Le père Dulerlre, vol. I, p
Les habitants de Saînt-Christophe ne tinrent naturellement aucun compte des réclamations qui leur étaient adressées, et continuèrent leur commerce .tant avec la Hollande qu'avec TAngleterre. Enfin, la Compagnie présenta au roi une requête dans laquelle, après avoir avoué « qu'aucun des associés ne s'était jusqu'alors donné le soin de penser à ladite colonie, elle annonçait l'intention de s'y appliquer plus sérieusement à l'avenir *, pourvu que l'on consentit à confirmer et à étendre ses privilèges. »
Cette demande fut favorablement accueillie; l'ancienne Compagnie des Iles^ munie d'une nouvelle charte, prit le nom de Compagnie des îles de rAmérique^ et se constitua d'une manière plus large et plus régulière. II fut convenu entre les associés, dont on augmenta, le nombre, qu'il y aurait désormais quatre directeurs chargés du maniement des affaires, et une assemblée annuelle de tous les in-
i. Contrat du rétablissement de la Compagnie des îles de TAmériqae, passé par devant Gabriel Guerreau et Pierre Parque, le Inndi i) téniet 1035.
téressés. Cette fois les seigneurs, encouragés par le succès obtenu à Saint-Christophe, se présentèrent en plus grand nombre pour signer le contrat d'association, au bas duquel nous voyons figurer les noms de M. de Luynes, de M. d'Aligre, du président Fouquet et de plusieurs autres.
Les privilèges accordés à la nouvelle compagnie étaient du reste importants et nombreux. Outre le commerce exclusif, le roi lui concédait à perpétuité toutes les tles « qui ne se trouvaient occupées par aucun prince chrétien depuis le dixième jusqu'au trentième degré au deçà de la ligne équinoxiale; » il lui accordait le droit de bâtir des forts, de fondre des canons, de nommer à tous les emplois, sauf à celui de gouverneur-général. Il permettait aux gentilshommes de prendre part à ses opérations sans perdre rien de leur noblesse, et déclarait que tout artisan qui aurait séjourné six années consécutives dans les nouvelles colonies, serait réputé maître de chef-d'œuvre à son retour. k ces conditions, la compagnie s'engageait, de son
i.\ à faire passer, pendant les vingt premières
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années, dans les lies, au moins quatre mille Français catholiques, et à y entretenir des prêtres pour Tédification des habitants et la conversion des sauvages.
La Compagnie des iles de l'Amérique venait de se constituer lorsque arriva en France M. de l'Olive, lieutenant du commandant d'Énambuc. 11 venait solliciter, pour son propre compte, le droit de former un établissement à la Guadeloupe, qu'il avait fait visiter avec soin par Guillaume d'Orange, l'un de ses amis. Un gentilhomme nommé Duplessis, qui se préparait à partir pour l'Amérique, se joignit à lui, et tous deux passèrent avec la compagnie un contrat qui leur permettait de s'établir à la Dominique, à la Guadeloupe ou à la Martinique, selon
leur choix. On leur accorda de plus quinze cents livres comptant, dont ils achetèrent quatre pièces de canon de Breteuil, cent mousquets, cent piques et cent corps de cuirasses qu'ils devaient partager également entre leurs gens *. Ensuite, comme l'argent leur manquait, ils s'associèrent quelques marchands de Dieppe, qui, à la condition de partager le privilège de commerce qu'ils tenaient tous deux de la compagnie, se chargèrent de l'armement des navires et de l'achat des vivres; mais ils en embarquèrent le moins possible et de si mauvaise qualité, que la disette se lit sentir dès les premiers jours du voyage.
La discorde d'ailleurs s'était déjà mise entre le3 deux chefs; non par la faute de M. Duplessis, qui était instruit, bienveillant et doué de cette fermeté douce qui dirige sans se faire sentir, mais par celle de son compagnon, dont le caractère commença dès lors à devenir un obstacle pour toute sage mesure,