‹ La vallée de la Mantawa [microforme]Chapitre 21 sur 25 · DR TITLE · texte numérisé non relu

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ED D TC TE REUT c - v

LIIT

Le lendemain était un lundi et un treize, deux choses qui ne m'ont jamais paru signifier autre chose l’une un premier jour de semaine, et l'autre un quantième de mois. Mème temps de la veille, chaud et beau soleil, Nous nous mettons en route sur les huit heures, et nus traversons des pieds de montagne et des gorges qui nous paraissent d’un sol extrêmement riche,

Le chemin projeté du lac Archambeault au lac Bourget sera parfaitement localisé s’il suit la direction de nos plaques, car il traverse la plupart du temps des terrains de la plus belle apparence, Les arbres sont très-élevés, d'espèces mêlées, et nous ne rencontrons guère de terres rocheuses.

Vers les trois heures de l'après-midi, nous arrêtons nous reposer sur les bords du lac Martel ainsi nommé en reconnaissance du coï de bruyère que notre chasseur vient d’abaltre pour la coucousse du matin. Ce lac possède un écho remarquable qui répète tout un hémistiche d’alexandrin. Les plus jeunes d'entre nous s’amusèrent, bien entendu, à lui faire prononcer

tous les vers dont ils se souvenaient : la chose, grâce à Dieu, ne dura pas longtemps. Avtrement, je ne sais ce qu’il aurait pu advenir de cette innocente merveille, habituée depuis le commencement du monde à ne répéter que le cri du huard.ou du pic-de-hois.

À cinq heures, l’un d’entre nous demanda grâce, déclarant qu'il n'irait pas plus loin sans manger. Une fringale des mieux conditionnées lui labourait l'estomac et lui coupait les jambes.

— Allons, encore quelques arpents, s’écria Messire Provost qui marchait en avant, et je vous promets d’arrêler au pre'nier ruisseau que je trouve.

J’ouvre ici une parenthèse pour affirmer que M. le Curé de St. Henri de Mascouche est doué d’une vigueur peu commune, et que ce fut ni M. le Ministre qui demanda grâce, ni M. Louis Jérémie Martel, ni les porteurs.

— Qui donc ? me direz-vous. |

— Bah! la chose importe peu. Les égards que je me dois m'obligent d’ailleurs à me renfermer à ce sujet entre les quatre murailles d’nn silence absolu. Ainsi donc, lecteur, n’insiste pas; ce serait peine perdue.

D'un commun accord nous appelons l’endroit

où nous nous arrètons, le Cump de grâce. Messire - Provost avait tenu parole, et à cinq heures et

quart le dernier de nos porteurs jetait son paqueton à terre.

TCasir-là il y eut festin sous la tente ; le père Aubin nous régala de galettes chaudes, et Pigeon découvrit dans un des sacs quelques boîtes de sardines à l'huile.

Nous étions campés sur un magnifique plateau de grand bois ; la forêt était claire, et la lune descendait entre les arbres éclairer d’une lumière douce et argentée les plaques de terrain mis à nu de distance en distance. Je fis alors cette réflexion, que l’homme ne goûte véritablement les beautés de la nature que quand il a diné, commèé nous venions de faire. L’estomac vide donne des maux de tête et rend maussade ; le firmament est alors couvert de gros nuages plombés : au contraire, le soleil brille et la nature toute entière sourit après un bon repas dont l’assaisonnement principal est l'appétit. Or, pour de l'appétit M. Martel et moi nous rivalisions à qui mieux mieux, et plus nous allions plus il augmentait. Lé mien surtout fesait l'admiration

-du gouvernement aux provisions duquel je

rendais un hommage aussi empressé qu’assidu:

D'où il faut conclure que les fatigues de la vie des bois loin d’être préjudiciables à la santé ne font en réalité que la fortifier.

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