‹ La valise de Simon le BorgneChapitre 7 sur 13 · UT · texte numérisé non relu

UT

— Etes nous presse* d'armer a \ c\;i\ nie demanda-t-il.

— iNulleraent.

Il tendit la voile, et la barque prit le large. Après mi silenee pour se recueillir :

— Mon frère et moi nous riions jumeaux: c'était vers la fin de 1792, temps de guerre universelle , et nous avions alors vingt ans. !\ous revenions de la cote de Sicile sur une felouque palermitaine, malgré mille dangers , après avoir échangé du coi ail noir contre du blé de sarrasin. Il fallait passer a tout prix. Les

Vnglais couvraient la Méditerranée pour intercepter les convois; mais la nuit et Taudace nous favorisèrent. Pour Piétro et moi, de pareilles traversées notaient qu'un jeu. D'ailleurs , l< ;s moissons de Pile avaient été ravagééà par kl ^rèlc, el les l'ram ai> offraient une prime pour ces sort* >g d'entreprises; il ne (allait que bien connaître la côte , et se fier a la protection

du Christ. La religion donne du coeur. Nous arrivâmes sains et saufs a Calvi , au nord de la Corse. La garnison marseillaise reçut nos blés, et le commandant de la forteresse nous fit solder un faible à compte. Cela fait, je me dirigeai rapidement vers Poggiola, dans les montagnes. Mon frère avait comme un pressentiment. — Croyez-vous aux pressentimens ?

— C'est selon.

— Moi, j^y crois. Luigi Giafferi, notre père, ne vint pas, suivant son habitude, avec Annina Lazzelotti, ma fiancée, a notre rencontre. Citait étrange. L^inquiétude de Piétro me gagna , quelques efforts que je fisse pour n^en rien laisser paraître. C'est que, voyez- vous, il n'y a plus de créature comme Annina sur la terre ; Dieu ne les prodigue pas. Ma mère Pavait recueillie toute jeune , dernier rejeton d'We famille tuée par une de ces épidémies que les vaisseaux des diverses parties du monde

vont chercher en Egypte , avec de Tivoire et des parfums. Annina grandit près de moi, et fièrcde moi. Pétais si fierdWnnina ! Il fallait lavoir, Monsieur; il fallait la voir courir sur la lisière périlleuse de nos ravins avec la grâce et la légèreté de la perdrix. Son pas mutait connu: Tairm^apportait Podeur de ses cheveux. Elle voulait toujours me surprendre a Timproviste , et je nVy prêtais, sauf a la poursuivre sous Pombre des frênes pour avoir ma revanche sur ses lèvres. Lorsque je Fétreignais contre ma poitrine , ses yeux perdaient leur éclat, ses bras leur force: et cela n'allaitpas plus loin, Monsieur, car mon père nous rejoignait en un clin d^œil , et nous examinait avec une expression de raillerie qui la rendait toute confuse. Ce moment me reposait de mes fatigues. Eh bien , cette fois, les chemins étaient déserts , les ravins sans bruit ! Pas un mot ne fut pro nonce cuire mon frèreel moi. En deux heures

nous fîmes cinq lieues. Je me précipitai le premier clans notre cabane : — Mon père ! où est-il ? — Mort ! dit ma mère en arrachant le tablier dont elle s'était enveloppé la tête 7 et en nous désignant le lit sur lequel il était étendu. — Et son assassin ? — C'est Evaristo Pic cioli ! . . . . Piétro et moi, d'un commun accord, sans demander rien de plus, nous prîmes à l'instant deux carabines. En un clin d' oeil nous étions a Monticello. Piccioli ne s'y trouvait déjà plus, ni lui, ni personne des siens; mais au bout de trois jours de recherches et de patience, nous eûmes la certitude qu'après avoir fait un grand détour , il rôdait dans les cavernes qui longent la petite rivière de Tartagine. Sa famille était avec lui . Mon frère se souvint d'une grotte où le fils aîné de Piccioli faisait paître les troupeaux dans la belle saison , lorsqu'il notait encore qu'un enfant. Avec de la paille mouillée , à laquelle je mis le feu , nous

contraignîmes les fugitifs à sortir de la grotte. Ils étaient armés, ils se défendirent avec rage. Dix fois j^armai ma carabine , dix fois j'abattis ce qui se présenta sur le seuil , hommes, femmes, enfans. La mêlée finie , je me retournai pour voir mon frère ; il était étendu près de moi : il avait la tète fracassée par une balle, ^achevai deux blessés, et Remportai mon frère sur mesépaules. — \ ous n^avez plus qu'un fils, dis -je a ma mère; mais les Piccioli sont morts

— Ce devait être par suite d^inimitiés entre les familles ?

— Non. Hvaristo s «Hait présente la veille au soir, a notre habitation, au retour d^un petit voyage dans l'intérieur , pour ses affaires. On savait Evaristo vieux partisan des Génois, par les antécédens de sa famille , par ses intérêts . par son mariage. C'est un Piccioli , Monsieur , cjui le premier tendit la main l\ Poctogénain

André Doria , lorsque ce restaurateur de la liberté génoise débarqua sur nos grèves, et vint nous mettre le pied sur la gorge. Je ne sais dans quel indigne intérêt de commerce les Piccioli aidèrent a la conquête. Ces souvenirs ne meurent pas dans la colère du peuple. La désunion survit aux circonstances , et des familles entières restent sur le qui- vive. Cependant, Phospitalité lui fut accordée; mais comme ce soir-la même , de vrais Corses , des patriotes déterminés devaient se réunir mystérieusement j chez nous , a Foccasion des tristes circonstances où se trouvait le pays , Fheure venue, après le souper, mon père ayant invité son hôte a dormir , ferma Pissue de la chambre où il le logea , au moyen de deux fortes barres de fer, et quand il se fut bien assuré de son sommeil. Peu de temps après, nos amis vinrent. Il faut vous dire , Monsieur , que la France , pour s^cn débarrasser , j imagine , avait dirigé sur

Ajaccio des détachemens de la fameuse légion marseillaise , les plus effrénés brigands de la terre. Les simples soldats formaient des clubs, et sous prétexte que nous étions attachés au culte de nos ancêtres , ou partisans des premières familles de la Corse , ils nous traitaient effrontément de cagots et d^aristocrates. Les autorités supérieures , françaises et corses , leur obéissaient : système ou couardise , je ne saurais le dire. A la suite de leurs conciliabules soi-disant patriotiques, on incarcérait toujours une foule de suspects. Quelques-uns des nôtres , Monsieur , avaient été passés par les armes. En vérité , depuis que j^ai vu des fanfa rons et des lâches, je n'ai rien vu de lâche et de fanfaron comme cette horde. Ils n'avaient ni âme ni parole; et , en qualité de soldats, on ifen pouvait rien faire. Ils firent avorter toutes les expéditions dont on les mêla ; l'amiral Tru guet leur dut ses désastres sur la plage de

Cagliari , quand les volontaires sardes préservèrent leur cité du pillage et du feu. Nulle discipline et nulle religion , pas même celle du serment ; mais ils savaient a merveille se précipiter quatre sur un seul pour le mutiler , quand ils étaient ivres, et que Ton avait le dos tourné. Etes- vous Marseillais?

— Oui.

— J^ai cru le comprendre , et j^en suis fâché pour vous. De pareils compatriotes sont une honte. Heureusement , il y a des exceptions partout, et j^en puis citer une preuve. Vous serez la seconde. Je reprends ce que je disais. Il fut décidé dans F entre vue qui eut lieu chez mon père , que Ton sonnerait le toccin sur les Marseillais à la première occasion légitime , ce qui ne pouvait tarder : mon père devait se mettre a la léte du mouvement. Ceci convenu, on se sépara. Mon père dit à sa femme qu'il allait retirer les barres de la porte de

leur hôte; il y alla donc et ne revint pas. Ma mère , étonnée , prit un flambeau et descendit. Elle trouva mon père étendu dans le sang , et les portes ouvertes. Evaristo était disparu. Je ne connus ces petits détails qu'après avoir tiré vengeance du meurtre.

— Mais pourquoi ce meurtre ?

— Ah , voila !

— Il y avait, cela est sur , quelque chose de louche dans cet événement.

— De très louche , en effet. Un temps après, pendant mes noces avec Annina Lazzelotti , au milieu de Téglise , un de mes amis me prit a part : « Girolamo Piccioli est arrivé de Palerme , me dit-il, prêt a venger la mort de son frère Evaristo. — C'est bien. — Il fen fait donner l'avis pour que tu te tiennes sur tes gardes. ^ eux-tu le voir ? — Je le connais , et je te «royais avec les autres auprès de la sonne de

I aiiagine. «On me le désigna : il se tenait

contre un pilier , le chapelet autour du cou» 11 avait laissé croître sa barbe. A ce signe , et au regard qu'il dirigea sur moi , je compris qu'il n'y aurait ni paix ni trêve. Du reste, il me fit dire qu'Evaristo Piccioli , avant de quitter les environs de Monticello , et de se réfugier dans les montagnes, avait dépêché un exprès à Palerme pour demander a Girolamo son aide , et pour se justifier de l'assassinat. C'était une méprise. Il avait entendu que Ton barricadait la porte , et , comme il était muni d'argent , résultat de sa tournée dans les pièves de la juridiction du Calvi , par terreur de cette précaution qui semblait lui cacher un guet à-pens , il avait tenté de s'évader , mais il ne Pavait pu. Bientôt ces gens arrivant de toutes parts , cette entrevue de nuit, ce bourdonnement de voix, et particulièrement le mystère d'un rassemblement suspect, tout cela fit qu'il se tint sur la défensive , prêt a vendre chèrement sa vie.

<v)uandmon père vint, Evaristo crut ne faire que le prévenir : il le tua et se sauva. Je compris le malentendu. Dès ce jour je ne sortis qu'avec des pistolets a ma ceinture et ma bonne carabine en bandoulière. Girolamo passait pour un homme de parole.

— Se vengea-t-il?

— Cruellement. Avez - vous voyage en Corse?

— J'ai relâché a Vile Housse au relour de Tunis.

— Alors vous ne connaissez pas nos montagnes. Figurez- vous des vagues , mais d'une lieue de circuit , échelonnées les unes au-dessus des autres, et de telle sorte que la plus bas se, lorsqu'on est au fond de la vallée, cache le^ pointes de celles qui lui succèdent ; ainsi de suite. Celle-là franchie, on est face à face dune autre. On se lasse a l'escalade de ces degrés bizarres : nul ne peut dire oii cela Huit. Lés

vaisseaux du golfe de Provence découvrent le tout comme une pyramide. Eh bien, chacune de ces vagues est une colline , et cette colline ne se rattache à celles du voisinage que par des ruelles où se réunissent de maigres filets d^eau qui font de longs détours avant de se diriger vers leur issue. A la cime on pourrait tarir une source dans le creux de la main : puis, les ruisseaux se rencontrent , un torrent s^échappe , et creuse des ravins en se précipitant. Cela va toujours par soubresauts. Ainsi, tout au bas, il y a des mûriers, des blés, des vignes, des barraques en branches couvertes de paille; viennent ensuite les forêts, nids des aigles, étala hauteur de leur vol; après les forets, se présentent des espaces vagues et nus; enfin vous arrivez, baigné de sueur, sur des élévations désolées où le sabot de la chèvre sauvage hésite et roule dans les sables. Ce n^est pas tout : la haut, dans le ciel, se dressent encore des pics

chargés de neige. A la fonte des neiges, la montagne elle-même semble fondre. Ces écluses bouillonnent, curieuses de se heurter contre tant d'obstacles, les eaux déprisonnées s^épan chent avec raideur; et tandis que les unes, noires et fangeuses, submergent les cabanes et les troupeaux en les entraînant a la grève , les autres se taillent à coups redoublés, à force de siècles, des réservoirs artificiels dans le rocher, dont les flancs doivent céder un jour, et laisser éclater des étangs sur les villages. Quelque fois, a quatre cents pieds au-dessus d^une habitation, quand vous gravissez la roche toute festonnée de racines grimpantes, au moyen tl un escalier fait a la main, vous atteignez le bord d'un bassin démesuré dont Peau rafraî chissanteet morne est encadrée par des mous ses d'un beau vert. Là, tout se mire comme dans une glace . le soir. < est sublime. ( )n cou temple, au fond de ee lac inattendu , le ma^i:

de granit qui porte des sapins aussi noirs que ses flancs; la lune qui brille dans les frênes; le feu du berger qui passera la nuit dans la solitude ; la croix qui se penche pour nous dire qu'un brave s^est vengé. On écoute surtout ce grand et terrible calme des lieux déserts. Les cèdres y répandent leur senteur; le muffoli, qui se détend comme un arc, bondit au- , dessus des précipices; un aigle plane. Voila nos tableaux, a nous, et il n^y a pas d^artistes pour rendre cela.

11 s^arrêta pour essuyer une larme. Pétais ému.

— On porte six mois le deuil d'We femme : on pleure toujours la patrie, me dit le batelier.

Je lui pressai la main.

Au bout d\in temps, il reprit :

— .Pétais las des intrigues de File. Tous les partis s^accusaient réciproquement de trahir

une des trois puissances qui voulaient nous protéger. Tous trahissaient la Corse. Je transportai ma demeure dans les hauteurs de Monle- Patro. Ce que je vous ai dit tout a l'heure suffit pour donner l'idée de l'endroit où je me fixai. Maintenant que, affaibli par les années, il ne me reste plus dVspérance et d'avenir, s'il m ''arrive, au retour des villages qui bordent le Rhône, de laisser aller ma barque dans le courant du souffle méridional , je crois respirer avec les bouffées du vent les souvenirs de la solitude ou j'ai connu quelques mois de bonheur. J'écoute l'eau qui filtre goutte a goutte dans le bassin au pied de ma fenêtre, tandis (pie mon excellente mère nous explique les para boles de Jésus-Christ. Je vois ma fille, ma Luigina chérie, pale et maladive, hélas ! se trainer au pied du rouet qu "elle essaie d^arréter avec ses petites mains : et moi, le bras autour des épaules de mon \nnina dont le sein h. 11

est ému , pour Ja rassurer , pour couvrir la plainte de Fouragan qui s^élève dans les cimes d'arbres , je chante les guerres de la Corse , guerres de géant, et la juste punition du gonfalonier Zampierri, précipite' de la tour du fanal dans le golfe de Gènes. Monsieur, le bonheur consiste surtout a fuir les hommes. Plusieurs fois, a la suite de mes excursions, je rencontrai Girolamo. Nous échangeâmes des coups de fusil; j^en porte les cicatrices. A notre dernière et loyale rencontre , il eut le bras droit fracassé. Alors, et dans un accès de lâcheté qui prouve bien que le mélange du sang génois avait abâtardi son sang corse, il crut tous les moyens bons : il dénonça ce qu'il appelait mes crimes au club des Marseillais. Un soir que ma femme et ma mère s^étaient rendues à Calenzana , pour demander à la Mère de Miséricorde la guérison de notre petite fille ( pauvre enfant! que la Vierge te soit propice

dans le ciel), je me vis assailli dans ma demeure par soixante hommes, et cela, Monsieur, au nom de la république française! je dis la république, car les Français venaient tout récemment de tuer leur roi. Réchappai , mais comme par miracle, en me jetant à la nage dans ces eaux qui furent teintes de mon sang ; et troublées à trois reprises par la décharge de leurs armes a feu. Ma chaumière fut incendiée, ses matériaux furent dispersés en un clin <Toeil; on tua mes troupeaux a coups de crosse. Je vis tout; mais ceci n'est rien. Brisé par mes blessures, et perdant a la fois le sangot la force, j'eus assez de présence d'esprit pour me traîner sur le chemin par oîi devaient revenir ma mère, mon enfant et ma femme. Je voulais consacrer mon dernier soupir à leur salut, et leur crier de fuir; car jusqu'où les misérables «levaient pousser leur oeuvre de destruction, eVst fce qu'il ne m'était pas donné de prévoir.

Us étaient ivres : ils tisonnaient les flammes avec ce chant sacrilège qui valut à la France tant de victoires, a tout le continent tant de larmes. Ils me crovaientnoyé. L'obscurité me favorisait; à la lueur de l'incendie, réfléchie par l'étang , je vis ma femme, la première, accourir a la hâte. Je me dressai comme un spectre et je retombai; elle se précipita sur mon corps avec des sanglots, sans écouter mes conseils et mes prières, en apostrophant les bandits , en essayant d'étancher une plaie dont le sang coulait a gros bouillons sur mon visage. Cet éclat nous devint fatal. Plusieurs détonations retentirent, je cessai devoir et d'entendre. Lorsque je revins a moi , j'étais dans une chambre, auprès de ma pauvre mère, qui fit un cri de joie , et couché dans le hamac d'un jeune sous-lieutenant républicain , fort honnête homme en vérité, quoique Marseillais; mais ne prenez pas garde à l'ex-

pression 1 Monsieur, c^est une vieille haine!...

— Il n'y a pas de mal. Dites-moi! ce souslieutenant ne se nommait-il pas par hasard Justin Milleret?

— Précisément! . . . D^oii savez-vous?.. .

— C'était mon père. Il m^a parlé dans mon enfance, d'W Corse qu'il sauva, et de quelques soldats de son régiment qu'il fit fusiller pour crime d'incendie , et aussi pour le meurtre d^un enfant etde samère. Y ce sujet, Mattei(car , maintenant, je sais votre nom), je vous dirai, dusse- je vous faire perdre une vieille haine, ce qui est aussi douloureux que de perdre une vieille inclination, que mon père était, à Calvi, le seul véritable Marseillais de cette prétendue légion marseillaise.

— En vérité , Monsieur?

— En vérité. Le reste était un ramassis de marnais drôles, la plaie de nos diverses pro vinces, Pëcume des quatorze armées de nos

frontières. Par politique, en les déplaçant sous plusieurs prétextes , on en formait une seule légion; après quoi , on les exposait aux plus rudes corvées. Le hasard se chargeait de leur mettre du plomb dans la tète. Peu réchappèrent à leurs vices et a leurs crimes Allez toujours.

— Vous êtes sûr de ce que vous réapprenez, Monsieur?

— Sûr de leur mélange , et sûr de leur anéantissement.

— Dieu soit loué! mais , en tous cas , votre père était un bien digne homme. — Mon Annina était donc morte, et ma fille! ma Luigina, si chétive et si douce! La Mère de Miséricorde me les reprit peut-être toutes les deux pour qu'elles ne fussent pas témoins de mille événe mens déplorables. Quand je Je sus, je voulus me tuer, pour les rejoindre dans le ciel; mais on me dit, fort a propos, que Dieu refusait h

Paradis aux suicides, et que Girolamo vivait encore, .le devaistuer Girolamo, et faire mon salut. Jeme résignai..

— \ ous fîtes bien.

— N'est-ce pasP

— Vous était-il démontré, Mattei, queGirolamo était votre dénonciateurP

— \ ous lien douterez pas, Monsieur, lorsque je vous apprendrai que je le sus de la bouche même de votre père. Je me rétablissais donc a Calvi, où votre père m "'avait fait transporter, lorsqu'il courut des pressentimens sur la prochaine délivrance de la Corse. Pascal Paoli, l'admirateur de J.-.J. Rousseau de Genève, le vainqueur du marquis de Chauvelin, l'ami de cet infortune Louis \\ I qui s'était montré notre ami , menait d'être décrété par la Convention, cette puissance faneuse qui bri >ait tout en courant, et qui mourut d'avoir trop tué. J'embrassai ma mère. Je courus a Corté,

ou devait s'Wvrir une conférence. On parlait dans les campagnes de miracles et de présages. «Ten vis un bien remarquable. A Favalello., une statue de la Mère du Christ, exposée sur le chemin aux yeux de tous, laissa tomber des larmes ; quelques fleurs de lis, flétries et séparées de leur tige , reçurent ces bienheureuses larmes : elles refleurirent et donnèrent un nouveau parfum. Il y eut aussi de ces grands orages qui précèdent les jours de crise ou de délivrance, et nos prêtres furent favorisés de visions célestes.

— En eûtes- vous, Mattei?

— Je n^en eus pas. — Ce fut à Corté que je vis un des neveux de Paoli, le jeune Bonaparte, un petit maigre , au maintien froid , à foeil bleu, qui vous regardait jusqu'au fond de Famé. 11 ne perçait encore rien, sur son front malade et dans son visage effilé, de l'homme qui devait ployer dans ses mains nos destinées

et les vôtres. On se menait de lui, et on <rsait raison. 11 était soupçonné de tenir pour la Franee. S'apercevant qu'on le surveillait, il rusa ses gardiens, et s^enfuit à Vjaccio; puis d^Ajaccio a Calvi , où se trouvaient , avee la légion marseillaise, deux émissaires de la Convention : un des tueurs du roi de France , Lacombe Saint-Michel ( un ci-devant du Languedoc), et Salicetti, son émule, que, treize ans après, des maladroits tentèrent de faire sauter, a Naples; toutefois, il mourut empoisonné. Quelques-uns disent que cela est faux, et que Ton ouvrit son corps : il fallait ouvrir son ame. — L^évasion du petit Bonaparte fut ce qui précipita Insurrection; car les adhérens de sa famille étaient assez nombreux en Corse, et il devenait essentiel dVmpèchcr leur ralliement. Le tocsin fut sonne dans lespic\es. On houle versa les propriétés des rebelles oti mit leur tète a prix. Il ne resta pas nn mûrier de leurs

jardins, pas une pierre de leurs maisons, pas une chèvre de leurs troupeaux. Ils furent ruines et s'exilèrent a Marseille. Il ne fut pas si facile de venir a bout de Bonaparte, et l'histoire de son expulsion est le dernier épisode de ma vie dans cette île , où je n'ai plus un parent, o ii je ne veux même pas d'un coin de terre.

Ici le batelier prit sous le banc une bouteille , et m'offrit de l'absynthe blanche dans un gobelet de cuir.

Nous bûmes. Il continua :

— Le ressentiment contre les Bonaparte était au comble. Chargé d'une mission de Paoli, que la Consulte avait armé de pleins pouvoirs, je me jetai dans la ville de Calvi, moi dixièmr , après avoir essuyé le feu d'un avant-poste. Les citoyens, tenus en respect jusqu'à ce moment par la forteresse, écoutèrent la proclamation avec enthousiasme. On se fit des armes de tout. On se rendit aux. clochers. La campagne vint

a nous. Les Marseillais, déconcertes par la violence du premier mouvement populaire . n'eurent que le temps bien juste de se réfugier sur le rivage de la Ficarella, et de s'y retrancher précipitamment. De petits bàtimens occupaient encore la rade: ils s'avancèrent en nous menaçant de leur artillerie. Les insurgés coururent sur le rivage, bravant tout, électrisés par mon exemple, et par la vue du pavillon corse qui flottait aux remparts d'où Ton venait de précipiter le drapeau tricolore. Le terrain formait, au devant de la ville, une saillie qui s'avançait dans la mer, avec quelques arbres a l'extrémité. Je grimpai a l'un de ces arbres, et , d'une distance de cent pas , j'interpellai le neveu de Paoli sur sa trahison, en lui prophétisant la vengeance des patriotes; en lui promettant leur clémence, s il restait fidèle à l 'honneur el à la \<>iv de la patrie* Il croula , mais sans paraître ému. Il souriait, en regar

dant Salicetti. .Farinai ma carabine, et je les menaçai. Alors Bonaparte se pencha sur la lumière d'un canon, et le boulet, en frappant le pied de l'arbre , me fit tomber dans la rade , aux éclats de rire des Marseillais. Deux autres coups de canon balayèrent la plage. Ce fut encore votre père qui vint me tirer des branches où je restais pris, et que le courant chassait en pleine mer. Il eût mieux fait de me laisser périr, votre père! car la raillerie est une blessure mortelle, et je n'ai jamais pardonné à l'empereur Napoléon les insultes du sous-lieutenant Bonaparte.

Cette remarque du batelier me fit involontairement sourire.

— Une foule de petits ressentimens sont à craindre , me dit-il en répondant a ma pensée . \oyez a l'horizon les montagnes du Tyrol! Ta s'est formé l'imperceptible orage qui plus tard foudroya la Grande- Vrmée. Staps , le jeune

illuminé, tomba, le poignard a la main , sur la pelouse de Schoenbrun, et c'est a l'explosion des fusils qui brisèrent sa poitrine, que les uni versités d'Allemagne s'émurent de la généreuse colère qui fit rebrousser l'aigle français de clochers en clochers.

Je ne souriais plus.

— Revenons, ditle batelier. Il n'y eut qu'une seule journée dans cette guerre d'une poignée d'hommes avec tout un pays; je vais vous la dire. Paoli venait d'arriver a Calenzana, prêt à tenter un coup décisif. Le pays était couvert tirs pions; maison se tenait sur ses gardes. On les fouillait trop bien pour qu'ils pussent nous tromper. L n soir, on m'amena un mendiant, vêtu d'une souquenille en pièces , nu-pieds , n'ayant rien autre chose qu'un bâton et une gourde. Je le reconnus. C'était (iirolamo Piccioli.

— Votre dénonciateur?

— Lui-même. A. la fin , je le tenais! son regard astucieux et calme ne me trompa pas. Je devinai qu'il comptait surson effronterie, et sur la retenue que m^inspirerait le respect de mon grade vis-a-vis de mes compagnons. Seul a seul, nous nous fussions a coup sûr précipités Pun contre Pautre. Je ne sais ce qui me criait que sa vie était entre mes mains. — Où vas- tu, Girolamo? lui dis-je. — Tu vois, Mattei, je demande la charité. Tu sais bien quel est le misérable qui m'a réduit à cette détresse . Les troupeaux de ma famille ont été dispersés dans les montagnes, et je suis estropié par Tassassin

d^Evaristo Je mendie. — Dans un pareil

temps, Girolamo? — Tous sont bons , lorsque Ton a faim; la faim ne choisit pas. — Mais , a travers des partis qui craignent les espions et qui les fusillent, c^est imprudent, Girolamo? — Quand on est fusillé, Mattei, on est riche; et, pour ce qui est de tes conjectures, fouille-

moi. — Je ne nie souillerai pas les mains, (xirolamo! . . Puis, me tournant vers les soldats. — \ isitcz ce brigand des pieds a la tète! ... Il ne fit pas de résistance. 11 posa sa gourde et son bâton à terre; il se mit nu. On visita ses guenilles, on les froissa, on les déchira : rien. — N^importe, d>s-je, ruVon le mène au général. S^il n'a pas de dépèches , il a une mission verbale; nous le ferons parler On part. On arrive chez le général : il était a dicter des dépèches, dans une salle basse. 3Ième manège de Oirolamo devant Paoli; perquisition et résultat semblable. — Oii vas-tu? lui demande à son tour le chef. — Je vais et je viens, répond le mendiant : si vaaà me laisse/, libre, je me rendrai a \napesa, chez une pauvre femme rpii me donne l'abri. — Eloignez-le! dit un (fes lieutenant de Paoli. Puis, >*adress;mi ;i MM) chef: — Cette gourde m'est susj Hèle' ... On la brise : elle renfermait une lettre. Je frinin

pliais. Comment n'y a vais- je point songé? La lettre insistait sur un dépôt d'armes, à l'usage d'un certain nombre d'affidés qui devaient se réunir le lendemain, par diverses routes, au Monte -Maggiore. Un post - scriptum parlait d'un chargement de grains qui devait franchir de nuit la pointe de la Revellata, pour alimenter les recrues. — Ce n'est rien que de tenir l'espion, dit le lieutenant, il faut s'emparer de ses complices. Si Ton m'en croit , général , ce soir même, trois hommes déterminés accompagneront le drôle h. \napcsa, et le sur veilleront de près , sauf a lui brûler la cervelle s'il bronche. Il faut savoir le lieu du rassemblement et le dissoudre. Voilà une gourde toute semblable, remettons-y le billet; nous verrons demain ce qu'il faudra faire. . . .le m'offris pour cette expédition : on m'adjoignit deux hommes, et nous partîmes. Nous suivions le ravin de la Ficarclla , qui trace un demi-

— ITT —

cercle autour de la montagne ; un se dirigea

vers le vallon, criblé de frênes et de gorges

profondes. La nuit tombait de plus en plus.

On alluma des torches de résine, (iirolamo

fredonnait une barcarole napolitaine pour nu

narguer. — Fais un acte de contrition, lui

dis-je. — Fais le tien! répondit il en nie poussant

son bâton dans la poitrine... Et vingt hommes

nous terrassèrent. ( nmilitaire a cheval parut .

cVtait Bonaparte. — \h ! ah! une vieille

connaissance, murmura-t-il en me saluant. Il

prit la gourde des mains de Girolamo , la brisa

contre un arbre, et en tira le papier. — ( ?es(

la réponse . Messieurs, dit-il à Salicetti et n

Lacombe. Mon cher oncle ne connaît pas les

petites ruses du métier; il v<" formera. On reçoit

des lettres en sa présence, et I on v répond a

merveille. 11 faut tout regarder par soi même

voyons cela... 11 lut et sourit; puis, il nous fit

mettre au milieu du groupe, a la queue tics h. Il

chevaux. On éteignit les torches, et la caval cade reprit vivement le chemin de Pendroitoù campait la petite armée. Des sentinelles éparses nous demandèrent vingt fois le mot d'ordre. On arriva. Girolamo lui dit alors : — Tiendrez-vous votre promesse ; Bonaparte ? — - Peut-être! Que me demandes-tu? — Rien, que cet homme ( et il me désigna). — Tu es un fou! je ne vends pas de chair humaine : voilà six ducats. — Je veux cet homme! — Tu n'auras rien... Girolamo essaya de se révolter. — Qu'on

le fasse taire, dit Bonaparte Puis il s'éloigne

et braque sa lorgnette dans la direction de Calvi. Il régnait en ce moment un profond silence : la petite ville, ensevelie dans l'ombre, n'avait pas une seule clarté qui pût donner un point de mire. On n'entendait que les sourds Qui vive! et le sinistre gémissement de la mer sur les cailloux de la grève. Le firmament et la Méditerranée semblaient confondus dans les

ténèbres. Mêla resta long-temps ainsi. Bona parte était immobile comme une statue. Toutà-coup une ligne de feu monte perpendiculairement vers le ciel, et retombe en pluie d'é toiles qui nous laisse apercevoir Cal vi, sa forteresse , et ses canonniers distraits par l'apparition lumineuse. Les tambours résonnent de tous les côtés ; quelques bourdonnemens de cloches , des coups de fusils rares et confus, répondent a ce premier tumulte, et cessent a l'instant même. Alors des lanternes se hissent aux cordages des bàtimens, des flambeaux courent sur le rivage; tout s'éclaire. Le pas mesuré des soldats marque la charge , le canon tonne, et Bonaparte s'élanee au galop. La forteresse était reprise.

— Comment cela, Mattei ?

— Par suite de la ruse où je venais de tomber. \ous vous souvenez peut-être, Monsieur, du chargement rie grains qui devaû doubler la

pointe de Ja Revellata, cTaprès le post-scriptum de la lettre saisie dans la gourde deGirolamo. Paoli, mis sur ses gardes par cet avertissement perfide, qu'il ne croyait pas à son adresse entre les mains de notre lieutenant j fit diriger des hommes sur ce point, et Ton s^empara de Papprovisionnement, que Ton ramena comme un éclair dans le port, sous le canon des remparts. Les Français ne voulaient pas autre chose. A peine la barque génoise fut-elle amarrée contre la principale porte de la citadelle , où se trouve le débarcadère , que des soldats , armés de haches, profitèrent de la confusion pour sortir de la cale. Par un brusque coup de main , ils s^emparèrent a leur tour des issues , et s^y maintinrent en jetant des grenades enflammées au milieu du poste, ou dans les rues voisines. Le signal amena le reste.

— Qu'on se moque encore des rêves du bon

Homère , Mattéi ! C'est tout-a-fait la ruse du eheval de Troie.

— Je ne sais, Monsieur, ce que c'est que ce cheval , et si cet Homère était un rêveur ; mais je sais que les plus vieilles ruses sont les plus politiques , et que les supercheries connues sont celles dont on use le mieux. IVailleurs on réussit au hasard. Un A a pas quinze ans qu'une dame française, modèle de oojurage et d'honneur , a sauvé son mari d'après un moyen qui roule dans les contes d'enfant.

— Madame Lavalelh

— Oui î — Dans la joie du succès, nous ni mes oubliés. Je m'emparai d'un ehe\ al, et sur k point du jour j'étais a Calen/.ana.Paoli pleura de colère. Les soldats échappes de ( !ah i nous rejoignirent, mais privés d'armes. Pas un d'eux n'était blessé. Paoli Les apostropha durement il voulut les renvoi erdans les montagnes, coin me indignes de servie le drapeau de la Corse.

Dans le fond, lui seul était cause de cette mésaventure; mais, par ce ressentiment, il voilait sa faute : et, d'ailleurs, il ne pouvait en prendre la responsabilité sans affecter le moral de la troupe , sans risquer toute la confiance que Ton avait en lui . Son feu jeté, il nous tourna le dos, il brisa son épée. Ces braves pleuraient : j'intercédai pour eux. — Général, lui dis-je, nous nous ferons tuer ou nous reprendrons la forteresse . — Nous nous ferons tuer Récrièrentils. . . Paoli se retourna brusquement* — Vous voulez être les premiers a l'attaque ? — Les premiers, général ! — Qu'il en soit ainsi ; mais, je vous le déclare, s'il en revient un seul dans le cas d'un échec, je proclame son nom comme celui d'un lâche et je quitte le pays, car ïl me faut des soldats et non des femmes... Huit j ours après , le drapeau corse était fouetté par le vent sur la façade de la ville reprise. Les Français étaient chassés.

— Et Bonaparte ?

— iNous n'avions pas eu maille a partir a\ ec lui, car, le lendemain même de sa victoire , il était retourné en France.

— Croyez-vous qu'il ne vous eût pas tenu tête ?

— Je ne sais pas. — Occupé que j'étais de manœuvres militaires , je ne m'informais nullement de toutes les menées des intrigans politiques. Les grandes réputations n'échappent pas à la calomnie. .Pavais bien entendu ( juelques propos sur notre général, mais cela me semblait méprisable. On affirmait que notre île allait appartenir aux Anglais, et que, d'auxiliaires, d'ailleurs sans résultats directs pour la tranquillité de la Corse, ils allaient devenir nos maîtres. Quelques raisonneurs me démontrèrent à leur façon que c'était notre ressource contre la Republique française. J'en fus indigné, car c'était toujours périr; et de

moindres territoires ont maintenu bravement leur indépendance. Enfin, il fallut bien le croire ; les troupes du roi Georges relevèrent nos postes , le consulat Britannique devint le siège du gouvernement, il nous arriva des décrets datés de la métropole. Au milieu de cette foule hébétée qui devenait anglaise, après avoir été française et puis génoise, je refusai de reconnaître un seul Corse, et, les inimitiés croissant autour de moi, je compris qu'il fallait nVéloigner. Je fis* donc parvenir mes adieux ella nouvelle de cette résolution a ma mère, après avoir retenu mon passage sur un brick anglais qui devait porter des poudres a Toulon et se rendre a Barcelone. Je disais a ma mère de veiller sur le tombeau d Annina et de ma fille, car je n°espérais plus revoir la Corse! Les vents contraires retinrent le bâtiment pendant trois jours dans la rade. Enfin, le vent paraissant favorable, on dut lever Tancre. La cloche

appela les retardataires qui furent obligés de sauter dans des barques et de gagner le brick a force de rames. Ce n'est pas sans un frémissement d'indignation que je nie rappelle le spectacle de Tentrepont quand je voulus y pénétrer. Au milieu de quinze matelots anglais, ivres et penchés sur un baquet de rhum , Girolamo buvait à la santé du roi Georges. Ce (jue je ressentis ne se peut dire. .Tétais calme, je me sentis capable de tout. Cet homme tombé de la condition de vengeur à la honte de l'assassinat par le moyen de la dénonciation, ces brutes anglaises qui triomphaient de notre avilissement, meséternelsprojetsde vengeance, mes rêves de Corse et de patriote trompés, tout cela me fit concevoir une pensée terrible, implacable; de ces pensées qui viennent de je ne sais où, mais qui nous mènent. Deux secondes après, la soute an \ poudres était enfoncée des écheveaux <\<-

chanvre flambaient sous un caisson, et, revenu sur le bord , je plongeais dans la mer pour atteindre une barque qui se dirigeait vers Calvi. . . . Comme ^atteignais cette barque , un cri partit du bâtiment anglais. — Mattéil... Je regardai , citait ma mère !

— Votre mère, Mattéi ?

— Ma mère, Monsieur. Prévenue par moimême de mon départ, elle voulut sans doute me suivre et me surprendre. Mon avertissement fatal et sa tendresse ^expliquent que trop cette fatalité. Je me précipitais pour nager vers le brick, lorsqu'un déchirement affreux, pareil à celui de la foudre dans les grands orages de nos montagnes, me roula jusque sous les vagues, où la lueur et le bruit me suivirent à des profondeurs étranges. Quand je revins à la surface, il n'y avait plus rien. Seulement une vapeur blanche montait

doucement vers le ciel. C'était peut-être rame de ma mère !

Le batelier se lut : il fit le signe de la croix, et ses lèvres murmurèrent î

La nuit tombait, les ombres s^étendaient sur le lac ; des oiseaux passaient à notre front en jetant leur cri. La prière du Corse dura quelques minutes.

Il se signa de nouveau : puis, étendant la main, il me dit :

— Nous sommes à Vevay .

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