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LE COMMERCE DE BOIS

La vallée de l'Outaouais «st renommée pour son commerce de bois. L'exploitation de nos forts ne se fait nulle part sur une aussi grande échelle que dans cette région.

Ses boisés sont d’une grande richesse et couvrent une immense superficie de terrain. Ils se composent principalement de pin blanc et de pin rouge, dont la qualité ne saurait être surpassée. Ils renferment aussi de l’épirette rouge et blanche, du chêne, du hêtre, du bouleau et de l’érable. La plupart de ces arbres out des propor. tions énormes et dressent fièrement leurs troncs élancés et leur riche couronne ‘te verdure. Quelqnes uns ont même jusqu'à cinq cents pieds carrés ; ce sont les rois de la frrêèt,

".as les ans, des milliers de bûcherons reculent les bornes de la solitude, mais leur infatigable cognée résonnera encore longtemps avant que le dernier de nos pins séculaires ait cessé de flotter sur nos rivières.

Nos forêts apparüennent au gouverneraent provincial et constituent pour le trésor public une importante s,urce de revenu. Les commerçants de bois ne peuvent les exloiter sans obtenir une

licence, qui leur permet la coupe du bois sur un espace variant entre quinze à vingt lieues.

Après une vive discussion sur le mérite du système des ventes privées, la législature de Québec a décidé récemment que les coupes de bois se vendraient à l'avenir à l'enchère publique.

D’après un rapport en date du 12 décembre 1871, ii appert que 611 limites avaient été octroyées dans le nord de l'Outaouais, lesquelles couvraient un rayor de 15,594 milles carrés.

En outre de la prime pour sa licence, l'acquéreur d’une limite doit payer au gouvernement ane redevance po" chaque pied cube de bois carré et pour chaque billot ayant 12 pieds de longueur et 21 pouces de diamêtre.

L'exploitation de la forêt se fait ainsi sur une immense étendue, et uie prodigieuse activité règne chaque hiver dans les bois. A la fin de l'automne, pas moins de 25,000 hommes se dirigent vers les bois, s’enfoncent dans ieurs profondeurs, pour ne sortir de leur retraite qu'au printemps, alors qu'ils opèrent la descente de ces magnifiques radeaux, qui couvrent nos rivières comme des ponts flottants.

Cette véritable armée de travailleurs se disperse dans l’intérieur le plus reculé de cette vaste région. Rien re les arrête. Ils atteignent maintenant des lieux que l'on croyait inaccessibles. Torrents, précipices, rapides dangereux, rochers abrupts, aucun obstable ne les effraie. Aussi les retrouve-t-on par bandes jusqu'aux confins de nos régions végétales, sur les bords lointains du lac Témiscaming ou es nombreux affluents de l'Outaouais, à plusieurs cents milles. de leur embouchure dans la Grande Rivière.

Aussitôt que les voyageurs sont rendus sur le théâtre de leurs opérations, ils se construisent une longue habitation formée de poutres grossières pour les abriter contre la rigueur de la température. Elle doit pouvoir donner place à 40 ou 60 hommes pendant six à neuf mois. Cette demeure est nécessairement très froide et la brise y souffle librement. Pour y jeter un peu de chaleur on établit au milieu la cambuse ou cuisine, et des pièces de bois relativement énormes alimentent sans cesse l'âtre pétillant.

Dans une fort intéressante lettre de Mgr. Guigues, évêque d'Ottawa, sur les chantiers, on y lit que : “le travait préparatoire étant terminé, on organise les homimes en bandes distinctes : ce sont les coupeurs, les scieurs, les équarisseurs, les charretiers, et enfin le cuisinier, dont le choix doit être fait avec grand soin, car il faut qu'il soit habile, prévenant et pourvu d’une patience à toute épreuve. Lorsque la neige tombe en abondanes, et que le terrain est ainsi

nivelé, on réunit tout le bois abattu sur l'emplacement le plus propre à être embarqué...

“ Tout travailleur doit quitter le chantier avant le jour, et n’y rentrer qu’à la nuit tombante. Il est rare que la rigueur du froid ou le mauvais temps retienne au logis, même pour un seul jour ces hommes courageux et durcis à la fatigue ; mais il est juste aussi de converir que si l’on exige d'eux ui labeur très pénible, on pourvoit sans parcimonie à tous leurs besoins. La viande qui leur sert de nourriture habituelle, leur est :ivrée à discrétion ; le pain qui est cuit dans le chantier même est excellent; la soupe de pois, que l’on mange à la fin de chaque journée, est apprêtée avec goût ; ie thé dont on arrosé le repas est de fort bonne qualité. Ce sont ces mets et ces breuvages qui font les délices gastronomiques des ouvriers et la gloire du “uisinier, lequel, malgré ses efforts et ses talents, n’évite pas les quolibets et les plaintes de ces voraces convives qui, à chaque henre du jour et de la nuit, ont droit de se mettre à table. L'heure qui suit le souper est l'heure du plaisir, de la gaiété, des histoires, des bons mots. que les Canadiens trouvent sans efforts d'esprit au milieu des plus rudes labeurs.”

C’est un pénible travail sans doute que celui d’abattre incessamment les géants de la forêt, mais il n’offre guère de péris. C’est au printemps, 1orsque tous les énormes billots éparpillés sur la plage doivent être jetés à l'eau pour le flottage, que commencent les dangers réels de l’homme des bois. [1 lui faut alors passer de longues heures à l’eau, j'anchir des précipices sur d’étroits radeaux, descendre des rapides semés d’écueils, n’échapper à un danger que pour en affronter un autre plus terrible, éviter la mort cent fois pour la trouver trop souvent dans quelque abime.

Aussi quelle forte et vigoureuse population qué celle qui va peupler l'hiver nos chantiers! Tels sont nos intrépides voyageurs dans les bois, tels on les retrouve sur les radeanx flottants, lorsqu'il leur faut manier ces lourdes rames qui font mouvoir de véritables masses de bois, courageux en face du danger, joyeux et insouciants après les fatigues de la journée.

C’est généralement lors de fa débâcle, au milieu du mois de mats, que l’on descend le bois floité sur les affluents de l'Outaouais. II est divisé en sections que l’on appelle eribs, ayant chacun 24 pieds de largeur ; 70, 80, 90 ou 100 cribs forment un train de bois, qui se compose ordinairernent de mille pieds cubes. Chaque erib comprend 23 à 56 pièces de bois et 800 à 1000 pieds cubes.

Les radeaux évitent la plupart des cascades et des rapides, qui interceplent le cours des rivières, en descendant des glissoires construits à grands frais par le gouvernement. Un erib seul peut

trouver passage dans ces glissoires, et il faut tous les détacher afin d'en opérer la descente l’un après l'autre. Une fois que la chute a été tonrnée, les cribs sont de nou: au reliés ensemble et la descente du train de bois continue. Cette opération est très longue, fai: perdre beaucoup de temps et met la patience des voyageurs fort à l'épreuve.

Le gouvernement à fait construire les staticns de glissoires et estacades suivantes sur la rivière Outaouais.

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