‹ La vallée aux loupsChapitre 6 sur 34 · XVI H. DE LATOUCHE · texte numérisé non relu

XVI H. DE LATOUCHE

bien, s'il vous avait seulement écrit pour vous donner contre-ordre, et qu'un hasard eût retardé sa lettre, il était charmé de vous voir arriver malgré lui à rheure dite. Il se préoccupait d'abord de n'avoir ni des œufs assez frais, ni des fruits assez beaux pour vous faire déjeuner. Mais on courait avec lui au poulailler et au jardin du voisin, il mettait le couvert luimême, il vous grondait quand vous dérangiez sa symétrie, il riait; puis on se mettait à table ; il causait, on se promenait ensuite, il causait encore, il causait jusqu'à la nuit, et il avait autant de peine à vous laisser partir qu'on en avait à le quitter.

Un soir, M. de Latouche vint me voir ; il fut aimable M riant comme dans ses meilleurs jours; il me dit adieu avec l'amitié accoutumée, et il ne revint plus, et je ne le revis que dix ans après. Il me fit dire qu'il me haïssait, qu'il ne voulait plus entendre parler de moi. Mes questions furent vaines. Je lui dédiai le roman que j'étais en train d'écrire, croyant lui donner par là une preuve de fidèle gratitude quand même. Il prit cela pour une injure, et prétendit que je lui lançais la flèche du Parthe. — Je m'affectai beaucoup de cette bizarrerie cruelle; mais, craignant d'avoir à traverser, pour arriver à son cœur, des influences inconnues, des mensonges, de ces choses petites qu'on n'aborde qu'en se faisant petit soi-même ; ne comprenant pas la légèreté de ses griefs et en suppo-

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