‹ La valise noireChapitre 31 sur 52 · Delaborde, ouvrage cité, p. 529 à · texte numérisé non relu

Delaborde, ouvrage cité, p. 529 à

ce dernier, la terre était molle, plate et stérile. Les rayons brûlants de Huoïou la desséchèrent, sa surface plus solide se boursoufla en montagnes, et la verdure parut.

Lmquo créa alors les premiers hommes, qui vivaient très-longtemps, ne vieillissaient point, parce qu'Us se ncyurrissaient de poisson qui est touj&urs jeunsy et mouraient sans maladies. Il demeura plusieurs siècles au milieu d'eux, puis retouraa au pays des zéméens, où il se trouve encore.

Mais, après son départ, la pêche devint moins abondante, les nuits plus froides, et les hommes découragés se mirent à vivre comme des bétes fauves. Louquo^ touché de compassion, apparut donc à un vieillard caraïbe pour lui enseigner ce qui pouvait rendre ses fils moins malheureux. Il lui montra comment les pierres pouvaient servir à tailler les arbres, le balisier à construire des ajoupas^ le coton à faire des hamacs; puis, brisant un bâton qu'il avait à la main, il enfouit les débris dans la terre, et dit au vieillard de revenir voir dans quelque temps ce qu'ils aurçiient produit. Le vieillard

revint au bout de neuf lunes, et trouva le manioc *.

Le bonheur rendit les Caraïbes méchante. Ils cessèrent bientôt d'offrir à Louqno les alakris * qu'ils lui devaient, et le dieu se f&cha. Il laissa tomber les rivières produites dans le ciel par la sueur des^ méens; la terre fut inondée, et tous les hommes périrent, excepté quelcpies élus, qui se sauvèrent sur une haute montagne et dont les Caraïbes actuels sont les descendants.

Les prêtres sauvages ajoutaient qu'outre les dieux mentionnés dans cette théogonie, il y avait les maboyas, ou mauvais génies, toujours en guerre avec les zéméens^ et qui jetaient sur les Caraïbes des sorts que les boyez seuls pouvaient conjurer. Chacun de ceux-ci avait, dans ce but, à son service, un zéméen particulier appelé Eocheïri, qui l'aidait

1. Voyez Delaborde, lœo eiiaio; Rochefort, p. 469; Theret, la France antarciiquet p. 52. — Cette fable est rapportée un peu diflféremment par chacun ; mais le fond est toujours le même.

2. Offirandes d'oaieou et de cassaye, ou pain de manioc. (Delaborde, p. M2 et 529.)

également à guérir les malades *, et qu'il pouvait transmettre à ses enfants par droit d'héritage K

Quant à la mort, chaque homme, assuraient-ils, avait plusieurs âmes qui subissaient alors diverses transformations. Les âmes des membres allaient aninier les bétes fauves, et l'âme de la tète devenait maboya^ ou mauvais génie, tandis que youanniy l'âme du cœur, revêtant un corps splendide, montait au pays des zéméens, où le manioc pousse sans culture, arrosé par des rivières d'omcou^ et où les femmes sont toujours belles 1

Du reste, toutes ces âmes devenues génies avaient des sexes et se multipliaient, ce qui rendait les zéniéms et les maboyas innombrables.

i. Delaborde, ibtd., p. 542.

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