NOTICE DES FRAGMENTS
<( Iris, que pre'tendtz-vous faire ? D (Scène I, p. 5.)
Ce madrigal est une des trois pièces de poésie dont j'ai déjà parlé, achetées manuscrites chez le libraire d'Avignon, M. Sauvet, par M. le marquis Henri de La Garde, et publiées par Joseph d'Ortigues dans le Journal des Débats du 4 mai i85<j, où personne ne les a encore reprises.
Elles faisaient partie de différents papiers provenant d'une famille alliée à celle du comte de Modène, qui fut, comme on sait, l'amant de Madeleine Béjard, et p^ut-être le ^ère de la iemme de Molière.
J. d'Ortigues, après s'être expliqué sur cette provenance, prouve, sans réplique possible, que ces vers à Iris et une autre petite pièce du même genre qui viendra plus loin, ne peuvent avoir que Molière pour auteur. Il ne fait que reproduire ainsi l'opinion du contemporain qui les transcrivit : g Notons bien ce point-ci, dit-il, ces deux madrigaux sont formellement attribués à Molière par le copiste. »
Voici le titre de celui que nous donnons le premier, dans l'ordre même de la copie : (( A Iris qui l'avoit (Molière) obligé de faire une déclaration, et qui n'avoit point lait de response à deux de ses lettres. »
Il n'est pas indifférent, je crois, de retrouver ainsi quelques vers
xxir NOTICE DES FRAGMENTS.
amoureux du poète, qui put dire comme Shakespeare : < Mon péché c'est l'amour, » et dont l'expiation fut d'être obligé de n'en jouer que la comédie, lorsqu'il en avait le drame au fond du cœur.
a Sans trop parler aisément je m explique. » (Scène I, p. 6.)
Ces vers sont du temps où Molière courait encore la province. Ils se trouvent dans la huitième et dernière entrée ce du Ballet des Incompatibles » qu'il fit danser à Montpellier, en 1654, devant le prince de Conti. par les gens de sa troupe, mêlés aux plus nobles seigneurs du Languedoc et du Comtat. Il y figurait lui-même, d'abord dans le rôle qui lui appartenait si bien, celui du poète ; puis dans un ou deux autres, et il y disait, avec une sorte d'ironie, pour qu'on n'attribuât bien qu'à lui cette pièce assez faible auprès de ce qu'i. écrivit plus tard :
fi Je fai: d'aussi beaux vers que ceux que je récite... T>
Voici le titre exact de ce Ballet, tout à fait dans le goût du temps, et ni pire ni meilleur, sauf quelques vers, que les pièces du même genre que Molière tua si bien plus tard en faisant autrement et mieux [i] : Ballet des Jncompat bits, à huit entrées, danse a Montpellier devant Monseigneur le prince et Madame la princesse de Conti, Montpellier, Daniel Pech, imprimeur du Roi et de la Ville, i655, in~4°de neuf feuillets non chiffrés.
Le duc de la Vallière en possédait un exemplaire, qui fut catalogué dans son ouvrage : Ballets, opéras, et autres ouvrages lyriques par ordre chronologique (Paris , J.-B. Bauche, 1760, in-8°. p. 70), et qui, à l'époque de la vente de ses livres, en 178?,
(1 a L'usage, lisons-nous dans le Mercure de mars 168S, étoit autrefois à la cour de faire un grand divertissement qui duroit tout le carnaval. C'étoit ordinairement un grand ballet en machines mêlé de récits, dont le tout ensemble formoit un sujet, comme par exemple le Ballet des Arts et
le Ballet de la Nuit Ensuite le fameux Molière introduisit les comédies
mêlées d'entrées et de récits. Ces divertissements plurent encore davantage que n'avoient fait les ballets. »
NOTICE DES FRAGMENTS xxin
passa comme tous les autres, dont l'ensemble ne tonnait pas moins de 78 portefeuilles, à la bibliothèque du Roi, où notre ami P. Lacroix en prit copie.
C'est dans le Siècle qu'il le réimprima pour la première fois, le 16 février i85i,à la fin du dernier des trois articles qu'il avait publiée sous ce titre : Découverte d'une pièce inconnue de Moliè e, et dont il rit plus tard un fort curieux petit volume de la collection Schnée à Bruxelles : L.i Jeunesse de Molière, suivie du Ballet des Inco>ncatibles, i858, in-18. Les vers donnés ici se trouvent à la p. 208.
Les nouveaux éditeurs de Molière n'ont pas encore — )e ne sais pourquoi — réuni le Ballet des Incompatibles aux Œuvres de Molière.
M. L. Moland s'est contenté d'en donner des fragments dans le t. I, p. lxjx de son édition, si excellente d'ailleurs, et la meilleure même que nous ayons jusqu'à présent. Il 3' revient, au t VII, p. 53o, dans la Bibliographie, ci il regrette de n'avoir pas eu «. le livret original entre les mains. »
Nous avons été plus heureux, et nous pouvons, par conséquent, le tranquilliser sur l'authenticité dont il semblerait douter.
<• jfe ne sais si le mariage , etc.
'Scène I, p. 7.)
Ce fragment, le plus court de tous ceux que nous donnons, est aussi le moins authentique. Nous prenons sur nous seul de l'attribuer à Molière , mais avec d'assez bonnes preuves, comme on en va juger.
Il fait, comme le précédent, partie d'un ballet. Il se trouve dans la quatrième entrée du Ballet de l'Oracle de la Sybille de Pansoust, dansé au Palais- Royal et à VHostel de Luxembourg. Paris, Jean Beslin , 1646 , in-40 , sous ce titre : a Panurge, avec deux de ses compagnons consultant les docteurs s'il se doit marier ou non . »
M. Victor Fournel, dans son excellente publication : Les Contemporains de Molière (1), a réimprimé 'et Ballet, assez rare,
(i, T. II, p. 263-276.
xxiv NOTICE DES FRAGMENTS.
mais déjà connu toutefois (i) : «Voici, dit-il, un des ballets de la Cour de Gaston, puisque nous sommes avertis par le titre môme qu'il fut dansé à l'Hôtel du Luxembourg. y> Or, en 1645, ou plutôt en 1644 — car les livrets de Ballets, comme on l'a vu par le précédent, ne s'imprimaient souvent qu'un an après la représentation — quels étaient les comédiens patronés par Gaston, frère du feu Roi, et portant, à cause de ce patronage, le titre de Comédiens (( entretenus par son Altesse Royale (2)?» C'étaient les comédiens de l'Illustre Théâtre, dont Molière était le directeur et l'auteur.
N'e>t-il pas très-naturel de supposer que Molière eut part, comme acteur et comme auteur, aux ballets dansés chez Gaston, puisqu'il était le chef des comédiens de Gaston (3) ?
Celui de la Sy bille de Pansoust me semble être de lui plus que tout autre ; d'abord, parce que le sujet en est pris du livre de Rabelais (4), un de ceux qu'il imita toujours le plus volontiers ; ensuite, parce que la scène même de Panurge ce consultant les Docteurs,» que nous reproduisons ici, se retrouve, suivant l'habitude qu'avait Molière de refondre ses premières œuvres dans celles qu'il fit plus tard, à l'acte II du Mariage forcé, après que Sganarelle s'est dit, regardant les logis des Docteurs Pancrace et Marphurius : (( Il faut que je consulte un peu ces gens-là sur l'incertitude où je suis. »
Dans Y Oracle delà Sy bille de Pansoust, h la seizième entrée, surviennent trois égrillardes ((cherchant la bonne fortune, )> et disant:
Nous avons les yeux assez doux Et ne manquons point de mérite j Mais la plus sévère de nous N'est pas autrement hypocrite.
(1) M. de Soleinne en avait un exemplaire, V. le Catal. de sa bibliothèque, t. III, p. 94, et il se trouvait aussi chez Techener, quand il donna la Dcscripî. bibliogr. des livres choisis de sa librairie, 1855, in-8, t. II, p. 394-
(2) Soulié, Recherches sur Molière, p. 39.
(3) Plus tard, quand Gaston n'eut plus de comédiens à lui, Montbrun Sous-Carrière, se chargea de ses ballets: (( Ce soir (samedy 12 mars 1650, lit-on dans le journal inédit de Dubuisson-Aubenay, le ballet de Montbrun Sous-Carrière, où en 1 2 entrées plus ou moins sont dansées toutes les vieilles danses, bourrées, pavanes, voltes, etc., et conduit par une vielle et un violon masqués et habillés en ballet, fut dansé au palais d'Orléans (le Luxembourg) où déjà il avoit été dansé une fois. •»
(4) Pantagruel, liv. III, ch. xvi et xxm.
NOTICE DES FRAGMENTS nv
Noua n'affectons point de sçavoir Les lois d'honneur ni de devoir, Mais malheureuses que nous sommes, On se plaint de nous à loisir Et cependant il est peu d'hommes A qui nous n'ayons fait plaisir.
gaillardes s'appellent là des « Dorîmènes, » nom qui se re trouve aussi dans le Mariage force: c'est celui de Paventurière pour qui Sganarelle a si fort martel entête.
S Fuyez- bien loin, gens à double visage ! T> (Scène I, p. 8.;
Ces trois strophes font aussi partie du Ballet des Incompatibles; la première est au commencement de la deuxième entrée : « La Dissimulation et deux Ivrognes (i). » La deuxième :
Plutôt s'accorderaient la lumière et la nuit...
sert de prélude à la sixième entrée : « La Sobriété et quatre Suisses (a). r> La troisième :
Philosophes fameux, etc.
composée elle seule toute la sixième entrée : a L'Argent, un Peintre, un Poète (représenté par Molière lui-même) et un Alchimiste (3). T) On remarquera dans la première strophe ces vers contre les
hypocrites :
Fuyez bien loin, gens à double visage Dont le penser est contraire au langage Et qui trompez, comme les faux écus.
Molière, qui ne manqua't jamais de reprendre son bien où il
(l) Page 202 de l'édition donnée par M. P. Lacroix. (■>) Jbid., page 205.
{?>) Ibid., page 199.
xxvi NOTICE DES FRAGMENTS.
Pavait placé, a remis cette idée des fauté dévots comparés à de faux écus, dans la scène VI de l'acte Ier de Tartuffe :
He quoi ! vous ne ferez nulle distinction
Entre l'hypocrisie et la dévotion :
Vous les voulez traiter d'un semblable langage,
Et rendre même honneur au masque qu'au visage ;
Egaler l'artifice à la sincérité,
Confondre l'apparence avec la vérité,
Estimer le fantôme autant que la personne
Et la fausse mormon à F égal de la bonne !
n Voil^î justement notre homme qui rum (Scène IV, p. : 7.
Ce fragment n'est autre chose que le commencement de la huitième scène de l'acte II des Fourberies de Scapin. telle que Molière l'avait écrite d'abord, lorsque, étant en Languedoc, il fit jouer une première version de cette comédie. Elle ne fut pas impiimée alors. Comme l'Étourdi et le Dépit amoureux, essayés aussi en province, avant que Molière les apportât à Paris, elle resta manuscrite. Mais il en courut des copies, soit qu'il l'eût communiquée, soit par suite d^une indiscrétion de quelqu'un de sa troupe, soit encore, ce qui n'était pas rare, qu'un spectateur assidu à toutes les représentations eût fait un assez grand effort de mémoire pour retenir la pièce tout entière et pouvoir la recopier (1).
On sait qu'un certain Neuvilaine fit un pareil tour de force pour la comédie de Sganarelle, qu'il put ainsi publier le premier, sans la permission de Molière.
Que ce soit de cette façon ou d'une autre, il est incontestable qu'une copie, au moins, fut faite alors et courut le Languedoc. On l'a retrouvée à Toulouse, au mois de septembre 18Ô4, à la vente des livres du marquis de Bournazel.
La pièce ne porte pas sur ce manuscrit le titre qui fa fait connaître. Elle s'appelle Joguenet ou les Vieillards dupés. GsJogue-
(1 V. sur ce singulier procédé une note du Catai. \ tom. 1,
NOTICE DES FRAGMENTS. ixvh
est Scapin, et tous les noms sont changés de même Est-ce du fait de Molière lui-même, ou n'est-ce que l'expédient d'un plagiaire qui, pour s'attribuer la pièce, a cru la rendre méconnaissable en débaptisant les personnages : C'est ce que je ne pui - , pour le moment, décider. Mon ami Paul Lacroix sera, j'espère , plus heureux, lorsqu'il publiera prochainement ces trois actes, comme il le promet, et comme il en a seul le droit, puisque la découverte iui est due.
Le prem er, trois mois après la vente du marquis de Bournazel,il eut connaissance du curieux manuscrit, et il s'empressa de donner à la Revue des Provinces, que je dirigeais alors, la primeur de cette trouvaille, en y publiant tout le troisième acte, le seul qui, dans la version inédite, s it complètement différent du texte imprimé. La scène du sac, entre autres, n'est pas la même, Boileau, si Molière l'eût gardée telle qu'il l'avait d'abord écrite là, n'aurait yu. faire ces fameux vers :
Dans le sac ridicule où Scapin F enveloppe i , Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
Le sac n'y paraît pas.
La publication de ce Joguenet, prototype de Scapin, sera fort intéressante, en ce qu'on y verra comment Molière s'amendait, se corrigeait, et cela, presque toujours en coupant et accourcissant. Le système de Scribe : « Tout ce qu'on coupe n'est pas sifflé, » était déjà le sien. Il n'y a pas descène de ce premier Scapin, où il n'ait coupé au moins vingt ou trente lignes. Il ne suivait sur ce
(i) On sait que dans les anciennes éditions de Boileau, on lit s'enveloppe. Daunou passe pour avoir donné le premier la variante préférée aujourd'hui : c'est une erreur. Jolly, dans ses Remarques sur Bayle, t. II, p. 634, rappelle que Leclerc l'avait déjà adoptée, et qu'il fît la correction sur son exemplaire. Brossétte l'apprit, et voyant là une atteinte au texte sacré dont il s'était fait le gardien, il écrivit a Leclerc pour maintenir s 'enveloppe . Leclerc tint bon pour l'enveloppe, alléguant ce que -lui avait dit, dans sa première jeunesse, un homme (( qui avoit du bon sens. )) Le mot était dur pour Brossétte et pour tous ceux qui étaient de l'opinion contraire. C'est pourtant celle-ci que Jolly, juge de la question, adopta. Il tint pour « Scapin s'enveloppe, » parce que, dit-il, Scapin est le personnage principal. J'ajouterai que, quoi qu'il en dise, la variante qu'il repoussait était préférée du temps même de Boileau. Sur un Manuscrit, qui date de i"io, a la Bibliothèque de T Arsenal, B. L., il" 77^, in-8, dans une pièce intitulée : Biâme er Louange de Molière, on lit :
Dans le sac ridicule ou Scapin Venveloppe.
xxviii NOTICE DES FRAGMENTS.
point, comme sur bien d autres, l'avis de personne (i) : l'impression du public, qu'il regardait écouter, e'tait son seul guide.
« M. Despréaux, écrit Orossette, dans une lettre encore inédite, au pre'sident Bouhier (2), m'a dit plus d'une fois que quand Molière avoit fait une pièce, il en corrigeoit les défauts sur l'effet qu'il voyoit qu'elle produisoit sur le théâtre, et qu'ensuite il la faisoit imprimer (3). )>
Ce qu'il coupait ainsi n'était pas toujours perdu. Il était soigneux de tout, même de ses rognures. Ainsi ce qu'il ôta, lorsqu'il rit Scapin, de la scène de Jognenct, telle que nous la donnons ici : c Tout est renversé aujourd'hui,» se retrouve dans le Mariage forcé, rôle de Pancrace, acte II, scène 2.
(K Monsieur Guzmar., je suis le votre. . . y> (Scène IV, p. 18.)
Cette petite scène est le dernier des trois fragments de Molière, qui n'ont pas été repris par les éditeurs, dans la comédie de Champmeslé, comme nous l'avons dit p. vin de Y Introduction. Après l'avoir retrouvée où elle n'aurait pas dû rester enfouie si longtemps, nous la publiâmes dans la Revue des Frovinces du i5 octobre i865, p. iq3, et peu de jours après, notre m .ître, Jules Janin voulut bien en consacrer l'authenticité dans son feuilleton des Débats, où il la reproduisit (4).
(1) Boileau n'était pas toujours satisfait de cette indépendance de Molière, qui, pour ses pièces, croyait moins la critique que le public : « Je rne souviens, écrit J.-B. Rousseau, dans sa lettre du 11 mai 1738, d'avoir ouï dire à M. Despréaux que Molière écoutoit tout le monde sur ses ouvrages, et qu'ensuite il n'en faisoit qu'à sa tête. »
(2) V. dans la Correspondance Bouhier (Biblioth. impér.) au nom de Brossette, et à la date du 15 avril 1733.
(3) On peut juger des changements que Molière faisait dans ses pièces, entre la représentation et l'impression, par la différence de sa comédie des Précieuses, telle qu'elle fut imprimée, avec le Récit (compte-rendu) que madame de Villedieu en donna le lendemain de la représentation. V. nos Variétés hist. et litt., t. IV, p. .190, 293, 295.
(4) Dans la pièce de Champmeslé, c'est la scène II du 2" acte. V. Les Fragments de Molière, comédie, à Paris, chez Jean Ribou, sur le quay des Augustins, au-dessus de la grand'porte de l'église, à la descente du Pont- Neuf, à l'Image Saint-Louis, mdc.lxxxii, in- 12, p. 38-40.
NOTICE DES FRAGMENTS. xxix
ï Au penchant qui vous engage. )> (Scène V, p. 25.)
Cette chanson, assez gaillarde, n'a pas moins de douze couplets. Elle fut trouvée dans un manuscrit acheté en i852, à la vente des livres du roi Louis-Philippe, par M. le baron de Stassart. Elle s'y trouvait au milieu de poé>ies autographes de la fameuse mademoiselle de La Force, qui l'y avait transcrite elle même, et qui» en l'attribuant à Molière, savait fort bien qu'elle la restituait à qui de droit.
Personne mieux que cette ancienne amie de La Fontaine n'était au fait des choses littéraires de son temps, surtout pour ce qui touchait Molière et sa société. On lit sur le titre : oc Chanson écrite par feu Molière, sur l'air : Je suis épris d'une brune qui tient mon âme en langueur. ~» M. Arthur Dinaux la publia le premier dans le Bulletin du Bibliophile, r853-i854, p. 305-368, et nous l'avons citée ensuite dans notre notice sur Molière du Recueil des Poë'.es français de M. Crépet.
M. L. Moland s'est contenté de l'indiquer, t. VII, p. 379-380 de son édition. Il craignait d'attribuer à Molière, le po.te comique, ce qui pouvait appartenir au musicien-poete, qui dans le même temps avait le même nom. Il aurait peut-être dû réfléchir qu'ici la confusion n'est guère possible : Molière, le poëte-musicien, ne faisait des chansons que pour les mettre en musique lui-même, et se gardait bien par conséquent des airs populaires. Or, celle-ci est faite sur l'un des plus connus. Elle ne peut donc être du musicien Molière, mais bien de Molière le poète , amoureux des vieilles chansons, comme son Alceste, et toujours prêt à reprendre leurs refrains (i), à moins qu'un musicien ne le priât de lui faire des cou-
(i) Il en glissait partout, pour en faire l'éloge, comme dans le Misanthrope; ou pour s'en amuser, comme dans le Bourgeois gentilhomme, où M. Jourdain est si plaisant avec son couplet: Je croyais Jeanneton, etc. M. Jourdain ne fredonne que le premier vers j voici le couplet tout entier, d'après un recueil du temps :
Je croyais Jeanneton
Aussi douce que belle,
Je croyois Jeanneton
Plus douce qu'un mouton,
xxx NOTICE DES FRAGMENTS.
plets s à mettre en chant, » comme D'Assoucy par exemple, pour lequel il griffonna, étant a Béziers, ce couplet assez pauvre, digne ainsi par avance Le la musique qui l'attendait :
Loin de moi, loin de moi tristesse, Sanglots, larmes, soupirs !
Je revois la princesse <^>ui tait tous mes désirs .
O célestes plaisirs, Doux transports d'allégresse !
Viens, mort, quand tu voudras Me donner le trépas, J'ai revu ma princesse i ;
. mener de Man...
Ah ! si comme Je vous, il dépendait de moi. 9 (Scène V, p. 27, 28.)
Ces deux fragments font partie de la même pièce, en huit stances, dont voici le titre : « Sur les Conque: tes du Roy en 1667, Stances irnégulières. » Je l'ai publiée le premier, d'après '.ne indication de mon ami P. Lacroix, dans la Revue des Provinces du 1 5 mai 1864, p. 344-345, sans taire alors mention de la source, par crainte que quelque emprunteur ne se vantât de l'y avoir aussi découverte. Je serai aujourd'hui moins discret. Ces stances, qui semblent avoir eu beaucoup de succès dans leur temps, se trouvent d'abord dans le recueil manusci it de la bibliothèque Sainu- Gene\iève Vf. ; et dans un autre de la bibliothèque Impériale, Supplém. franc., no 686, p. 38.
Le nom de Molière, a la fin de cette seconde copie, se trouve
Hélas ! elle est cent fois Mille fois plus cruelle J£ue n'est le tigre au bois.
ne consultez pas ge infidèle, Ah ! ne consultez pas
beaux yeux pleins d'appas, Helas : elle est cent fuis, etc.
lit. Ad. Dekhaye, p. xxiv, et 241