‹ La valise noire (volume 2)Chapitre 8 sur 10 · MADAME DE LÉVALLE, EMMA, ERNEST · texte numérisé non relu

MADAME DE LÉVALLE, EMMA, ERNEST

Ernest, a pan, regardant madame de Lévalle. Ma

sœur est toute pensive; elle l'aime peutêtre, maintenant... Et c'est moi... Oh! sot que je suis!

Emma, qui est à la fenêtre à gauche CommC ma

mère cause vivement avec le colonel.

Madame de Lévalle, sortant de sa rêverie. — Ah!

où cela?

Ernest, a part. — Parbleu ! elle arrange le mariage.

Madame de Lévalle, agitée. — Le colonel a l'air de la remercier ; il lui baise la main.

Ehnest, àpart, — Allons , c'cst uttc choso

faite, et nul moyen de l'empêcher; cette petite sotfce n'a même pas une inclination, pas un amant jaloux qui puisse s'opposer...

(comme frappé d'une idée subite.) Ail ! quollc idée ! OUi,

c'est cela.

Madame de Lé V allé , quinam la fenêtre, — Ils

disparaissent.

Emma. — Oh ! il faut que j'aille rejoindre maman pour savoir...

ErN EST, qui a pris un air sombre et s'est place devant la porte

les bras croisés. — Rcstcz, Mademoiselle. Emma. — Comment?

EUNEST, avec emportement. — VoUS n'ireZ paS. Emma, reculant effrayée. — Qu'cst-CC qu'il y a

donc?

Madame de Lévalle. — Que signifie?

EllNEST , d'une voix sombre. — Ah! VOUS aVCZ

deviné, n'est-ce pas, que dans ce moment votre mère arrangeait votre mariage avec le colonel?

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Emma, reculant. — N'ouvrcz donc pas les yeux comme cela, monsieur Ernest, vous me faites peur.

Madame de Lévalle. — Qu'avez- vous , mon frère ?

Ernest, avec sentimem.^ — Elle me le demandel (A Emma.) Et VOUS aussi, VOUS u'avcz poiut lu dans mon cœur.

Emma. — Comment? Est-ce que...

Ernest. — Eh bien! oui. oui je vous

aime.

Emma. — Moi !

Madame de Lévalle. Emma?

Ernest. — Comme un insensé!

Emma. — Ah ! mon Dieu !

Madame de Lévalle. — Mais c'est incroyable. Vous me disiez ce matin ...

Ernest, rimerrompaïu. — Ce matin, je voulais cacher ma passion.

Emma. — Pourquoi?

Ernest. — Pourquoi! WcscmimentoVous me demandez pourquoi, vous, Emma, à qui je croyais de la sensibilité? Ah! je ne m'attendais pas à cette question.

Madame de Lévalle, a Ernest. — Avant de parler, tu voulais donc t'assurer de ses sentiments?

Ernest, vivement. — Justement, c'est cela.

Madame de Lévalle. — Ah! je comprends.

Ernest. — N'est-ce pas, ma sœur? (Apan ) Elle est plus heureuse que moi.

Emma. — Mon Dieu! mais si ma mère au moins avait été avertie...

Ernest. — Votre mère, Emma! Ainsi, vous m'aimez?

Emma, vivement. — Je ne dis pas cela.

Ernest, sombre. - — Alors, vous ne m'aimez pas ?

Emma, embarrassée. — Je lie dis pas cela non plus.

Ernest. — Non ; mais je le vois trop bien...

Madame de Lévalle. — Mais du tout, mon frère...

Ernest, avec désordre. — Oh! ne cherchez point à me tromper; c^est l'autre que l'on me préfère! (a Emma.) Votre mère, d'ailleurs, s'est expliquée assez clairement tout à l'heure. Dans ce moment même, votre main est accordée au colonel, sans doute; mais qu'il n'espère pas détruire impunément toutes mes espérances !

Madame de Lévalle. — Que dites-vous !

Ernest. — Ce mariage ne se fera point tant que je vivrai.

Emma. — Ah ! monsieur Ernest !

Madame de Lévalle, effrayée. — Un duel! mon frère !

Ernest. — Oui, et je punirai en même temps les impertinences de cet homme à ton égard.

Madame DE Lévalle, -voulant le retenir. — Mais, non...

Ernest. — Oser te contredire dans un salon!... Défendre le divorce!

Madame de Lévalle. — Mon frère !

Ernest. — Oh! je le hais autant que toi maintenant.

Madame de Lévalle. — De grâce !.. .

Ernest, parcourant le saion. — Non, ccla ne peut point se passer ainsi.

Madame de Lévalle, le suivant d'un cote. — Calme-toi, mon frère.

Emma, le suivant de l'autre côté. — De grâcc, mousieur Ernest.

Ernest, de même. — 11 faut que je le voie sur-le-champ.

Emma. — Non, je vous en prie.

Madame DE Lévalle. — Mon frère , ccoutemoi.

Ernest. — Je le forcerai à me rendre raison.

Madame de Lévalle. — Mon frère ! . . .

Emma. — Monsieur Ernesl!...

Ernest, s'arrciam. ■ — Laissez-moi.

Emma, joignant ics mains. — Oh! monDiou! mon Dieu !

Madame de î évalle. — Je t'en prie, mon

ami?

Ernest. — Ma sœur! (iircmbrassc, cKiitàpan : Cela va bien. (Haut.) Adieu !

MaDA m E de Lévalle , cherchant à le retenir. — Nou ,

tu ne^sortiras pas, Ernest!... Une m'entend plus!

Emma, effrayée; — Ah! Madame, ^11 va se battre !

Madame de Lévalle. — Je l'empêcherai h tout prix.

Emma. — Dites-lui que je suis prête à l'épouser, Madame.

Madame de Lévalle. — Est-ce vrai?

Emma. — Sans doute. Mais le colonel?...

Madame de Lévalle. — Je m'en charge.

Emma. — Le voici.

Madame de Lévalle. — Laissez-moi avec lui, Emma.

Emma. — Oui, Madame. Mais ils ne se battront pas?

Madame de Lévalle. — Non.

Emma. — C'est que je m'intéresse à tous deux.

Madame de Lévalle. — Ne craignez rien.

Mais il faut que je parle à M. de Beaulieu.

Emma. — C'est cela. (Apan.) Et moi, je vais tout dire à ma mère.

Madame de Lévalle, apan. — Il faut que

j'assure le bonheur de mon frère. Voici le colonel.

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