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fais, devint, en i6q3, la comédie de La Tapisserie vivante (i). puis de nouveau retournée, la jolie bouffonnerie d'Alexandre Du val, la Tapisserie, jouée en 1808, à rOdéon; celle du Docteur amoureux , qui ne survit que par l'analyse qu'en donna un ballet, la Boutade des comédiens (2) ; celle des Docteurs rivaux. dont toute trace s'est effacée, quoique Molière l'eût jouée plus qu'aucune autre en province: enfin celle du Testament, dont rien n'existe qu'une tradition vagues et cette mention presque aussi obscure dans la moins connue des nombreuses épitaphes de Molière, où les commencements de sa vie, mêlés de farces et de tragédies, sont rapprochés des péripéties de sa fin:
Ci-gît dessoubz ce monument Le "corps de l'illustre Molière, Qui, de Malade imaginaire, Le devint véritablement ; Et, comme la lin de la vie Se rapporte au commencement, Ce pauvre acteur en ce moment.
Pour achever la comédie, Voulut faire son Testament, Et finit par la Tragédie (3).
En 1828, lorsque notre siècle commençait à se faire chercheur, et que les amis de Molière, ayant à leur tête l'actif Beffara, qui apportait dans l'érudition un flair aiguisé par ses fonctions de commissaire, étaient sérieusement rentrés en campagne pour aller à la découverte, on apprit qu'un vieux monsieur visitant la Bibliothèque et s'y enquérant des manuscrits de Mo-
(1) Catal. Solemne, t. II, p. 47.
(2) V. le Roman de Molière, p. 137. 139.
(3) V. aux Mss de la Bibliothèque impériale les Portefeuilles Je Valant, t. XIII, p. 65.
xii INTRODUCTION.
lière qui pourraient y exister, avait affirmé qu'il s en conservait de fort précieux dans un château de Normandie : lui-même il les avait, disait-il, vus et touchés dans une grande malle au château de Ferrière ou de la Ferrière.
Beffara fut bientôt sur pieds pour dépister ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans cette confidence du vieux passant. Il s'enquit de tous les châteaux de Normandie et des provinces voisines, qui portaient le nom dont il avait parlé, et ne perdit pas un instant pour écrire à leurs propriétaires ; il n'obtint pas de réponse. Ce mécompte ne le rebuta point. Au lieu d'une simple lettre, il fit alors une circulaire imprimée, qu'il adressa bravement aux maires de tous les villages assez nombreux qui s'appellent La Ferrière ou Ferrière, et qu'il fit de plus insérer dans plusieurs journaux, à commencer par celui de la Librairie (1).
Cette charge à fond; cet appel suprême n'eurent pas plus de résultat que sa première requête, et chose plus triste, c'est que chaque fois que pareille espérance s'est de nouveau offerte, elle a de même avorté, après n'avoir fait que poindre un instant.
Il y a douze ans, le bruit courut qu'une de nos villes du Midi possédait dans sa bibliothèque une des farces de Molière, le Médecin Barbon, signée et tout en tière écrite de sa main (2). On s'empressa d'aller aux preuves, tout s'évanouit.
L'année d'après, pareil bruit se répandit, non-seulementà Paris et par toute la France, mais jusqu'en An-
(1) V. le no du 21 juin [828.
(2) V. YAtlienœum français, t. V, p 1
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gleterre (i), au sujet d'une correspondance entre un jésuite du collège de Clermont et le gassendiste Bernier. ami de Molière, laquelle aurait contenu sur celui-ci de curieuses révélations, pour l'époque où il faisait jouer à Montpellier le 'Dépit amour eux. Cette correspondance avait, disait-on, été découverte en province. Qu'en estil sorti ? Rien.
En 1860, on parla encore, quand fut vendue la bibliothèque du château de Bercy, d'un précieux in-4, composé de plusieurs livrets de ballets, tels que ceux du Mariage forcé et du oMalade imaginaire, dans lequel un autographe important de Molière aurait enfin été trouvé. Je m'en préoccupai sans retard; or l'autographe au moins douteux, quoi qu'en eût dit M. Cousin qui l'examina, n'était qu'une simple ligne au bas du troisième intermède du Mariage forcé. Molière — si c'est lui toutefois — a écrit là : « Remplacer cette entrée de « ballet par le Trio des Cocus (2). » Bien que d'une authenticité contestable, cette seule ligne fit monter le volume à près de quatre cents francs (3) ! tant, malgré toutes les recherches , la rareté se soutient, pour cette précieuse écriture, pendant que le désir d'en posséder, ne fût-ce qu'un mot, augmente au contraire.
Et cependant, continuent à répéter les curieux si peu satisfaits, il dut y avoir, il y eut des manuscrits de Molière! Sans doute, et j'ajouterai qu'on en put suivre la trace, du moins pour quelques-uns, pendant un assez long temps après sa mort.
(1) V. Y Athenœitm anglais du 10 janvier i856.
(2) V. Bulletin du Biblioph. belge, 1860, p. 229, 23o.
(3) C'est M. Alph. de Rothschild qui l'acheta.
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Voltaire jeune homme en avait vu un des plus curieux, celui de cette fameuse a Scène du Pauvre » dans Don Juan, qui dut être retranchée de toutes les éditions anciennes de Molière, et dont l'existence, quoiqu'un pamphlet du temps l'eût constatée le lendemain même de la représentation (i). et quoi que Voltaire en eût dit, fut, à cause de cette suppression par ordre, mise si longtemps en doute par les meilleurs esprits. Voltaire tenait bon sur ce point. L'exemplaire enfin retrouvé, où figure la terrible scène supprimée dans les autres, lui donna définitivement raison (2). « Celui qui écrit ceci, avait-il dit dans sa Vie de ^Molière (3), a vu la scène écrite de la main de Molière, entre les mains du fils de Pierre Marcassus, ami de l'auteur. »
Voilà un premier manuscrit, et qui plus est, un autographe, dont la trace un instant saisie a complètement disparu.
Beffara, dans la circulaire mentionnée tout à l'heure, donne à penser, d'après une tradition, que la veuve de Molière se dessaisit des manuscrits de son mari en faveur du comédien Lagrange. et que le gendre de celui-ci.
(1) V. notre article : A propos du Don Juan de Molière, dans la Revue française du 20 mai i858, p. 180.
(2) Elle fut imprimée dans l'édition de 1682, puis aussitôt supprimée, au moyen d'un des cartons dont M. de Trallage nous parlera plus loin .L'exemplaire non cartonné, qui fut enfin retrouvé, était celui même qui avait appartenue M. de la Reynie. Le lieutenant de police gardait pour lui ce qu'il supprimait pôurles autres. Cet exemplaire passa longtemps pour être unique. Un second fut acheté 25 fr. sur le quai) par M. Rochebillière, vendu 5oo fr. par lui à M. Chaude, et adjugé tout dernièrement à la vente de celui-ci , moyennant 2,5oo fr.!
3 Œuvres, édit. Beuchot, t. XXXVIII, p. 3i8.
[NTRODUCTION. xv
M. Musnicr de Trohéou, payeur des Etats de Bretagne, aurait bien pu en devenir détenteur après la mort de son beau-père.
Ils eussent, en ce cas, été dans d'assez mauvaises mains. M. de Trohéou fut un dissipateur, qui rendit tort malheureuse la fille du coméd:en, et qui causa même la mort de celui-ci par le chagrin qu'il eut de cette mésintelligence (i).
Mais la supposition de Beffara était toute gratuite. J'ai des preuves jusqu'ici inconnues, et tirées de la meilleure source, qui me permettront d'affirmer que la veuve de Molière ne se dessaisit des papiers de son mari en faveur de personne, et que s'ils se perdirent, ce fut ou chez elle, ou chez sa fille. Madame deMontalant, à Argenteuil, ou chez le fils qu'Armande avait eu de son second mari, Guérin d'Étriché, ou bien plutôt encore chez le libraire avec lequel elle avait directement traité, comme on le verra plus loin, pour les pièces non imprimées du temps de Molière.
Le jeune Guérin d'Etriché nous a lui-même fait savoir, par quelques mots jusqu'ici trop peu remarqués, qu'il avait eu en mains les manuscrits de Molière.
En 1699, un an avant la mort de sa mère, il publia la pastorale de Myrtil et Mélicerte, où il avait refait pour une partie, et achevé pour l'autre, ce que Molière en avait laissé.
Comme il pouvait craindre qu'on l'accusât d'avoir emprunté ce qu'il donnait sous son nom, aux manuscrits dont on savait qu'il avait la libre disposition, il
(1) V. Jal, Dict. critique, p. 728.
xvi INTRODUCTION.
prit les devants, et se hâta de taire dire à sa préface : <i qu'il n'avait trouvé dans les papiers de Molière, ni la moindre idée, ni le moindre fragment. »
Était-il sincère ? La platitude de sa pièce le ferait volontiers croire (i); mais ce qui importe surtout dans sa déclaration, c'est d'apprendre par celui même qui avait pu s'en servir, qu'à la lin du xvne siècle il existait encore des « papiers de Molière. »
Que sont-ils devenus? quels étaient-ils?
Plusieurs et des plus précieux parmi ceux que Molière avait laissés, ne s'y trouvaient plus du moins. C'est tout ce que je puis assurer.
Dès 1682, la veuve les avait vendus au libraire Thierry pour l'édition où Lagrange, à qui jusqu'à présent on en a attribué tout le soin, de compagnie avec son ami Vinot, ne dut intervenir qu'assez indirectement. Nous savons aujourd'hui que la préface historique, qu'on lui prêta si longtemps, n'est pas de lui, mais du comédien Marcel (2), et nous allons voir que c'est la veuve même, et non Lagrange, qui traita pour les manuscrits avec le libraire.
Ce dernier faitest fort curieux, en lui-même d'abord, et aussi parce qu'il se complique d'un autre d'où il ressort, comme on va le voir, que la traduction du poëme de Lucrèce, par Molière, loin d'avoir été détruite, comme nous l'avons tous raconté d'après Grimarest(3), se trou- Ci) L'opinion fut pourtant que Molière s'y reconnaissait à plusieurs fragments. Dangeau, Journal, z5 octobre 1698.
(2) V. La Vie de Molière, La Haye, 1 ~ib, in- 12," t. I, p. 8.
(3) Suivant lui, Molière aurait jeté au feu sa traduction , par dépit de ce qu'un valet en avait pris des feuillets pour lui mettre sa perruque en papillotes. Vie de Molière, lyob, in-12, p. 5n.
INTRODUCTION xvn
vait au nombre des manuscrits vendus alors par la veuve .
Deux petites notes encore inédites des manuscrits de M. de Trallage , qui , comme neveu de M. de la Reynie, lieutenant de police, devait être fort au fait de tout ce qu'il raconte, vont, en ceci, nous servir de preuves irréfutables.
Voici ce que dit la première (i) :
a Le sieur Molière a traduit quelques endroits du poète Lucrèce en beaux vers françois. On les vouloit joindre à la nouvelle édition de ses œuvres faite à Paris, Pan 1682, en huit volumes in-12, chez Thierry, mais le libraire les ayant trouvés trop forts contre l'immortalité de l'âme, ne les a pas voulu imprimer.
« La comédie du Festin de Pierre est retranchée en plusieurs endroits. On y a fait des cartons. »
La seconde note, qui confirme les mêmes détails, en donne d'autres sur la vente même des manuscrits (2).
« Le sieur Thierry a payé cinq cents escus, ou quinze cents livres à la veuve de Molière pour les pièces qui n'avoient pas été imprimées du vivant de l'auteur, comme sont le Festin de Pierre, le Malade imaginaire, les Amants magnifiques, la Comtesse d'Escarbagnas, etc.
« Le sieur Thierry n'a pas voulu imprimer ce que Molière avoit traduit de Lucrèce. Cela estoit trop fort contre l'immortalité de l'âme, à ce qu'il dit.
(1) Manuscrits de V Arsenal, B. L, F. 366, paq. III, f. 226, va.
— Nous devons la connaissance et la communication de cette picce à l'obligeance infatigable de notre ami P. Lacroix.
(2) Ibid., p. 241.
xvin INTRODUCTION.
« C'est, ajoute encore M. de Trailage, par le même scrupule qu'il a fait consentir Barbin à supprimer les contes du sieur La Fontaine. Ils les avoient imprimés conjointement. On n'en trouve plus de l'édition originale de Paris. »
Il est donc à présent bien établi qu'en 1682, une partie des manuscrits de Molière fut vendue par sa veuve à Thierry le libraire, et que dans le nombre se trouvaient les fragments de la traduction de Lucrèce. Que devinrent-ils après le refus que Thierry avait fait de les imprimer? Armande les reprit-elle? C'est peu probable. Elle n'était pas assez soucieuse des œuvres de son mari pour attacherdu prix à ce qui, ne pouvant être publié, devenait sans profit pour elle.
Je pense donc que ies/ragments restèrent aux mains du libraire, et que c'est chez lui qu'ils furent détruits, soit qu'ils aient disparu dans l'incendie de son magasin du collège Montaigu, qui anéantit presque entièrement l'édition de 1682 (1) ; soit que Thierry, par un surcroit des mêmes scrupules qui lui avaient fait refuser de les imprimer, ait 'fini lui-même par les jeter au feu.
Barbin, son associé (2), si docile tout à l'heure, et qui eut aussi en mains des papiers provenant de Molière, puisqu'il publia dans un de ses Recueils deux des lettres delà correspondance de Chapelle avec lui (3), n'eut pas été homme à l'arrêter dans cet auto-da-fé.
Assez scrupuleux de lui-même, il fut obligé de le
(1) CataJ. Je la Biblioth. Soleinne, 1. 1, p. j>o3, 004, note.
(2) L'édit. de 1082 fut faite en tiers par Thierry, Barbin et juillet
uvres de Chapelle, édit. St-Marc, in-12, p. 3i2.
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devenir encore plus, quand, peu d'années après, sa maison, qui avait beaucoup baissé, dut, pour se tirer d'affaire, passer aux mains des Jésuites « surintendants de notre librairie, » comme les appelait encore Groslev, en 1774(1).
« Le P. de Vitry. jésuite au collège de Paris, dit M. de Trallage, sous la date de 1690 (2), est le maître du fonds du sieur Barbin. Il a les clés du magasin, et c'est avec lui que les libraires négocient. »
Qui sait si , dans une de ces négociations avec Thierry, le bon père n'imposa pas, comme condition du marché, l'anéantissement de la traduction du poê'mc impie, et du même coup la destruction d'autres papiers qui pouvaient lui rester de la vente faite par la veuve de Molière (3)?
Quelle belle revanche du Tartuffe '.
Quoi qu'il en soit, les fragments du Lucrèce, en vers libres(4), ont disparu; il n'en subsiste que la charmante
(1) Londres, 1774, in- 12, t. III, p. 127. 2 Mss de Trallage, III, p. 245, vo.
(3) J'ajouterai sur Thierry, que c'était un des mieux vus de la police, et qu'il s'en trouva bien en plus d'une circonstance P. Clément, La Police sous Louis XIV, p. 40S, aux Pièces justificatives). Il y avait peu de libraires aussi riches que lui (Boursault, Lettres, t. I, p. 04'. Les auteurs allaient causer volontiers dans sa boutique comme dans celle de Barbin (V. Œuvres de B ileau, édit. ^aint Marc, t. I, p. 49).
(4) C'est par l'abbé de Marolles, dans la préface de sa traduction Je Lucrèce, de ledit, de 1677, qu'on a su que les fragments de celle de Molière étaient en vers libres : «. il les avoit, dit-il, composés non pas de suite, mais selon les divers sujets tirés du livre de ce poète, lesquels luy avoient plu davantage et il les avoit faits de diverses mesures. Dans l'édition de i65q, l'abbé de Marolles. » avait déjà parlé du travail de Molière. « On m'a dit qu'un bel esprit en fait (de Lucrèce) une traduction en vers, dont j'ai vu tieux ou trois stances du commencement, qui m'ont paru fort justes
xx INTRODUCTION.
imitation qui est la perle du rôle d'Eliante au deuxième acte du Misanthrope (i).
Les autres œuvres inédites ont eu le même sort, et, pour donner du Molière inconnu, Ton en est réduit, comme nous, aux pauvres petites bribes qu'on trouvera plus loin, et dont nous allons d'avance expliquer et justifier, s'il se peut, la moisson (2).
et fort agréables. » On doit à M. J. Taschereau, dans sa dernière édition oe la Vie de Molière (Furne , i863, in-8, p. 108-109), de connaître ces deux passages.
(1) C'est Longepierre, le premier, qui signala cette imitation du De natuvà rerum dans le Misanthrope, voir sa traduct. des Idylles de Théocrite, 16S8, in-8, p. 327.
(2) Pour en finir avec les autographes de Molière, nous dirons qu'il existait encore, il y a cent ans, à la Comédie-Française, deux registres écrits de sa main, qui servirent au chevalier de Mouhy pour son volumineux Journal du théâtre françois, conserve manuscrit à la Bibliothèque Impériale, et dont le second se trouvera cité plus loin dans nos dernières notes. Dans V Inventaire dressé après la mort de Molière et publié par M. Soulié, il est parlé de tablettes sur lesquelles iJ semble qu'd écrivait tout, ses idées et ses dépenses (Recherches sur Molière, p. 292). Que sont-elles devenues: qu'a-t-on fait aussi de ces cartes à jouer qu'il portait toujours en poche, pour écrire au vol avec un crayon ce qu'il entendait dire d'ingénieux ou d'agréable? (V. Le Roman de Molière, p. 1 56.)