CHAPITRE V MATÉRIAUX
Avec ce chapitre, nous entrons dans le domaine des applications économiques. Toutefois, nous n’établirons pas de prix de revient, nous contentant de déclarer à l’occasion si tels ou tels matériaux, tel ou tel mode d’exploitation ou de culture nous paraît économique,
L'habitation est une nécessité pour l’homme. Il choisit d’abord pour édifier sa demeure les matériaux durs que la nature met à sa disposition. Il les jointoie avec du sable et de l’argile. Devenant plus industrieux, il fait cuire cette dernière, il cuit aussi le calcaire pour avoir la chaux. Enfin, l’industrie se développant il utilise les matières ferrugineuses pour en extraire le métal et des produits de protection (peinture). C’est dans cet ordre que nous étudierons les matériaux que nous fournit la vallée de Beaulche et en même temps les rares industries qui en dérivent.
Il est à noter que l’importance de l’industrie extractive a été en raison inverse de la facilité de transport, que souvent l’adoption de certains types rend tellement aisée la tâche de l’architecte qu’il renonce à l’adaptation des matériaux du pays. On se rendra Compte nettement de ce fait en constatant la différence de provenance des matériaux pour un petit édifice communal reconstruit à Perrigny à 50 ans d'intervalle :
1851 1902 Sables pour joints, Alluvions del’Yonne Alluvions de la Cure chapes et enduits. à Auxerre. ou dela Loire.
Ciment.. . . -:.. Carrières de Perrigny Frangey, Moutot (calc. à spatangues?). ou Vassy (50 km.) Chaux hydraulique. Fouronnes (Yonne). Le Teil (Ardèche).
Pierre detailledure. Chevroches Coutarnoux et Masprès Clamecy. sangis (Tonnerrois).
Briques th ut /. Perrigny (aptien). Cassoir, 4 km. (aptien). I. PIERRES DE TAILLE. — Aucun étage n’en fournissant
dans la vallée de Beaulche, on importe la pierre dure de la grande oolithe au Sud du département. Sa densité est de
2,6 et sa résistance à l’écrasement de 300 à 400 kilogrammes par centimètre carré.
En élévation, on appareille de plus en plus la pierre tendre de Molesmes (rauracien) dont la densité est de 2,3 et la résistance de 200 kilogrammes seulement.
La craie marneuse de Pourrain est à peu près abandonnée.
II. MoELLONs. — La lumachelle du kiméridgien est irré- gulière comme dureté et couleur. Lorsqu'elle est très compacte, on l’emploie même en fondation et l’on se dispense de l’enduire en élévation (Pesteau). Sa couleur varie du blanc au rose et au gris-bleu. Elle est en général plus blanche que la lumachelle néocomienne.
La partie extérieure est parfois oxydée et prend une teinte rouille, alors que le milieu reste bleuâtre; phénomèné commun à tous les calcaires bleus, comme celui du Fontanil (Isère).
Certaines couches du calcaire marneux et de la lumachelle du kiméridgien sont assez dures pour donner du pavé calcaire.
Le calcaire portlandien offre également une dureté variable. Le plus souvent, il se délite à la gelée et n’offre qu’une dureté de 2,5. Mais il s’y rencontre des noyaux de corrosion résistants.
Sa densité moyenne est de 2,53 d’après la détermination de M. David. Il se présente en bancs de 0 m. 20 à 0 m. 30 d'épaisseur, séparés par de minces lits de marne. Aussi estil facile à exploiter à flanc de coteau. Il constitue le moellon le plus économique, mais nécessite un enduit. Les carrières les plus importantes sont à Escamps.
Le calcaire portlandien donne des routes très douces au roulement, mais poussiéreuses. Sous la pluie, la surface passe à l’état de bouillie tachante et glissante, dangereuse pour les cyclistes à cause du dérapage. Lors du dégel, roues et chaussures détachent du blocage solide la partie dégelée gluante. Il n’est donc pas à employer si l’on peut se procurer d’autres matériaux.
Le calcaire à spatangues ne donne guère que du blocage pour les routes. On en ramasse dans les champs. Sur Diges, entre les Courris et Riot, il fournit du moellon à bâtir.
La meilleure pierre de la vallée est la lumachelle du crétacé inférieur. Généralement de couleur gris-bleu, parfois
grisâtre par oxydation et même rougeâtre par peroxydation (les Bougets), elle est constituée par un agglomérat de coquilles brisées, tandis que la lumachelle du kiméridgien renferme le plus souvent intactes, les petites huîtres virgule. Sa densité est élevée : 2,7 (M. David). Elle exhale une odeur bitumeuse par percussion.
L'exploitation de la lumachelle a lieu sur tout l’affleurement des argiles ostréennes. On fouille le terrain jusqu’à 2 ou 3 mètres, on extrait les dalles et rejette en arrière l’argile bleue qu'on peut reniveler.
Mais, comme la culture en est difficile et peu rémunératrice, on néglige parfois cette dernière opération, d’où nombre de friches semées de trous et de bosses sur cet affleurement.
On estime qu’il faut remuer 4 ou 5 mètres cubes de terre pour obtenir un mètre de moellon. Les plus importantes exploitations ont lieu actuellement à la Tête-Noire (Perrigny)
Fig. 29. — CARRIÈRE POUR L'EXPLOITATION DE LA LUMACHELLE A PERRIGNY (TÊTE-NOIRE).
pour le blocage de la route du Petit-Bois (Fig.29). En voici une coupe :
1 m. 30 terre végétale sur sable graveleux ;
0 m. 40 argile avec rognons calcaires ;
0 m. ® filet de sable argileux rouge vif;
3 mn. argile noire avec 4 bancs de lumachelle ; marnes à grandes huîtres.
D'après Raoul, il y auraiten général sept bancs de lumachelle: l’inférieur à surface irrégulière serait connu sous le nom de banc bossu.
Effectuées uniquement avec pince, pic et pelle, ces exploitations sont lentes. L’eau gêne fréquemment.
A Monéteau, on trouve cette assise dans l'Yonne, d’où le nom de pierre de rivière, d’après Bouvier (1).
Certaines dalles pouvant atteindre un mètre carré, on les a exploitées comme marbre. Varennes de Béost (2) l'appelle lumachello-agathe et le compare comme dessin aux tabatières travaillées avec les racines de certains arbres. Le marbre de Saint-Georges a servi à faire des montants de cheminées. Il était connu sous le nom de lumachelle d'Auxerre.
Le Touzet de Longuemar (3) lui assigne le rôle de dalle : « Si on en mélangeait les carreaux avec des carreaux blancs pris dans les calcaires kiméridiens, on obtiendrait un carrelage d’un effet agréable à l’œil. »
Une des raisons qui a fait cesser son utilisation comme marbre est l’irrégularité et l'importance de la zone d’oxydation donnant au marbre une couleur gris-jaunâtre sale.
La cassure des lumachelles est conchoïdale et à arêtes vives. Excellentes comme moellon piqué, elles ont moins de valeur en élévation parce qu’elles ne prennent pas l’enduit.
Leur dureté les rend précieuses pour les routes. Cette pierre bleue est très recherchée. On l’accuse de devenir boueuse. Effectivement, elle renferme de l'argile. Mais ne faut-il pas accuser plutôt les sous-sols imperméables sur lesquels on l’applique ?
Nous donnerons pour en terminer un parallèle entre les deux lumachelles si souvent confondues :