XX H. DE LATOUCHE
plus subir ce qu'on subit plus ou moins facilement autour de nous. Et ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'ayant seulement conscience de notre mal physique, nous sommes effrayés de la sinistre clairvoyance que notre esprit acquiert dans la maladie, sans nous rendre, compte que c'est l'affaissement des forces animales qui nous ôte le contre-poids d'une égale clairvoyance pour le bien.
Les misanthropes, les hypocondriaques (c'est la même chose) sont donc bien à plaindre, et surtout bien à respecter, lorsque, comme celui dont je parle, leur désespérance a pour point de départ l'amour du bien, du beau, du vrai.
« Il est bon, m'écrivait M. de Latouche en août 1845, que je prenne congé du cercle humain où nous vivons ; car une foule de choses me blessent sans remède, et, sans parler de la politique que souffrent les héritiers de 92, et de la condition du pauvre au milieu de l'égoïsme pubHc, je comprends peu les excès où tombe la littérature. Il faut échouer dans la moderne arène, ou écrire pour les consommateurs d'émotions triviales, l'amusement des épiciers, les besoins de Tarrière-boutique. Je m'arrête, car je me sens hypocondriaque et misanthrope, à voir que toutes les dignités de la France sont bien en péril à répoque où nous sommes gouvernés. »