‹ La vallée aux loupsChapitre 26 sur 34 · OUVRAGES INÉDITS D-ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

OUVRAGES INÉDITS D-ANDRÉ CHÉNIER

Bergers, vous dont ici la chèyre vagabonde,

La brebis se traînant sons sa laine féconde.

Au front de la colline accompagnent les pas^

A la jenne Innaïs rendez, rendez, hélas t

Par Gybèle et Gérés et sa fille adorée.

Une grâce légère, une grâce sacrée.

Naguère auprès de yons elle avait son berceau.

Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.

Que vos agneaux au moins viennent près de ma cendre

Me bêler les accents de Idur voix douce et tendre,

Et paître au pied d'un roc où, d'un son enchanteur,

La flûte parlera sous les doigts du pasteur.

Qu'au retour du printemps, dépouillant la prairie.

Des dons du yillageois ma tombe soit fleurie ;

Puis d'une brebis mère et docile à sa main

En un vase d'argile il pressera le sein,

Et sera chaque jour d'«n lait pur arrosée

La pierre, en ce ionibeau sur mes mânes posée.

Morts et vivants, il est encor poq^ nous unir

Un commerce d'amour et de doux souvenir.

A compter nos brefiis je remplace ma mère.

Dans nos riches enclos j'accompagne mon père; J'y travaille avec lui. C'est moi de qui la main. Au retour de Tété, fait résonner l'airain Pour arrêter bientôt d'une ruche troublée, Avec ses jeunes rois, la jeunesse envolée.

Une ruche nouvelle à ces peuples nouveaux Est ouverte; et l'essaim, conduit dans les rameaux Qu'un olivier voisin présente à son passage.

Pend en grappe bruyante à son amer feuillage.

Mes manss a Glttib. — Adieu, Glytie, adiea.

Est-ce-toi doDt les pas ont visité ce lieu?

Parle» est-ce toi, Glytie, oa dois-je attendre encore? Aht si tu ne riens pas seole ici^ chaque aurore, Rôrer an peu de jours où j'ai vécu pour toi.

Voir cette ombre gui t'aime et parler avec moi, O'Élysée à mon cœur la paix devient amôre, Et la terre à mes os ne sera plus légère.

Chaque fois qu'en ces lieux un air frais du matin Vient caresser ta bouche et voler sur ton sein, Pleure, pleure, c'est moi; pleure, fille adorée; C'est mon âme qui fuit sa demeure sacrée.

Et sur ta bouche encore aime à se reposer. Pleure, ouvre-lui tes bras et rends-lui son baiser.

On aura remarqué quelques vers, blâmés en passant par remploi de certain caractère typographique; ces vers renferment à notre avis le genre de défaut qui a été plus imité que les beautés du même modèle par les zélateurs de son école. Maïs puis-je m*y arrêter longtemps, et m*empêcher de sourire de ma propre critique, en retrouvant, sur une petite feuille volante et presque imperceptible, ces vers dont une bonne moitié me devient applicable au moment même?

Or, venez maintenant, graves oompilaleuri, Déployez pour mes vers vos balances critiques, Flétrissez-les du sceau des leUrei itatiquet.

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Assurez qne ma mnse est froide ou téméraire, Qae mes vers sont mauvais, qne ma rime est vulgaire; Je Tai bien fait exprès; votre chagrin m*est doux. Je serais bien fâché qu'ils fussent bons pour vous. Mon Dieu t lorsqu'imitant ce bon roi de Phrygie, Vous jugez ou le drame, ou Fode, ou l'élégie. Faut-il que nul démon, ami du genre humain, Jamais à votre front ne porte votre main !

Vous sauriez une fois combien les doctes veilles Sar votre tète auguste allongent les oreilles.

Encore deux courtes citations des fragments inconnus. Nous avons résolu d*épuiser en une fois tout ce qui nous en reste, et de tenir à ces trésors de poésie les mains aussi ouvertes (^ue le Normand Fontenelle les tenait serrées aux vérités qui, de son temps, étaient encore secrètes.

Chez toi, dans cet asile où le soir me ramène , Seul, je mourais d'attendre et tû ne venais pas. Ces glaces, tant de fois belles de ta présence.

Ces coussins odorants, d'aromates remplis.

Sous tes membres divins tant de fois amollis; Ces franges en festons que tes mains ont touchées; Ces fleurs dans les cristaux par toi-même attachées; L'air du soir si suave à la fin d'un beau jour, Tout embrasait mon sang : tout mon sâng âst amour. Non, plus de jeux jamais, non, jamais plus d'ivresses N*ont chatouillé ce cœur affamé de caresses.

Mes chants savent tout peindre; .accours, viens les entendre.

Ma voix plaît, 6 Camille, elle est flexible et tendre.

Pbilomèle, les bois, les eaux^ les pampres verts.

Les muses, le printemps habitent dans mes vers.

Le baiser dans mes vers étincelle et respire.

La source au pied d'argent, qui m'arrête et respire,

Y roule en murmurant son flot léger et pur.

Souvent avec les cieux ils se parent d'azur.

Le souffle insinuant qui frémit sous l'ombrage,

Voltige dans mes vers comme dans le feuillage.

Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs ;

Soit les fleurs dont l'été ranime les couleurs.

Soit celles que seize ans, été plus doux encore.

Sur ta joue innocente ont l'art de faire éclore.

Si, après les douces émotions d'une telle poésie, nous pouvions revenir aux résultats positifs de notre littérature légale, nous essayerions, en peu de mots, d'en compléter Thistoire. Il serait injuste de ne pas rappeler les derniers efforts qui ont été tentés pour obtenir une loi moins choquante et moins vandale. C'est à M. le vicomte de Larochefoucauld qu'on doit, vers la fin du règne de Louis XVIII, la pensée de réunir une nombreuse commission d'hommes dé lettres et d'hommes d'État, pour discuter à la fois l'intérêt privé des auteurs et l'intérêt qu'a toujours le public dans une facile propagation des lumières. Mais, dans le projet de loi arrêté par cette commission, pourquoi hésiter à le dire ? le principe de

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réquité absolue fut violé. On n'y reconnut point comme propriété semblable aux autres et respectable comme elles, le plus sacré, le plus personnel des biens de Thomme, celui qu'il désire assurer à ceux qui lui doivent le jour, comme étant plus à lui que la vie qu'il leur a donnée.

La commission sacrifia les droits positifs des individus aux droits fictifs de Végoïsme public. Pour être populaire, on se fit injuste ; pour épargner à qui profite des sciences Qt des arts une certaine dépense d'argent, on immola une fois encore à la société la fortune de ceux qui l'éclairent ou la charment. Avaiton oublié que les confiscations sont abolies dans nos codes ? L'unique progrès moral, attesté par ce congrès de puissances philosophiques, réuni pour mo/lifier la traite des auteurs, fut une certaine extension du privilège de posséder son bien. On élargit, il est vrai, de trente ans les bornes d'une injustice ; mais il n'en resta pas moins établi, par un acte de plus, que, si vous descendez de quelque maltôtier, vous pouvez jouir avec sécurité d'une fortune originairement honteuse, et que, si vous avez le malheur d'être le fils d'un grand homme, l'hôpital et la mendicité vous attendent.

Deux choses sont singulières : la première, que, dans un pays où certaines familles conservent à travers les siècles leurs titres de noblesse, on ne laisse

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pas aux héritiers du talent des droits qui ne sont ni onéreux ni ridicules ; et la seconde, c'est qu'on n*ait pas voulu résoudre ce problème de l'intérêt public (alors que la postérité d'un auteur est éteinte), en faisant entrer dans un fonds littéraire, administré publiquement, les rétributions perpétuelles de l'exploitation des œuvres. Avec ce fonds, encouragez les arts par des récompenses particulières ou des monuments publics ; mais rendez d'abord à Corneille ce qui appartient à Corneille. Et qui sait si un jour le rival que l'avenir lui réserve, venu pauvre au monde, comme après lui il laissera les siens, ne consentira pas à accepter une fois le secours que lui tçndra son maître du fond de la tombe. Tel écrivain ferme la main à vos pensions ministérielles, qui ne rougirait peutr-être pas de recevoir le denier du poëte sur les droits de Britannicus ou des Horaces,

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