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étendus sur la grève du Nil. L'acier ne m'a pas menti : voyez sa rouille î »
Un murmure circula dans rassemblée.
— « Et comment se fait-il que vous reveniez ici sous la protection de ceux dont vous avez tué les frères? Ne mentez pas, jeune fille, il y a des yeux qui sondent les âmes, des juges pour frapper l'enfant qui trompe.
— » Mon àme n'a point de voiles, et je ne crains ni ne trompe. Si le fils de l'Egyptien, aux pieds duquel la force m'a traînée, eût posé sur moi sa main sacrilège, je ne serais pas venue chercher des juges, je me serais jugée moi-même.
— »Zakiéh, le crime appartient a la violence. Là où il n'y a pas complicité , l'honneur se réfugie dans l'indignation. C'est quelque chose d'être pure auprès du ciel et vierge devant Diru.
— » Je le suis devant Dieu et devant les ? ommes.
— » (Test donc un miracle, ma fille, dont il faut remercier le ciel, puisqu'il a fait tout a coup descendre le respect pour une faible enfant dans rame de notre plus cruel ennemi.
— » C'est qu'il n'est pas notre ennemi, reprit la jeune fille avec chaleur ; c^est que s'il tient Tépée avec force, il la promène à regret sur des frères; c^est que pour son esprit, jaloux dnune. gloire mille fois plus grande que celle des combats, le triomphe n^est qu'un moyen de féconder généreusement dans ces déserts les germes de la paix et dés arts si chéris du reste de la terre.
— » Que nous parles-tu des arts et de la paix, jeune fille? reprit impétueusement un Malek presque sexagénaire. Qu'as-tu, depuis le berceau, jamais vu du reste de la terre, sinon
des trafiquans ou des soldats? Les premiers sont de vils juifs d'Europe, accourant ici pour se conduire comme de misérables larrons sans courage, en troquant les bénéfices de l'usure, si familière a leur secte, contre nos trésors acquis par la bravoure ; les autres sont des scélérats gorgés d'or chez eux , et qui, lorsque nous sommes à la poursuite des esclaves dans les gorges des montagnes, viennent en nombre et d'un pas furtif voler insolemment nos fils pour les asservir. Ils s'appellent des marchands, et ils trompent ; ils se disent des braves, et ils se servent d'une arme à feu ; arme de lâche, qui protège la peur et tue d'un coup invisible l'ennemi qui les défie. Ce sont des voleurs et des assassins. Il faut les exterminer. Dieu est pour nous. La paix qu'ils apportent est un guet-à-pens, les arts qu'ils nous vantent sont une supercherie. Ils peuvent séduire des femmes des homme< 1rs méprisent.»
In cri général cTapprobation salua ce discours du vieillard.
« Il nsy a ici ni séduction ni supercherie, reprit Zakiéh. Qui ose douter lorsque je parle et que Malek-Zibarra me croit? Quand les cheveux blancs recouvrent une tête folle, la raison s^exprime dans les jeunes voix. Je ne suis ici sur les genoux que devant mon père. Si des juifs vous ont volé par ruse , vous avez volé par violence; si Ton emmène vos enfans en esclavage, c'est que vous allez aussi à la chasse des hommes. Comme vous ferez on vous fera Ismayl me Fa dit. Ma mère était d^un climat dont vous ne savez rien, quoique vous ayez vécu. Souvent aux fraîches nuits du désert, lorsque je grandissais aimante et curieuse, elle rn'a dit en pleurant d^être captive, des chants magiques , des choses d^un autre monde, la liberté des moeurs paisibles , le travail qui a ses prodiges, les mers soumises a
l'homme et resserrant les liens fraternels entre des pavs séparés de toute la distance du soleil (iui parait au soleil qui disparait. Vous n^étes pas ce que vous croyez être. L^ange qui éclaire les esprits n^a pas eu le loisir de détacher pour vous un des rayons de sa couronne de lumière. Votre industrie est barbare , le nécessaire lui manque; et la preuve, on vient de me la donner à Tinstant même ; car vos armes sont moins puissantes que les armes des peuples voisins. Ce Malek n'était-il pas sur le point de réassurer qu'on doit choisir nos armes pour se mesurer avec nous! (Test aussi sans doute ce que doit dire la gazelle des alentours quand on la chasse avec la lance. Encore n'estellepas,je crois, la créature privilégiée du ciel . l'intelligence lui est refusée; et, a voir vos visages , on vous prendrait pour des hommes. »
l n des ehefs étendit la main.
ci Est-ce pour écouter complaisamment une femme insulter a nos coutumes sacrées que Malek-Zibarra nous a convoqués près de lui? N^est-il pas temps de venger le sang qui fume encore, et de mettre fin à cette lutte insensée de Finexpérience contre la sagesse, de Fenfant qui ne sait rien avec le vieillard qui sait tout? »
Malek-Zibarra tourna sur celui qui venait de parler un regard sauvage.
« Je n'ai pas plus attendu votre secours pour commencer la guerre que vos conseils pour sortir de la crise où votre abandon nVa laissé. Cet échec n'est pas à ma honte, mais à la vôtre. Seul j^ai retenu dix jours entiers Farinée d'Ismayl; et lorsque je devais attendre au moins, pour prix de mes efforts dans cette lutte inégale, que vous arriveriez à mon secours de toutes parts à la tête de vos troupes , vous semblez n^étre venus que pour délibérer et dis-
puter le commandement. En te moment, il ne fauta mon armée que moi pour général. On Fera le choix du plus liabile lorsque vous présenterez comme titre à la préférence autant de braves qu'il en est venu se joindre a moi dès que je Tai désiré. Tous les miens sont présens. Mais grâce a votre manque d énergie, je ne vois qu une seule chose à discuter dans votre intérêt ; c'est la vraisemblance des paroles de ma fille et les conditions que vous peut offrir Ismayl.
— » Zibarra , reprit avec vivacité celui que cette repartie amère semblait concerner plus directement , tu défends ta conduite qu'on ne blâme pas pour trouver un prétexte de sépa rer tes intérêts des nôtres , et ton premier pas vers l'Egyptien est dans celui que tu fais contre nous : la ruse se fait jour. Ta fille suit sans doute; <1< m inspirations secrètes . dès lors la franchise* est de nous avouer sans détour qu'elle arrive
à l'instant dune mission auprès du pacha.
— » Je ne crains personne , dit Malek- Zibarra en portant la main à son poignard.
— » Nous sommes dans Tenceinte où Ton délibère, s^écria le chef des vieillards ; Thospitalité est notre droit. Ici celui qui verserait une goutte de sang attirerait sur son front la colère des peuples et la proscription du ciel.»
Malek-Zibarra baissa ses regards étincelans, mais un sourire sinistre passa comme un éclair sur sa bouche.
— « Eh bien 1 reprit avec plus de force le Malek menacé, puisqu'il n'est question que du commandement, et non de savoir quels postes nous devons assigner a nos braves ; puisque , au lieu d^un vaste plan de défense dont nous espérions convenir , il ne s^agit tout au plus que de créer un maître dans cette assemblée d^égaux , Zibarra peut être satisfait : nos tribus attendent des ordres , les troupes sont
prêtes. Chacun de nous peut les amener sur ce lieu où se pèseront les droits , où se compteront les suffrages. 11 s^agit seulement de quel ques heures pour que nos titres soient en présence. Dès lors on ne pourra contester a notre indépendance la faculté d^élire entre tous le plus digne , c^est-a-dire le moins suspect.
— » Et que ferez-vous, déjà divisés comme vous Pètes , reprit la fille de Malek-Zibarra, contre Tartillerie d^Europe qulsmayl traîne à sa suite ? Oh ! la noble bravoure que celle qui s\)bstine dans son impuissance et livre stupidement des peuples entiers à Textermination, pour sauver Thonneur du brigandage î Je sais quelles haines , que le temps n ''éteint pas , s^éveillent rapidement dans les tribus à la voix des Maleks. Le signal en est donné. Vos masses unies pourraient résister encore ; désunies . el elles le sont, toutes passeront au vainqueur
qui s^avance, soit par la loi du fer , soit pai n. fi
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l'esprit de vengeance qui prépare en secret ses désertions. Ecrasés en détail ou traîtres l'un a l'autre , voila votre avenir. Bravez-le!» La colère de rassemblée à ce discours faillit éclater avec une violence inouie. Tous se récrièrent a la fois. L'orateur sexagénaire arrêta pour un moment cette explosion en prenant avec solennité la parole.
— «Malek-Zibarra, sommes-nous a la merci d'une enfant dans une assemblée où les plus graves tremblent de proposer leur avis ? Que dans le mystère de sa demeure , pendant les charmes de la paix, le chef qui n'a pas a prendre des résolutions d'homme se délasse a des chants de jeune fille , et lui fasse redire les traditions des vieux âges dont il s'est donné la tâche d'embellir une excellente mémoire, rien de mieux. Ici ces voix frêles sont bannies, ces timidités sont mal venues. On ne médit du combat qu'à Toreille des lâches, et c'est la raison
qui seule peut venir désarmer la bravoure. Dis a cette belle enfant fie se taire, car tes discourt
trouveront sans doute plus d'échos dans nos poitrines que ses discours. Le temps est un don précieux , et celui qui le perd en doit compte.
— » C'est vous, reprit Malek-Zibarra, qui avez désiré ce qui se passe, et je ne m'y suis pas trompé, \otre défiance m'entourait. Il y a, je le sens, au fond de certaines consciences, des ressentimensquine me; pardonneront pas leur hésitation quand je n'hésitais pas. J'ai combattu le premier : on voudrait terni r la gloire d'une hardie résistance a laquelle j'ai seul part. Quelques-uns de vous ont demandi i ( rue le peuple fut présent, qu'on s'expliquât devant lui . il nous écoute. Les chefs de famille sont devant vous. C'était pour invoquer des lumières, di siez-vous; c'était pour que la sainteté de nos efforts fût éclatante comme notre droit. One me
parle-ton de mystère maintenant? On avait besoin de tous les bras , on s'est empressé de parler a tous les cœurs. Eh bien ! ma fille a été franche , sa jeunesse l'excuse. La jeunesse est un crime qui s'expie tous les jours. Qu'avezvous a vous plaindre ? de ne pouvoir lui répondre? Essayez-le. Cela doit vous être facile; vous avez tant vécu ! Vos cheveux blancs prouvent votre sagesse. Une enfant vous fâche ! Calmezvous. Je verrai ce que je pourrai dire lorsqu'on me suspectera moins de dicter ses paroles.
— » Une défaite vous a laissé des scrupules , répondit froidement le plus impétueux desMaleks; votre résolution s'en est troublée. Dans le désastre on est superstitieux. Tout ce qui recule l'instant de revenir a la charge semble une inspiration du ciel. En revoyant les lances des tribus , a l'éclat militaire d'une multitude amoureuse de batailles, votre éner-
gie renaîtra ; nous devons agir. Demain , au lever du soleil . votre camp sera la terreur d'Ismayl. \dieu ; comptez sur nous, et vous compterez mieux sur vous-même, n
Pendant cette allocution dédaigneuse , sur un geste imperceptible de Malek-Zibarra, un nègre s^était penche vers son maître. Après avoir recueilli quelques paroles, il sortit. Tous les Maleks .«Tétaient levés , la conférence allait se rompre
— « Est-ce là ce que les tribus attendent? s^écria le chef des vieillards avec amertume. Quand vous avez mis le pied dans cette en ceinte , elles ont imploré le ciel en se courbant dans la poussière , et leurs prières sont redescendues en bénédiction sur vos tètes , comme la rosée des nuits ; cependant les rides de la colère vont écrire dans les plis de vos fronts les vains débats par lesquels vous avez usé votre courage. Les peuples ne croiront
plus en vous. Cet Ismayl, qu'on dit si dangereux, vaincra mieux avec vos haines qu'avec ses armes. L'insolent mamlouks tiendra sa conquête de nos mains. Ce n'est pas tout : la liberté des tribus périra. Les liens de la confiance une fois brisés entre les Kaghéiens et les Maleks, ils regretteront , croyez-moi , de s'être choisi tant de chefs habiles a disputer , au lieu d^un seul capable de concevoir et d'agir. Ne seront-ils pas conduits en effet, si vous abdiquez vos devoirs , a suivre les bannières d'un aventurier plus résolu , ou a jeter lâchement les armes , parce que vous n'aurez pas su même stipuler a propos les conditions de la paixP — « Tu as dit vrai , reprit Zibarra dont le maintien était devenu plus grave : il y aurait pour les tribus indignées une excuse dans la révolte, si le pouvoir qui nous est remis par le vœu des familles ne tournait qu'au détriment des peuples. J'entrevois cette extrémité naître
du sein de nos violenees. 11 faut opter sans retard entre la paix et la guerre . c'est la loi du moment. Hésiter c'est trahir. Ces querelles me lassent, L'intérêt des tribus a parlé. Le brave qui punirait sur nos tètes l'abandon de ce puissant intérêt, et qui donnerait a tous les courages la force de l'ensemble en usurpant l'autorité, serait alors grand a leurs yeux. Il le serait a juste titre ; on l'absoudrait de tout notre sang versé ; car ce serait pour le salut du territoire. Nos petits-fils vanteraient son nom. Sa mission toute-puissante de vengeur tourne rait bientôt sans doute contre les libertés de 1' Vbvssinie, et l'idolâtrie de la reconnaissance achèverait l'œuvre de sa hardiesse mais les grandes pensées justifient l'usurpation , l'instinct des masses y consent. Le sauveur des peuples en est l'orgueil et le maître; son droit est dans l'énergie. NYst-il pas vrai , Malekft, que \c choix esi désormais entre |a vie pi la
liberté ? qu'il faut ou nous unir, ou nous attendre à voir sortir de nos rangs l'homme de cœur et de fer que les circonstances appellent? Eh bien ! fort devoir mis sous ses pieds votre autorité qui s'affaiblit et se meurt dans la discorde , il pourrait alors traiter ou combattre , tandis que l'anarchie de nos volontés paralyse toute action rapide. Ta parole , vieillard , a porté sa lumière : tu as bien et sagement dit. C'est donc a nous de faire a l'instant même ce que feraient peut-être, au péril de nos têtes et de leur avenir , les tribus justement exaspérées. »
Un retentissement presque universel de bravos salua la conclusion de ce discours. Une conjecture étrange traversa mon esprit; elle y jeta vivement une clarté douteuse sur la forme équivoque des considérations que Malek-Zibarra venait de faire valoir. C'était comme la justification préalable d'un coup d'état..
Un des Maleks, celui dont Tironie avait plus d^une fois effleuré l'orgueil de Zakiéh , laissa glisser un regard incertain sur le regard intrépide de son adversaire. L*1 assemblée entière, avec une confiance profonde, se remit sur les coussins , et le plus grave silence remplaça bientôt le tumulte.
Le nègre précédemment sorti rentra et vint toucher Tépaule de son maître.
Alors Malek - Zibarra frappa dans ses mains.
Soudain , aux piliers de cette vaste rotonde, les nombreux rideaux tremblèrent; les toiles blanches et bleues furent en un clin-d^œil arrachées. Malek -Zibarra, le front radieux, Pceil étincelant, saisit un sabre des mains de son esclave. Par les intervalles des dattiers qui laissaient voir une forêt de lances, des nègres, munis de larges coutelas, m ni» n'iit comme un seul flot sur rassemblée stu
pëfaite , égorgeant, sans pitié comme sans distinction , les Maleks d ''abord sans défense. Vlors des cris de trahison retentirent; les Maleks firent volte-face; la frénésie trouva des armes; Tamour de la vie eut ses prodiges. Zakiéh, d^abord étonnée, se jeta devant son père contre lequel bon nombre de chefs exaspérés tournèrent avec acharnement leur fureur. La jeune lionne avait flairé le sang, elle se retrouvait toute entière. L/1 africaine se montra. En même temps, une éclatante musique de cymbales et des cris confus, désordonnés, a fendre le ciel, retentirent a la fois au dehors. Le nom de Malek-Zibarra fut proclamé par plusieurs milliers de voix. A Textérieur, les clameurs de Tenthousiasme se mèlèrentaux rugissemensdu massacre qui bouillonnait sous mes yeux. 1 1 'armée formait un rideau de fer entre le crime et la joie. Bientôt ce ne fut dans Fespace, de plus en plus resserre, qu'une effroyable mêlée;
qu'une bruyante orgie de sabres qui se Frappaient avec des éclairs; dVxclamations féroces , interrompues à coups de poignards; de cadavres roulant sous les pieds ; de combat tans qui se heurtaient corps a corps dans l'arène; de sang qui jaillissait aux visages, de hoquets éteints par le fer, de lâches demandant pitié; de cris , d'insultes et de rires sauvages; tandis que les rayons du soleil, conviés tout à coup a la fete , divergeaient librement entre lés arbres; se jouant avec Tor de leur reflet sur les magnificences pittoresques et militaires du dehors; sur les toiles volantes, livrées partout au souffle de l'aii ; sur ces groupes qui m'envi mimaient , hâves , cftravans , convulsifs ; pales d'épouvante, ivres de colère; inondés du sang qui coulait partout ; luttant des pieds , cfes mains, des dents; rampant comme des reptiles pour conserver la vie , ou ne pensant a se défendre contre la Forcé que
pour ne pas expirer sans vengeance. Pavais été , dès les premiers éclats de la bagarre , protégé par dix Africains vigoureux contre les efforts inouïs de ceux qui devaient infailliblement succomber dans une lutte si monstrueuse. Je puis rendre justice a leur courage : ils me firent douter de la puissance du nombre devant Fénergie du désespoir, et j ''aurais eu regret, pour ma propre défense , devoir a faire cause commune avec leurs assassins. Enfin, Malek-Zibarra, défiguré par le sang qui le souillait, riant d'W rire de tigre, posa son pied triomphant sur la tète fracassée du Malek dont les sarcasmes indiscrets avaient provoqué cette boucherie. Pêle-mêle, au milieu des nègres éventrés , les cadavres des malheureux Kaghéiens palpitaient encore. Méconnaissables d^ailleurs, et tailladés en tous les sens de blessures profondes, deux des leurs survivaient seuls. Agenouillés, tremblans, ils
n'avaient pas la force d'implorer la miséricorde des bourreaux. J'obtins leur vie. On apporta des cordes pour les garotter; et, d'après l'ordre du maître , le damas des esclaves sépara des troncs les tètes des morts , que l'on plaça méthodiquement les unes sur les autres , a la manière des boulets dans un de nos parcs d'artillerie. Je n'exagère pas : nous avions du sang jusqu'à la cheville.
Quoique rassasié de meurtres, Malek-Zibarra ne perdit pas de vue les résultats de sa résolution soudaine. Sa garde seule avait vu le crime, et souriait a l'explosion bruyante des joies de la tribu, dont les clameurs voilaient les clameurs des victimes. Plusieurs officiers s'élancèrent à cheval, et furent assurément propager dans les tribus environnantes le récit falsifié de cette iniquité magnifique. Les mensonges ne coûtent pas aux assassins, et la faiblesse a doublement tort quand elle succombe.
J'appris depuis d'un kordoufan que je vis au Kaire, les détails minutieux d'un prétendu complot qui n'avait jamais existé que dans la nécessité politique de consacrer un coup d'état par une imposture : hommage que la force rend à la justice , en s'avilissant jusqu'à se déguiser.
Quoi qu'il en soit, après quelques minutes données aux conséquences probables de cette entreprise aussitôt exécutée que conçue, Malek-Zibarra, se tournant vers moi, après avoir souri à sa fille , me dit avec la dignité d'un roi qui parle à l'envoyé d'un roi :
ce Retournez vers Ismayl; mon peuple et t< moi nous seconderons ses nobles desseins, a Qu'il commande; je veux être son ami, son c( imitateur, son bras dans ces contrées. I/hu- « manité a besoin de repos. Dites-lui ce que « vous avez vu. Je veux ce qu'il veut. Ces « têtes traverseront les déserts à la lance
a de vos cavaliers. Je lui demande son es- « time. Il nVa rendu ma fille vierge; je lui « renvoie ses ennemis morts : nous sommes « quittes. »
le spectre.