‹ La valise noireChapitre 45 sur 52 · Contrat du U mai · texte numérisé non relu

Contrat du U mai

3. M. Houël avait la Désirade, Maric-Galande et les Saintes ; M. du Parquet, Sainte- Alousie, la Grenade et les Grenadiens; M. de Poinry* S-dnt-M.nrtin. S.iint-Rnrlhr:|r;ny, Saintc-CroiK.

2t6 AU BOUT DU MONDE

Christophe. M. du Parquet, de son côté, profitant du désastre des Anglais, que les Caraïbes avaient tous égorgés à Sainte-Âlousie, forma un établissement dans cette île, qui n'a pas moins de vingt-huit lieues carrées. 11 acheta ensuite des sauvages, pour des serpes, de la rasade et deux barriques d'eau-de-vie, la propriété de la Grenade, où il distribua des terres à deux cents colons tirés de la Martinique. Mais les vendeurs, comme on pouvait le prévoir, ne lardèrent point à se repentir de ce marché, et ils attaquèrent les Français à Timproviste dans leurs nouvelles habitations. Repoussés par ceux-ci, ils se réfugièrent d'abord dans les bois, puis sur un morne où ils avaient construit une sorte de fort qu'ils croyaient inaccessible. Les colons découvrirent pourtant le sentier qui y conduisait et les y poursuivirent. Les Caraïbes, voyant alors la défense impossible, coururent tous vers la partie du rocher qui dominait la mer, et chacun d'eux, prenant sa femme et ses enfants dans ses bras, s'élança dans l'abîme en fermant les yeux.

Pendant ce temps, M. Houél faisait occuper égale-

ment les Saintes etMarie-Galande; de sorte qa'en 1653, la France possédait dans la mer des Antilles Deuf îles, sans parler de la Tortue et de la côte occidentale de Saint-Domingue.

Malheureusement cescolonisatioDs réveillèrent le mécontentement des Caraïbes, aigris d'ailleurs par les nègres marrons gui les avaient rejoints en grand nombre et par les conseils d'un métis qu'ils avaient pris pour chef. Ce métis était ûls d'une femme caraïbe et du général Waérnard, ancien gouverneur de Saint-Christophe pour les Anglais. Élevé dans la maison de son père» il tomba, après la mort de celui-ci, sous la tyrannie d'une, belle-mère qui le força à travailler les fers aux pieds avec ses esclaves. Waëmard supporta quelque temps son sort avec pa

tience. C'était un jeune homme, grand et bien fait, comme tous les sauvages des Antilles ; mais ses longs cheveux bouclés, son front large, son œil ouvert et pensif, annonçaient en lui le mélange d'une race plus intelligente. 11 excellait à tous les exercices, parlait également bien l'anglais, le français ouïe caraïbe, et était doué d'une merveilleuse éloquence. Poussé à bout par les mauvais traitements, il s'enfuit de Saint-Christophe à la Dominique, où les sauvages le choisirent pour leur chef. MilordWillougby, qui commandait les colonies anglaises, sentit le parti qu'il pourrait tirer d'un pareil allié, et réussit à le gagner par des présents. 11 l'envoya même à la cour d'ÂngleterrOi où notre Âlcibiade caraïbe se montra en équipage de gentilhomme, sans paraître embarrassé de son pourpoint de velours, de son chapeau à plumes ni de sou épée ; mais, de retour à la Dominique avec une commission de gouverneur, il y reprit son habit de roucou, assembla les sauvages selon les InstructioîDiB qu'il avait reçues, et, dans un mnemà général, il fit décider la guerre contre les Fnuofais.

n aida d'abord à reprendre Sainte-Alousie, que les Anglais vinrent attaquer sans avertissement et en pleine paix, sous prétexte que cette île leur avait autrefois appartenu, mais en réalité parce que la Barbade, qui était voisine, avait besoin d'une tene où elle pût écouler le trop-plein de sa population. Cette expédition fut suivie de plusieurs autres dans lesquelles Waëmard conduisit les Caraïbes avec autant d'audace que de bonheur. Les îles de Marie- Galande, de la Grenade et de Saint-Martin, furent principalement visitées par ces terribles ennemis qui arrivaient le soir en rampant dans l'herbe sans qu'on les aperçût, mettaient le feu aux cases et se retiraient au point du jour, laissant une rangée de pieux surmontés de tôtes devant les ruines noircies. Ils surprirent même la Martinique, au nombre de deux mille, te vinrent assiéger M. du Parquet dans son habitation. Celui-ci, qui n'avait près de lui qu'une douzaine d'hommes, se défendit avec une merveilleuse hitrépidité. La goutte, dont il était tourmenté depuis plusieurs mois, Tempéchant de marcher, il ^ fit porter près d'une des fenêtres d*où

il pouvait surveiller Tassaut, et où on le voyait sur son fauteuil de chêne, ayant à ses pieds les six dogues qui lui servaient habituellement de gardes, charger lui-même ses armes tout en donnant ses ordres, et répondre aux cris des sauvages par des coups toujours sûrs. Mais les munitions finirent par lui manquer, et il n'avait plus d'espoir que dans les secours des colons, lorsqu'on vint lui apprendre que les nègres marrons, roucoués à la manière des Caraïbes pour ne pas être reconnus, s'étaient dispersés dans les étages, et que les habitants épouvantés s'enfuyaient de tous côtés dans les bois sans écouter la voix de leurs ofllciers. C'en était donc fait du gouverneur et de la colonie, si quatre grands navires hollandais armés en guerre n'étaient arrivés à la rade dans ce moment. En apercevant les habitations en feu et les Caraïbes qui parcouraient le rivage le bouton à la main, les capitaines comprirent ce qui se passait et se hâtèrent de débarquer leurs équipages, qui forcèrent les sauvages à se retirer.

Ces attaques, suscitées par les Aûglais, étaient du reste moins dangereuses encore que les dissensions survenues entre les nouveaux propriétaires des Antilles. Les efforts de M. Houêl pour dépouiller ses neveux des droits qu'ils avaient sur une partie de la Quadeloupe, la mort de M. du Parquet, qui livra le gouvernement de la Martinique à une femme» et rinflexible orgueil de H. de Poincy, qui résistait aux volontés de Tordre de Malte comme il avait résisté à celles du roi, y entretenaient un état continuel d'irritation et de trouble. Enfin Colbert, qui comprenait

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rimportance du commerce pour une grande nation, et qui le savait aussi impossible sans une marine, qu'une marine sans établissements lointainsi songea à constituer une nouvelle compagnie qui possédât des ressources suffisantes pour travailler à Tagran-* dissement de ces colonies fondées par le seul cou-* rage des particuliers. L'association qui venait de se former par les soins de M. de La Barre^pour un nouvel essai d'établissement à Gayenne, fut la base de cette Compagnie des Indes-Occidentales à laquelle le roi concéda, outre la terre ferme d'Amérique, depuis le pôle nord jusqu'à la Floride, etdel'Orénoqueau fleuve des Amazones, toute la côte d'Afrique, i partir du cap Vert jusqu'au cap de Bonne* Espérance. Quant aux Antilles, la compagnie devait en acquérir la propriété, moyennant un prix fixé par des arbitres.

L'édit royal qui constitue cette association est d'autant plus important à consulter pour Thlstoire de notre commerce et de nos colonies, qu'on y trouve tout le système de Colbert clairement exposé en quelques mots. Ce système, il faut l'avouer, est fort

en arrière de la philosophie économique proclamée de nos jours par Smitb et ses disciples. Il a pour unique base Vintérêt national^ traité dans ces derniers temps de principe honteux et rétréci, comme s'il n'y avait pas pour la nations, de même que pour les individus, un égoïsme nécessaire qui n'est que le sentiment de leur conservation! Colbert y établit * que les particuliers qui avaient jusqu'alors possédé les colonies françaises, n'ayant point été assez riches pour entretenir le nombre de navires nécessaire au transport des marchandises, avaient laissé faire ce transport par les étrangers, ce qui était aussi préja* diciable aux sujets du roi, qui perdaient ainsi les occasions de s'enrichir, qu'au roi lui-môme, dont la marine ne pouvait s'agrandir ni se fortifier. La Compagnie des Indes-Occidentales était fondée pour obvier à ces inconvénients, et afin qu'elle pût suffire à ce que l'on espérait d'elle, des privilèges et des secours extraordinaires lui avaient été accordés. Ainsi l'édit déclarait que tout Français intéressé à

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