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LA VALLÉE DE BEAULCHE Sous-sol argileux; Arène grasse enrobée de calcaire; Arène maigre; Marne kiméridienne.

Pour rencontrer des graviers alluviaux lavés, on est obligé de descendre la vallée jusqu’au point où elle traverse les alluvions anciennes de l'Yonne, de la Barcelle à Sommeville, On l'extrait en de nombreux points de la rive gauche qu’on replante ensuite en robinier (acacia).

Dans le ru de Varennes on exploitait autrefois la grève des Baudons. On préfère aujourd’hui importer les sables de rivière des vallées de l’Yonne et même de la Loire.

Les sables terreux ne manquent pas. Le barrémien bigarré est peu exploité, car trop gras. On recherche, par contre, les

Fig. 30. SABLIÈRE DE CHASSEIGNE,

Sables blancs barrémiens avec intercalation de minces lits d'argile,

érosion et indice d’effondrement vers l’intérieur de la colline (à droite).

: poches de sable blanc et fin à proximité des villages de Chasseigne (fig. 30), Chevannes, Orgy, Villefargeau et Saint- Georges, sur une épaisseur pouvant atteindre 4 mètres. A Saint-Georges, le sable avait assez de stabilité pour être exploité souterrainement. Le puits avait 4 mètres et les galeries ou chambres 1 m. 50 à 2 mètres de hauteur. L'exploitation du sablon étant faite par des indigents qui gênaient le fer- ‘nier, Ce dernier inonda le puits par les eaux du fossé de la route. Mais le sable buvait l’eau au profit des puits d’alimen-

tation du village ! On cessa d’exploiter vers 1880. Tout s’est

tassé peu à peu.

Les sables barrémiens arrivent à un degré de finesse que n’atteint aucun autre sable de la région, aussi les utilise-t-on comme matière abrasive (sablon).

M. Campenon. ingénieur chimiste à Paris, a analysé en 1909 du sable prélevé dans la fouille d’un puits de M. Chouard fils, près le bureau de poste et les anciennes extractions. Nous en donnerons l’analyse plus loin.

Signalons de suite que leur finesse même et la présence des veinules argileuses ne rend pas les sables barrémiens assez poreux pour les gaz de la fonte. Peut-être pourrait-on les réserver pour les pièces de bronze.

Nous donnons dans le tableau ci-dessous les proportions convenables pour la fonte de fer d’après Guettier (1) et les graphiques qu’a bien voulu nous communiquer M. Vigoureux, fabricant d'appareils de fonderie

Analyses Campenon (St-Georges) Type Types Vigoureux Barrémien Albien

Pour cent : Guettier acier bronze fonte Exploité pour Couc.e fonderie inférieure SITICO TERRE 90 90 85 87.5 93°2 92.35 de Alumine =... 6 62588 10 1:53 0.35 0.78 Oxyde de fer. BE I ET 19 2.67 4.12 3

0 2 Chaux ee 0 AO Magnésie. . . » » » »

.25 traces traces

La pauvreté en alumine tient peut-être à ce que nous avions recherché des échantillons de sable maigre. Il est d’ailleurs facile d'ajouter de l’argile.

Les sables albiens de Saint-Georges sont exploités (fig. 31) pour les fonderies d'Auxerre. Nous tenons de l’obligeance du directeur de la fonderie des usines Guillet les formules de ses mélanges

Pour les parties apparentes qui doivent avoir une surface lisse : une partie de sable vert albien de l'Aube ou d'Héry (on en trouverait à Charbuy) et huit parties en volume de sable usagé noir.

Pour les noyaux des moules qui doivent laisser les creux dans la pièce de fonte, il faut un sable plus poreux qui dégage mieux ses gaz. On emploie alors seulement sept parties de sable vieux qu’on amaigrit par une partie de sable albien

(1) La Fonderie, 1884, tome IY, l

LA VALLÉE DE BEAULCHE 93 jaune de Saint-Georges et une partie de crottin de cheval demi-sec.

Avant le moulage, on saupoudre les surfaces par du sablon blanc barrémien de Sougères près Monéteau.

La différenciation établie par Raulin dans les sables albiens du thureau de Saint-Georges (voir stratigraphie) ne

Fig. 31. — SABLIÈRE DE SAINT-GEORGES.

Mollasse ferrugineuse de l’albien exploitée pour les fonderies d'Auxerre.

nous à pas paru aussi nette dans les grandes sablières actuellement ouvertes. Quelques filets argileux seulement se poursuivent irrégulièrement dans la masse de couleur rouille clair formant une molasse qui se maintient en tranchées verticales. :

Un peu au-dessous se trouve la couche à rognons gréseux, puis, plus bas, les sables verdissent et s’écoulent vers Saint- Georges sur l’aptien, en mélangeant les grains chloriteux à des quartz roulés dont certains atteignent les dimensions d’une dragée.

À l'Ouest, le sable devient plus argileux. Il est exploité en de nombreux trous sur la rive gauche, de Diges à Charbuy.

S'il n’existe plus de verrerie dans la région, M. Rouger nous a dit avoir rencontré des scories de verre entre Beaulche et Montifault. Il existe, à Diges, un hameau de la Verrerie (le plus élevé de la région : 320 mètres). Peut-être utilisait-on les sablons barrémiens ou les sables décolorés situés sous l’ocre.

IV. ARGILES. — L’abondance des hameaux portant le nom de « la Tuilerie » est une des caractéristiques de la zone du crétacé inférieur dans le bassin de Paris. La vallée de Beaulche ne comporte plus que trois tuileries actives, toutes à vapeur : Cassoir, Escamps, Volvent.

Le kiméridgien et a fortiori le portlandien sont trop calcaires pour fournir des argiles réfractaires. Raulin attribue à la décalcification du calcaire à spatangues les petits lambeaux d'argile qui alimentaient les tuileries du plateau de Migé. Elles fournissaient des produits un peu gélifs. Les argiles ostréennes elles-mêmes sont délaissées à cause de leur teneur en matières organiques, sulfure et calcaire. Le barrémien est trop sableux pour être employé seul.

L’étage de prédilection des tuileries est l’aptien qui porte les trois usines que nous avons citées. Le seul inconvénient que présentent ces argiles plastiques est de renfermer quelques nodules calcaires et du gypse (Volvent) provenant de la réaction du calcaire sur la pyrite disséminée dans l’aptien. Mais on trie ces nodules lors de l’extraction qui se fait à la main en terriers découverts. Les broyeurs mécaniques triturent et répartissent si bien ce qui reste que la présence d’un peu de chaux après cuisson ne provoque pas de trous. La machine constitue sur ce point une amélioration.

Il n'existe plus de poterie ni de faïencerie dans la région.

Au moment de la Révolution, les faïenceries d'Auxerre et de Chevannes (supprimée en 1840) s’alimentaient en partie dans la vallée de Beaulche.

La tuilerie d'Escamps sur la route de Serin exploite concurremment le sable argileux, le sable barrémien et l’argile aptienne. La silice rend la brique plus réfractaire, plus claire de couleur, mais moins lisse et moins résistante à l’écrasement. Eile donne moins de retrait à la cuisson. Voici la coupe du terrier :

Sables albiens fonmant petit plateau boisé;

Argile plastique aptienne fluente. Epaisseur 5 mètres.

Sables, ou bigarrés ou très blancs ou très ferrugineux, toujours un peu gras à la base. (

Au col de Cassoir, les sondages effectués par M. Mativet ont montré des glissements provoqués par des effondrements souterrains. Dans le détail, l'exploitation se trouve ainsi coma pes

I n’y a plus aujourd’hui de tuileries sur le gault peu re

leux, ni sur l’assise inférieure du cénomanien beaucoup trop calcaire. On en introduisait autrefois dans les briques à Diges où les déblais des marnes encombraient les ocreries.

V. MARNE ET PIERRE A CHAUX. — « Une poétique légende représente la Puisaye sous les traits d’une femme défaite et éplorée, agenouïillée au tombeau de Saint Germain, qui était gouverneur de tout le pays et l’avait souvent traversé La jeune femme stérile demande au saint évêque la fécondité :

« Fouille, lui répond l’évêque, le sol de ton champ, tu y trouveras une terre blanche; répands-la sur ta tête et sur ton sein et tu deviendras féconde (1). » Telle est la légende du marnage dans notre région.

La Puisaye doit, en effet, creuser à travers les sables et les argiles tertiaires pour trouver l’amendement crayeux. [’alternance des affleurements dans la vallée de Beaulche permet de l’extraire partout à flanc de coteau. Deux étages y fournissent la marne.

C'est d’abord le portlandien, le plus souvent gélif, comme nous l’avons dit. Il est exploité sur la rive droite, où il affleure, pour être transporté sur les terres de la rive gauche qui en ont le plus besoin.

La marnière la plus importante est celle de la Bergerie de Villefargeau (Fig. 6), au bord de la route nationale. Les matériaux sont extraits à l’automne et mis en tas où ils commencent à se déliter avant le transport.

Les localités situées plus à l'Ouest dans la zone des sables ferrugineux emploient une marne beaucoup plus friable qui n’est autre que la craie cénomanienne des buttes témoins de la Verrerie, Pourrain et Vieux-Champs.

Nous ne pouvons mieux faire, pour en donner une idée que de reproduire la description faite par le regretté Peron dans sa première publication géologique (2) :

« Sa couleur est grisâtre ou jaunâtre, variant légèrement dans les quantités d'argile et de silice qu'elle renferme, chloritée par places très irrégulièrement, presque toujours faiblement micacée, compacte, plus ou moins dure. »

« Au moment de son extraction, cette marne se présente avec des marbrures plus ou moins foncées, jaunes quand la marne est

(1) Blanché, La Puysaie agricole en 1866. Ann. de l'Yonne, 1867. (2) La Géologie du canton de Saint-Fargeau. Observations sur la craie glauconieuse, 1865.

grise, noirâires quand elle est jaune, Au bout de quelque temps de séjour à d'air sec, la marne perd l’eau qu’elle contient en assez grande quantité; elle blanchit et les marbrures disparaissent.

« Ce fait indique que ces marbrures ne sont produites que par des veines irrégulières, plus ou moins argileuses, que l'eau imbibe plus ou moins, et qui par conséquent prennent des teintes différentes...

« Certains blocs, particulièrement les jaunes, se divisent en feuillets minces, entre desquels on trouve souvent de nombreuses empreintes de fossiles aplatis dans le sens de feuillets,

« D’autres blocs, généralement plus durs, se délitent par couches concentriques AUOUE d'un noyau plus résistant.

« On peut établir qu'elles contiennent un peu plus d'argile que de carbonate de chaux. »

Mais la plus grande quantité de marne était extraite sur les plateaux de Charbuy (Fig. 5, cote 197) qui renferment,

Fig. 32. — MARNIÈRE DU PLATEAU DES BROSSES, A CHARBUY.

Des noyers occupent ces ilots d’alluvions calcaires. A quelques décamètres, les châtaigniers montrent le retour sur le substratum de sables albiens.

comme nous l'avons dit, des alluvions anciennes, sortes de terres d’arènes semblant dérivées du cénomanien. Au lieu d’être en blocs argilo-calcaires, cette marne se trouve toute délitée en sable très crayeux, sa position sur un plateau, au sommet même des terres albiennes qui en réclament, explique la faveur dont elles jouissaient. Tout propriétaire, même

éloigné de six kilomètres, tenait à posséder un bout de maruière; aussi ces îlots calcaires se distinguent-ils au cadastre de Charbuy par un morcellement inouï. Il est d’ailleurs difficile de retrouver les parcelles, puisque ce ne sont que trous et buttes !

Les plus importantes marnières sont au plateau des Brosses, près de la ferme de Courlis (Fig. 32.).

Dans de vieux titres du domaine du Petit-Bois (Perrigny), nous avons trouvé une lettre datant d’un siècle, ainsi conçue : « D’après l’analyse que j’ai faite de l’échantillon de marne [des Brosses] que vous m’avez remise, elle contient 40 0/0 de chaux à l’état de carbonate ou craie, beaucoup de substance siliceuse et une infiniment petite quantité d’argile. » Signé : Mérat-Guillot (ingénieur des Mines).

Pierre à chaux. — Ne renfermant que 2 à 6 0/0 d’insoluble, le calcaire portlandien constitue une pierre à chaux moyenne. Il n’existe plus de four dans la vallée.

Phosphäte. — Nous n’y connaissons pas non plus de gisements de phosphates. Quelques exploitations sont faites plus au Nord dans les vallées voisines à la partie supérieure de l’albien. On pourrait prospecter dans les graviers des bois de Perrigny, mais non dans l'Ouest sous les puits d’ocre. Peron a signalé que le phosphate et l’ocre semblaient s’exclure (1).

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