‹ La vallée aux loupsChapitre 31 sur 34 · CLARY · texte numérisé non relu

CLARY

La rosée tombait doucement, et les vents, se glissant parmi les fleurs, remuaient à peine le duvet du chardon. L*hirondelle bigarrée ne rasait plus Tétang, les étoiles brillaient au-dessus de la montagne. J'allai dans le bosquet vert d'aubépine trouver Taimable fille du meunier de Preston.

Ses pieds nus, qui foulaient le gazon, ressemblaient à deux lis ornés de perles de la rosée. Son front éclatait sous ses beaux cheveux noirs, qui retombaient sur ses épaules. La fraîcheur de la jeunesse répandait une riche teinte sur ses joues. Ses lèvres ressemblaient à un rayon de miel ; le ciel même était dans ses yeux.

« Voulez-vous m'accompagner?... lui dis-je. Six montagnes sont couvertes de mes moutons laineux ; six vallons retentissent du beuglement de mes génisses. Sur plus d'une colline, et au sein des chaumières de Nithsdale, j'ai longtemps cherché une épouse belle et aimable. »

A CCS mots, comme une rose avant le lever du soleil, je vis se pencher la tête de la jeune fille.

Je continuai : « Ne baissez pas les yeux ; embrassonsnous et suivez-moi. » Elle tourna vers moi les regards les plus touchants que j'eusse jamais contemplés, et des larmes coulèrent de ses yeux. « J'ai un amant qui est loin d'ici, dit-elle; ah! qu'il était digne d'être aimé ! mon cœur est déj^ plein d'amour.

» — Et quel homme a pu quitter une pareille amante pour chercher une épouse en des pays lointains? » Ses larmes coulaient comme la rosée en été. J'aurais voulu sécher ses yeux par mes baisers : je n'en pris qu'un sur sa belle joue. « Par pitié, laissez-moi, ditelle ; mon cœur est plein d'un autre amour. »

Elle tendit vers le ciel ses deux blanches mains ;

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elle leva ses yeux humides. « Tant que mon cœur reconnaîtra la présence de Dieu ; tant que Taspect de la lumière réjouira mes yeux : tant que les forêts seront vertes et les ruisseaux limpides; jusqu'à ce que la dernière goutte de mon sang s'arrête, mon cœur ne' s'ouvrira point à un autre amour. »

Il y a des filles charmantes sur les bords sauvages du Dee ; la vallée de Nith en est remplie ; elles abondent, comme les fleurs, près des rives solitaires du Clouden ; des astres plus brillants n'ont jamais lui, peut-être, sur les montagnes et les vallées d'Ecosse ; mais je connais un astre qui éclipse tous les autres, et c'est Clary, c'est l'aimable flUe du meunier de Preston.

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