‹ La vallée aux loupsChapitre 13 sur 34 · H. DE LATOUCHE XXVII · texte numérisé non relu

H. DE LATOUCHE XXVII

hommes dont j'estimerai toujours le talent et le carao tèrc; mais pourrez- vous m'empêoher de regretter que la vanité gâte tout cela ? Ils sont vaniteux comme s'ils étaient médiocres ! J'ai bien le droit d'être maussade dans ma conscience, et plus misanthrope que jamais dans les derniers jours de ma vie... Vousmême, oi je reviens à vous adorer, soyez bien sûr que c'est nialgré moi, et parce que vos qualités surpassent vos défauts. Adieu ; je vous aime, et les bouleaux sont verts : voilà les nouvelles du village. »

On a pu voir par ces courts échantillons combien il y avait^ d'élévation, de charme et de tendresse dans les épanchements de M. de Latouche. Il avait fait avec tous ses amis ce qu'il avait fait avec moi. Plus il leur tenait de près par l'intimité ou par le sang, plus il avait avec eux une susceptibilité incurable. Il noiis avait tous boudés pendant des séries d'années plus ou moins longues, et cependant nous étions tous revenus à lui, plus attachés, peut-être, après ses torts involontaires. Voici ce que m'écrivait, dans les derniers temps, Duvernet, son proche parent, son ami dévoué, qui est aussi mon ami d*enfance :

a Comment assez plaindre notre pauvre de Latouche ! Lui a-t-on réellement fait cette existence empoisonnée, ou bien cherche- t-il lui-même par quelles tortures il éprouvera son esprit? C'est un problème,.

XXVIII H. DE LATOUCHB

mais c'est aussi une souffrance ; plaignons-le, aimonsle, car cette souffrance révèle une exquise délicatesse et une âme tendre à Texcès. »

Je rapporte ce rapide jugement, parce que les meilleures appréciations sojjit celles qui partent du cœur dans Tintimité. Il n'y a pas de plus tendre éloge à faire d'un homme que de reconnaître qu'il est digne qu'on lui pardonne tout.

M. de Latoxiphe était amoureux de la forme en littérature. Pour lui, la forme avait une importance sur laquelle il ne voulait pas entendre raison plus que sur le reste.

« Vous êtes trop indulgent, mon cher camarade, m'écrivait-il une fois. Vous admirez si naïvement un tas de choses que, si je ne vous connaissais pas, je croirais que vous vous moquez. Certes, j'estime un bon cœur plus qu'un beau poëme, et un noble caractère est plus pour moi qu'un grand esprit. Mais, quand on ne sait pas faire de vers ni de prose, on n'est pas forcé d'en faire. Aimez ces gens-là, ne les encouragez pas à se tromper. Allons, votre vieux ami s'en va, mon pauvre enfant ! votre grondeur, votre éplucheur, votre censeur s'apprête au grand voyage. Vous croyez que ce n'est rien de se sentir mourir? Peut-être que les autres meurent sans y faire attention. Il y a tant de choses qui m'oppriment et qui semblent yous être

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