LIT
A la veille de raconter notre traverse de dix milles, je me sens embarassé, car si la vérité a des droits le silence a aussi les siens.
Vuici par exemple la question que je me fais : dois-je traîner le lecteur tout le temps à notre suite, le fairè arrêter à toutes nos haltes, je rendre témoin de toutes nos fatigues, et lui communiquer les moindres incidents de cette course de deux jours et demi dans les forêts vierges des Laurentides ?
Non, je n’oserai; car s’il allait la trouver aussi longue qu’elle nous a paru! S'il allait l'appeler la Retraite des dix milles !
C’est pourquoi, me rappelant cette maxime des Arabes, que la parole est d'argent et le silence d’or, je vais tâcher d'économiser autant que possible sur l'argent, et raconter un peu à vol d'oiseau cette partie de notre expédition. Je ferai comme ces voyageurs qui bornent leurs impressions de voyage à noter qu'ils sont partis de tel endroit le matin, qu'ils sont arrivés le soir à tel
autre et qu’ils sont descendus loger à tel hôtel:
C'est sans prétentions comme littérature, mais c’est exact comme un livre de compte.
Donc, il était midi quand le dernier d’entre nous disparut derrière les autres dans la forêt. La chaleur était écrasante et le bois très-épais, le tout compliqué de montées et de descentes. Qu'on juge du plaisir que nous y primes. Pour me donner du courage, je me bâtis ce raisonnement que nos haltes seraient fréquentes et nos journées courtes. En cela, je me trompais : l’iténéraire était tracé ; en deux jours et demi nous devions être au Lac la Joie. C’est à dire que nous avions deux milles à faire dans l'après-midi du dimanche, quatre milles le lundi et les quatre derniers milles le mardi.
F ‘ai toujours pensé, et c'est ma convicti ù
encore aujourd'hui quand j'y songe, que ces dix milles étaient quinze milles, et que si Pigeon avait pris un chiffre pour l’autre, c'est qu’il lui en répugnait de nous effrayer.
Les commencements allèrent bien ; nous suif. :vimes d’abord un chemin de de dhnitier qui vint nous mener juste sur le bord d'un joli lac de six milles de long, direction Est et Ouest, et qui se jette dans le lac Bourget. Mes compagnons voulurent bien, pour m'encourager sans doute,
l'appeler Lac Royal, et afin que personne n’en
nais !
igaorât je gravai la chose sur un énorme pin {: ne blanc. Comme cela je suis sûr de passer à la rêt postérité sur les ailes de la géographie de mon
Notre h-lte du soir ne se fit qu’à sept heures
tes. | pe et demie au milieu d’une savane. Un petit il ; . . F Sp oUnE EAE" ji ne ruisseau coulait auprès, et d'énormes bouleaux js Lt nous promettaient l'écorce nécessaire pour il l'ité défendre nos couches rustiques contre l'humidité | de 1 Il nés de si to se il que Je ne dirai pas que j'étais fatigué; le mot IF La n’est pas assez fort. De fait, nous avions poussé X | Ee une LbaUone de sept heures à travers les arbres, | les ren versis, les bas-fonds et les montagnes. | ee ji — Pour un premier coup, ça n’est pas manchot Il OL Tisait Piseon er t : d ? hote ? || : isait Pigeon en train de gommer nos À | « dix 8 g QU S os bottes éi | M Il avait raison ; nous avions fait preuve d’une | « du vigueur et d’une volonté peu communes, moi || comme les autres. | jui Je m'endormis en me promettant de me h reposer le lendemain. À vint | le six | ui se : | vou- |
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