‹ La valise noireChapitre 34 sur 52 · Rochefort, p · texte numérisé non relu

Rochefort, p

préparaient déjà le roucou et le génipa pour leurs teintures de guerre *.

D'Énambuc fit avertir Waërnard du danger commun qui les menaçait. On tint conseil au fort, et il fut décidé que l'on préviendrait les Caraïbes en les attaquant. Les deux capitaines partagèrent leurs gens en petites troupes, et, dès la nuit suivante, les sauvages furent surpris dans leurs carbets et, pour la plupart, égorgés.

Quelques Jours après, parut la flotille arrivant des autres lies. Elle était montée par quatre mille Caraïbes, qui, ne sachant rien de ce qui s'était passé, débarquèrent sans défiance et vinrent donner dans une embuscade que d'Énambuc et Waërnard leur avaient préparée. Dès les premiers coups de feu, ils s'enfuirent en désordre vers leurs canouas) mais là le combat devint terrible, et ils ne se retirèrent qu'après avoir laissé la plage couverte de

I. Les Caraïbes se peignaient toujours de roncou, confme nous rayons dit; mais, lorsquUls devaient combattre, ils ajontaient à cette conleur ronge des raies noires tracées avec le frui^ du génipa, *

leurs cadavres. Les Français et les Anglais perdirent cent des leurs dans cette rencontre, et tous les blessés qui avaient été atteints par les flèches empoisonnées de^ Caraïbes, succombèrent quelques heures après, dans des convulsions semblables à la rage.

Maîtres de Sain^Ch^istophe par cette double victoire, Waërnard et d'Énambuc laissèrent leur colonie naissante aux soins de deux lieutenants, et se rendirent en Europe, afin d'obtenir de leurs gouvernements l'autorisation nécessaire pour continuer l'œuvre commencée.

Avstat de partir, d'Énambuc chargea son brigantin de ce qu'il trouva de plus curieux dans l'île, et surtout de petim *, dont l'usage avait été intro-

i. Nom américain de cette plante, qfoi fat nommée iabae parce qu'on la tirait, dans le principe, de tabagOf et enfin

duit en France, depuis quelques années, par Tentremise d'un ambassadeur à la cour de Portugal, M. de Nicot, qui en avait envoyé à Catherine de Médicis. Adopté presque aussitôt par les grands seigneurs, le tabac était devenu un objet de mode, et les gentilshommes les mieux accommodés ne marchaient plus sans leur petite carotte de petun et leur petite râpe sculptée, fabricant eux-mêmes, aux cercles de la cour, dans les ruelles et jusque dans les églises *, cette poudre de la reine.

D'Énambuc vendit sa cargaison entière de tabac à raison de dix francs la livre,ce qui lui permît de paraître à la cour « avec force plumes, velours et soieries, » et dans l'équipage d'un homme qui avait découvert un nouveau Pérou. Aussi ne fut-il bientôt question que du capitaine normand et des merveilles qu'il racontait de ces Ant-Isles, où l'arbre ne cessait de porter, en toute saison et en même

nieoiiane, du nom de M. Nicot, qui l'avait fait connaître, eo France, le premier.

1. Les prédicateurs du temps se plaignaient beaucoup de cei usage, prétendant çfae le bruit des râpes dans les églises emp^ chait d'entendre la parole sainte.

temps, le bouton, la fleur et le fruit. Le cardinal de Richelieu, qui, comme la plupart des grands génies politiques, avait la superstition du succès et n'aimait à protéger que les gens heureux, voulut voir d'Enambuc. Il l'écouta avec attention, se fit montrer sur une carte la position des îles Caraïbes, s'informa de leur étendue, de leurs productions, puis promit d'en parler au roi^ c'est-à-dire d'y réfléchir.

Ces réflexions furent favorables à la colonisation, et, peu de jours après, d'Énambuc reçut une commission qui l'autorisait, ainsi que son compagnon de Rossey, à former des établissements tant à Saint- Christophe et à la Barbade, que dans les autres Ant- Isles de l'Amérique, leur en concédant pour vingt ans tous les produits, même « celui des mines d'or et d'argent qui, selon l'avis des Indiens, se trouvent en icelles, » à la seule charge de payer au roi le dixième de tous ces produits, et de mstintenir les pays colonisés sous sa domination *.

i. La commission est datée da 31 octobre 1626, signée Ar-

Le cardinal n*en resta pas là : comme d'Énambuc et de Rossey manquaient d'argent pour leur entreprise, il forma sous le nom de Compagnie des M une association de seigneurs, qui devait fournir les fonds nécessaires à la colonisation. Richelieu donna pour sa part deux mille livres et un vaisseau; mais il eut peu d'imitateurs. Aucun prince, aucun grand seigneur de la cour ne voulut s'intéresser à Tentreprise, et, sauf la signature de M. d'Effiat, nous ne voyons au bas de cet acte d'association que des noms obscurs, comme ceux de Morand, Ferrier, Canelet, Comuel, Manon *. Aussi ne put-on réunir ] que quarante-cinq mille livres, sur lesquelles il | fallait acheter trois navires, des armes, des vivres, ^ et payer les gages des.gens que Ton emmenait.

D'Énambuç vit bien que la somme était iosufOsante, surtout passant par les mains de commis que la compagnie avait chargés de tous les achats; mais

mand, eardinal de Richelieo; sur le repli, Martin, et scellée en double quene de cire rouge.

I. L'acte est de la même date que la commission, et pass^ devant de Beaufort et de Beauvau, notaires.

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c'était UQ de ces caractères hardis qui, après avoir emprunté aux secours humains ce qu'ils peuvent fournir, s'en remettent tranquillement pour le reste à la fortune, bien décidés à remplacer les ressources par la patience.

Il repartit donc pour SainWlhristophe avec cinq cents engagés, tant Normands que Bretons. Mais les navires étaient trop petits pour tant de passagers, les vivres embarqués par les commis se trouvèrent insuffisants, de sorte que la faim, la soif et la maladie firent périr la plupart des colons avant leur • arrivée.

Pendant ce temps, Waërnard, accueilli et soutenu par l'aristocratie anglaise, formait à Londres une compagnie dont milord Karlay se déclara le chef, et qui le mit à même de revenir à Saint-Christophe avec toutes les ressources nécessaires au succès d'une colonie. L'île fut alors régulièrement partagée entre les deux nations : les Français en occupèrent les extrémités nord-ouest et sud-est, tandis que les Anglais gardaient le centre. L'acte de partage renfermait en outre un traité offensif et défensif

ccmtte tes Caraïbes et les Espagnols, rengagement de se rendre réciproqnemeot les déserteurs ou les esclaves fugitifs, et la promesse de continuer à vivre en paix, dans les cas de guerre entre l'Angleterre et la France, à moins d'ordres contraires venant d'Europe; auquel cas on serait tenu de s'avertir avant de faire aucun acte d'hostilité *. Cette convention signée, M.. de Rossey fut envoyé en France pour solliciter de nouveaux secours.

Mais la plupart des associés de la Compagnie des Iles regrettaient déjà l'argent placé dans cette entreprise. On réunit à grand' peine trois mille cinq cents livres pour envoyer successivement à Saint-Christophe deux flibots mal armés, qui y arrivèrent sans vivres et chargés de mourants. Une trentaine de ceux-ci, débarqués au soleil couchant, ne purent être transportés aux habitations, et furent abandonnés sur la plage jusqu'au lendemain; mais la même nuit, les Caraïbes descendirent des montagnes comme une avalanche, et lorsque les colons

U Cette convention porte la date du 13 mai 1627.

revinrent, ils ne trouvèrent plus que des squelettes : les trente malades avaient été dévoies vivants *.

t. Le përa Datertre, yol. I, p. 24.

Ainsi abandonné de tous, d'Énambuc ne perdait pas courage. Connaissant à fond ce caractère français, si souple à tout essayer, si patient quand on lui varie la lutte , si chaud dans ses dévoûments pourvu qu'on ne les lui impose pas, il allait de l'un à l'autre, prévenant les plaintes par des éloges, consolant la misère par des marques d'affection, et pansant les plaies de chaque cœur avec une espérance.

L'arrivée d'un navire hollandais, que le hasard avait conduit à Saint-Christophe, vint heureuse-

ment seconder ses efforts. Le capitaine, qui trouva excellent le tabac préparé par les colons, leur donna en échange des vivres, des étoffes, et promit de revenir dans six mois avec un nouveau chargement. Ce fut là l'origine de ces échanges entre la Hollande et les petites Caraïbes, que les compa- ^ gnies auxquelles fut accordé le privilège du commerce eurent ensuite tant de peine à faire cesser.

Mais le faible secours qui venait d'être apporté à notre colonie naissante suiOSsait tout au plus pour retarder sa ruine, tandis, que rétablissement anglais, abondamment fourni de tout par les soins de lord Karlay, devenait chaque jour plus riche et plus nombreux. « Ce fut bientôt une ruche trop pleine, fotcée de jeter au dehors une partie de son essaim *. » Waërnard envoya une colonie dans la petite île de NèvéSj voisine de Saint-Christophe; puià, se trouvant encore trop àFétroit, il commença i à empiéter sur le territoire des Français.

Ceux-ci réclamèrent en vain . Les Anglais, prenant,

i. Le père Dixtertrej vol. I, p. 3â.

selon leur invariable coutume, le besoin pour le droit, répondirent que, vu leur nombre, ils n'avaient point assez de terre, et que les Français en avaient trop. D'Énambuc, qui sentait Fimpossibilité de soutenir honorablement ce débat dans l'état de faiblesse où se trouvait sa colonie, partit pour la France afin de solliciter un secours sérieux.

Le cardinal le reçut bien. Il avait compris Timportance d'établissements français dans les Antilles, et en désirait la réussite. Mais les embarras que lui suscitait la politique européenne, la froideur de la cour, qui subissait son joug sans aider à aucun de ses projets, avaient rendu sa bonne volonté à peu près inutile. Il cherchait en vain autour de lui des agents disposés-à seconder son activité : le peuple n'était point encore en mesure de lui en fournir, et la noblesse, ne pouvant plus protester par la révolte, protestait par le silence et l'immobilité. Après avoir été si longtemps le principal véhicule de la grande machine de l'État, elle semblait s'être condamnée au repos depuis que le cardinal avait mis la main au timon.

Heureusement que la nouvelle apportée par d'Énambuc était de nature à vaincre cette systématique apathie. Jusqu'alors les gentilshommes n'avaient vu dans la nouvelle colonie qu'une entreprise formée sous la protection de leur (ennemi, el avaient affecté de n'y prendre aucun intérêt; mais lorsqu'on vint leur dire que des Anglais voulaient usurper un territoire marqué aux armes de Franco, le sentiment national se réveilla dans toutes les âmes, et ce coin de terre dont nul ne se souciait la veille devint précieux à tous. Enfin, le bruit s'étant répandu que le roi d'Espagne, de son côté, envoyait don Frédéric de Tolède avec une puissante flotte pour détruire les établissements de Saint-Christophe, l'intérêt grandit avec le danger, et l'on s'écria de toutes parts que ce serait une honte pour le roi de laisser ses sujets à la.merci des Anglais et des Espagnols.

Ainsi appuyé par l'opimon de la cour, le cardinal ordonna d'équiper six navires, dont il confia le commandement à un chef d'escadre, M. de Guzac, avec ordre de se rendre à Sain^Gllristophe pour veiller à la défense « de Thonneur et des intérêts du roi. » A cette époque, un tel armement ne pouvait se faire que lentement et avec de grandes difficultés. L'État n'ayant encore ni port militaire ni marine, nos flottes jae se composaient guère que de navires achetés aux marchands du Havre, de Dieppe et de SaintrMalo, ou de corsaires dont on louait les servi-

ces pour un temps, comme autrefois ceux des condottieri d'Italie. M. de Cuzac ne put donc partir que vers la fin de juin 1629.

Dès son arrivée à Saint^Christophe, il avertît le gouverneur anglais de faire rentrer ses gens dans les limites assignées à chaque nation par le traité de 1627. Au lieu de répondre directement, Waërnard, demanda trois jours, espérant les employer à se mettre en défense; mais M. de Guzac ne lui en laissa pas le temps. 11 entra toutes voiles déployées dans la grande rade^ où se trouvaient dix navires anglais, les attaqua malgré rinfériorité du nombre, eu prit trois, et força les autres à fuir ou à se jeter à la côte. Cette action déconcerta tçllemant Waôrnard, qu'il envoya déclarer le soir môme qu'il était prêt à rendre les terres usurpées, ce qui fut exécuté.

Cette affaire réglée. M. de Cuzac attendit quelques jQurs la flotte espagnole ; puis, se persuadant qu'elle avait passé outre sans attaquer SainfrCbristophe, il permit aux cinq navires qui l'accompagnaient Ae courir le bon bord, et lui-môme alla attendre

les galions à rembouchure du golfe du Mexique.

A peine était-il parti, que don Frédéric de Tolède parut avec une escadre de cinquante navires, et vint jeter l'ancre devant la forteresse de la Basse Terrcj commandée par M. de Rossey.

Nous avons déjà dit'un mot de ce gentilhomme, dont la vie entière n'avait été qu'une suite d'inconséquences et de contrastes. On citait de lui des actions d'une témérité fabuleuse et des lâchetés dont un soldat du guet eût rougi. Envoyé par d'Énambuc pour chercher en France du secours, il avait vendu son navire, et était parti avec le commandant de Razily pour les mers d'Irlande, tandis que ses compagnons mouraient de faim en attendant son retour; puis, comme s'il eût voulu racheter cette faute, il était revenu à Saint-Christophe pendant les plus mauvais jours de la colonie, et s'y était montré plein de patience, de dévoùment et de résolution.

Malheureusement, l'arrivée des Espagpols le surprit dans un de ses moments de couardise. Bien que d'Énambuc et Waërnard lui eussent envoyé neuf cents hommes, il laissa les ennemis débarquer et se

retrancher à quelques pas du fort, sans essayer la moindre résistance. Ce fut alors qu'un neveu du capitaine d'Énambuc, M. du Parquet, honteux de cette inaction, s'élança, suivi de quelques hommes, dans les retranchements ennemis, tua le commandant espagnol, une dizaine de soldats, et tomba sur leius cadavres percé de dix-huit coups. Cette moxt héroïque, qui eût dû servir d'exemple à de Rossey, lui fit perdre la tète; il s'élança vers la chaloupe en jetanl le cri de saiiA)e qui peut/ et s'embarqua pour la Capsterre *, oubliant même d'emporter le drapeau qu'il avait été chargé de défendre.

D'Énambuc essaya d'abord de rassurer les fuyards, puis de les décider à la résistance; mais de Rossey assembla les principaux habitants, et ce conseil de peureux, présidé par un lâche, décida que l'oû quitterait Saint-Christophe sur les navires qui se trouveraient à la rade. D'Énambuc, que l'on menaça

i. Capsterre signifie capw terra. C'est le nom donné à la partie de nie faisant face au vent, qui, comme on le sait, soufl^ presque constamment de Torient à Toccident. Le côté opposée' appelé basse terre.

d'égorger s'il s'y opposait, dut s'embarquer avec les autres; mais ils ne purent gagner Antigoa, où ils voulaient aller, et furent obligés de se disperser sur les îles de Saint-Martin, l'Anguille, Saint-Bârthélemy et Montserrat. De Rossey, croyant alors tout espoir perdu, résolut de clore par une trahison cette série de lâchetés; il gagna le capitaine du navire sur lequel il se trouvait, et partit avec lui pour la France, où il fut arrêté, dès son arrivée, et conduit à la Bastille par ordre du cardinal.

Vers ce temps, un des vaisseaux de M. de Cuza-: étant revenu à Saint-Christophe, le capitaine Girou. qui le commandait, apprit, à son grand étonnemenL tout ce qui s'était passé. Après la fuite des Français, don Frédéric de Tolède avait sommé la colonie anglaise d'évacuer Fîle, ce à quoi elle s'était soumist Une partie des habitants avait été expédiée pot l'Europe, et les autres s'étaient engagés à s'embaiquer un peu plus tard. Mais une fois la flotte espagnole partie, ils avaient oublié leur promesse, et, sf voyant seuls dans Saint-Christophe, ils s'étaient ih

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Didés à y demeurer. Ils déclarèrent même au capitaine Girou que Vile entière leur appartenait désœ-^ mais, et l'avertirent de quitter la rade s'il ne voulait être traité en ennemi. Le Français irrité leur répondit qu'il acceptait la guerre, et, commençant aussitôt l'attaque, il leur prit deux navires qui étaient à l'ancre près du fort. Il fit ensuite passer sur ces navires une partie de son équipage, se ndt à la recherche du capitaine d'Énambuc et de ses compagnons, les ramena à Saint-Christophe, et les rétablit dans leurs quartiers sans que les Anglais osassent s'y opposer.

Ce fut ainsi que la colonie, perdue par le départ précipité de M. de Cuzac et la lâcheté du commandant de Rossey, se trouva rétablie trois mois après, grâce à la persévérance de d'Énambuc et à la résolution du capitaine Girou. Nous verrons les mêmes faits se reproduire sans cesse dans celte histoire ûes colonisations françaises, où le gouvernement de la mère-patrie ne se fait sentir que dans les jours de prospérité, pour réclamer des privilèges, et où tout est abandonné aux efforts particuliers daus les jours

de danger. Aussi peut-on dire que l'individualité française n'apparaît nulle part ailleurs avec autant d'éclat. A mesure que nous avancerons, nous verrons les événements prouver jusqu'à révidenceque ce n'est point le caractère du peuple, mais la volonté de ses maîtres, qui a nui à nos établisssmenis d'outre-mer. Le Français peut coloniser comme tout autre; mais la France n'a jamais voulu de colonies avec suite et ferveur. Elle les a laissé fonder, elle les a soutenues un instant, puis elle y a renoDoé, non parce qu'elles avaient échoué, mais poar n'avoir point à les défendre. Sauf Richelieu et Colterl, ' qui avaient ^enti l'importance de ces établissements, mais qui ne purent faire ce qu'ils auraient * voulu parce qu'ils étaient seuls de leur avis, notre Iradilion gouvernementale a toujours signalé le? \ colonies comme un embarras, et nos hommes d'État | ont toujours cherché à s'en délivrer, par la raison , qu'amoindrir la France, c'était simplifier son administration î

Rentrés en possession de leurs terres, les Français de Saint-Christophe se remirent à les cultiver avec courage. Leur roucou, leur tabac et leur coton étaient achetés par les Hollandais, qui leur portaient en échange les productions d'Europe. L'aisance succéda à la misère; d'Énambuc entretenait dans la colonie renaissante l'amour du travail et l'esprit de concorde. Lui seul réglait les prix, veillait à l'exécution des marchés, et jugeait les différends. Les Anglais, qui étaient toujours plus nombreux, essayèrent bien deux ou trois fois de troubler

cette prospérité et d'empiéter sur nos quartiers; mais l'attitude résolue des colons les força toujours à rentrer dans leurs limites. La confiance du cbe[ français semblait s'être communiquée à tous les habitants. On ne les rencontrait que deux paires de pistolets accrochées à leur ceinture de cuir, le fiisil sur l'épaule, et prêts à défendre au prix de leur sang les biens acquis au prix de leurs sueuis. Le bruit de ce changement finit par se répandre en France. On apprit que les Hollandais se vantaient de faire de gros bénifices dans la nouvelle colonie, dont le tabac était le meilleur de toule l'Amérique. A cette découverte, la Compagnie des te, qui avait perdu de vue Saint-Christophe, se rappela tout à coup ses droits. Elle réclama l'exécutiofl du privilège exclusif de commerce qui lui avait étf accordé, et, afin de prouver qu'elle ne renonçait pas à la colonie, elle lui expédia une patache qui portait pour principaux secours quelques officiers ei anspessades, deux femmes, deux enfants et deuî commis M

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