces derniers empruntent au périsprit du sujet une certaine quantité de fluide, se l’assimilent par la volonté et condensent leur propre enveloppe jusqu’à la rendre visible et quelquefois tangible.

Quelques médiums servent aussi d’intermédiaires aux

(1) Léon Denis, loç. cit., p. 198.

(2) Gibier, p. 171 : Le Spirltisnie, Fakirisme occidental. (Cette raison n’a pas convaincu l’auteur.)

esprits pour transmettre aux malades et aux infirmes des effluves magnétiques qui soulagent et parfois guérissent ces malheureux. C’est là une des formes les plus belles et les plus utiles de la médiumnité.

Disons encore qu’une foule de sensations inexpliquées proviennent de l’action occulte des esprits. Par exemple, les pressentiments qui nous avertissent d’un malheur, de la perte d’un être aimé, sont causés par les courants fluidiques que les désincarnés projettent vers ceux qui leur sont chers. L’organisme ressent ces effluves, mais rarement la pensée de l'homme cherche à les analyser. 11 y a pourtant dans l’étude et dans la pratique des facultés médianimiques une source d’enseignements élevés (1).

Seules, la cristallomaiicie et la vision prémonitoire en général ne paraissent pas au premier abord trouver place dans cette explication ; il est cependant facile de les y ranger. En effet, les esprits lorsqu’ils sont désincarnés, débarrassés des liens grossiers de la matière, jouissent de facultés supérieures. Leur intelligence extra-lucide perçoit l’enchaînement des choses. Ils peuvent connaître et par conséquent prédire à l’avance certains événements. Dès ici-bas si nous voyions une étincelle couver sous les feuilles mortes d’une forêt des Landes, nous pourrions presque dire l’heure où l’incendie éclatera violent et embrasera des centaines d’hectares. Quoi d’étonnant qu’un esprit ait pu quelquefois prédire un incendie ?

(1) Léon Denis : Après la mort, p. 199.

Une tare du métal est passée inaperçue dans la construction d’une machine à vapeur. Un mécanicien de profession vous dira à peu près le temps au bout duquel fatalement elle doit éclater. Quoi d’étonnant à ce qu’un esprit ait prédit l’avarie du Deutschland, et en ait peint les phases émouvantes dans la boule de cristal ?

Et qu’il s’agisse de rêves, à part le mécanisme révélateur qui n’est jamais au-dessus des forces d’un esprit, le cas est absolument le même.

Une question reste en suspens Dans la séance de médiumité citée plus haut, un esprit se manifeste sur un ton de plaisanterie lourde, grotesque. Dans une expérience citée par la Revue Spirite de 1879, on voit un grossier personnage tenir des propos obscènes par la bouche de M™® Hugo d’Alésy. Cela paraît bien surprenant.

C’est que toujours, répondent les spirites, il y a des esprits farceurs qui n’ont pas dépouillé leur caractère terrestre, étant encore très bas sur l’échelle des esprits.

Cette échelle des esprits fait partie des théories philosophiques du paragraphe suivant. Et le mot esprit farceur, nous révèle les ressources inépuisables de l’interprétation spirite, qui explique tout,sans qu’un seul des phénomènes décrits puisse en aucune façon lui échapper.

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