QUATRIÈME PARTIE
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Quelques jours s'écoulèrent; puis, un^oir, bien tard, un hooinie entrait brusquement chez de Gange. 11 était de grande taille, maigre et chauve. Le peu de cheveux qui lui restaient et son épaisse moustache commençaient à grisonneré II pouvait avoir cinquante ans. Mais aux éclairs de ses yeux, à la souplesse de sa démarche, à l'énergie de ses mouvements, on s'apercevait vite qu'il conservait toute la vigueur de In jeunesse. Il alla
droit à de Gange, et lui tendit la main avec un air de familiarité hautaine.
— Salisi! toi à Paris! je comptais bientôt partir, et ce n'est pas ici que je croyais t'embrasser.
— Michel, dit M, de Salisi, en se tournant vers un domestique qui venait de déposer à terre une malle de cuir, choisis une chambre et laisse-nous.
Michel sortit. Dès que M. de Salisi fut seul avec de Gange :
. -^ Tu ne m'attendais pas ? Penses-tu donc que je n'aie ni fierté dans le eoçur, ni sang dans les veines? Me prends-tu pour un sot pu pour un lâche ? Ne te souvient-il plus de tes lettres?
De Gange se troubla. Il voulait laen faire preuve de dévouement et compromettre M'^^de Salisi dans l'esprit de son mari, mais il ne voulait pas lejeter dans une entreprise désr espérée, lui, son compagnon dé chasse et dA
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plaÛBÎr, son hdte, sa providence, son unique et deraière ressource !
— Mon eher ami, dit-41, tu t'égares, ou plutôt, je ine suis mal exprimé. Ta femme s'est montrée l^ère, imprudente, mais je t'affirme qu'elle n'est pas coupable.
•^ Comment 1 s'écria M« de Salisi, ils ont vécu plus d'un mois a k campagne, seuls, tête à tétSt dans l'intimité ; on les £t remar^ qués par les chemins, dans les taillis $ puis iciy tu les rencontres dans un parc, dans un bois, tu les vois se glisser ensemble dans un pavillon écarté, et ce n'est pas asses I Je te dis, moi^ que c'est trop, et que je me ven*? gérai.
— Mais...
— MaiSj quoi?
•— 6i tu te trompais ?
— « Par Tenfer, toi qui les accusais, est-ce toi qui les défends? Sais*tu bien que tu pous-* serms à bout un plus patient que moi? J'at
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pris des informations. On a causé d'aux et de moi, dans le village, à la ville, dans tous les environs. Nul, certes, n'eût osé, n'osera jamais m'adresser un propos railleur, un regard oblique ; non, je suis un homme tju'on respecte en face. Mais je suis la fable d'une canaille abjecte, et mon nom est un nom de risée. Il faut que cela finisse. Je suis un sol* dat, reprit*il, en essuyant les gouttes de sueur qui mouillaient son visage, je suis un soldat, et c'est bien autre chose que mon amour, c'est mon honneur qu'ils ont outragé f Oh !
je soufflée cruellement 1 Le sang lave tout, répare tout, j'aurai du sang.
— Salisi!
— Mon âme s'est profondément fixée sur cet affront. Je suis bien changé, depuis le jour où cette idée s'est emparée de moi. Depuis ce jour, j'ai quitté le Midi, j'ai négligé toute affaire. Depuis ce jour, mon cheval n'a pas été sellé ni bridé dans son écurie. Depuis ce
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jour^ je n'ai pas donné da cor dans la forêt, je n'ai pas tiré un coup de Teu. Depuis ce jour, je n'ai pas fait une seule caresse au pauvre Tom, et, quand il m'a léché avec amour, je l'ai battu. Je n'ai pu ni manger, ni boire, ni dormir; je ne pouvais que me promener dans la galerie de Marnay, roulant au fond de mon cœur cette pensée, et me demandant si je ne m'abusais pasi Mais non, ma honte n'est que trop sûre. Le ciel même m'a parlé par des signes certainis. Chaque fois que je passais près de mes armes suspendues à la muraille, tantôt mes couteaux de chasse, tantôt mon épée, tantôt mes pistolets se penchaient vers moi par la poignée. Moi, j'étendais la main, je serrais cette poignée et je me sentais mieux. Toucher une arme, il n'y a que cela qui me soulage.
— Cette agitation ne te vaut rien ; modèretoi^ mon cher Salisi.
-— Ji'es-tu plus un homme? s'écria M. de
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Salisi. Me modérer ! — oui^ mais plus tardif — plus tard^ — lorsgue j'aurai puni cet outrage, lorsque je serai redevenu moi-même^ et qu'il me sera permûi de relever la tète sans rougir« — Dis-moi, reprit*il plus dou-»
cernent, te contenteras-tu de ce canapé pour cette nuit?
— Oui, mon cher ami.
— Eh bien, moi^ je suis las. Je vais me reposer sur ton lit.
De Gange s'arrangea sur le canapé. M. de Salisise jeta sur le Ut| tout babillé. Vainement il essaya de dormir. Il cherchait ses armes danfi les ténèbres ; il avait le vertige de là vengeance.