‹ La vallée de la Matapédia [microforme]Chapitre 5 sur 7 · LE · texte numérisé non relu

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Comme dans tous les cantons qui établissent par le seul fait du défricheur pénétrant petit à petit dans la forêt, les arpentages ont fait considérablement défaut ; beaucoup de colons ont dû s'installer à peu près comme des sgnatters ; les moyens de communication également ont été négligés. Quel gouvernement eñt donc songé à construire des routes dans un pays que personne ne connaissait ? Mais aujourd’hui, l'impulsion donnée est tellement vigoureuse et la colonisation déborde tellement de tonsles côtés qu’elle brise toutes les barrières devant elle et qu’il faut bien qu'on lui fasse le chemin libre. Le commissaire de

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l'Agriculture s’est mis au courant des nombreux besoins nouveaux etil a décidé de favoriser, dans la mesure de ses forces, le mouvement décisif qui se produit dans la région entière dont l'avenir fait l’objet de nos préoccupations du moment. IT fuit ouvrir, à travers la paroisse de Saint-Alexis, une grande route qui aboutira dire. ment à la rivière, en épargnant aux colons de longs et fatigants détours par le chemin actuel. Au bout de cette route s’élèvera un pont, actuellement en voie de construction, qui reliera les deux rives de la Matapédia et qui donnera lieu à la construction d’une nouvelle station sur l’Intercolonial. Cette route aura, pour la colonisation de cétte partie de la vallée, des résultats énormes, que le lecteur ne saurait apprécier, par suite de son incapacité de juger à distance, mais qui semblent être d’un prix infini pour les colons de lendroit,

On doit construire aussi un autre pont sur la Matapédia, eu face de la propriété de M, Danjou, un des plus méritants et des intelligents cultivateurs de Causajpseal. Jusqu'à présent on m'avait pas songé du tont à construire des ponts sur la Matapédia, la colonisation n'étant pas suffisamment avancée pour cela et le besoïu ne s’en fruisant pas impérieusement sentir ; mais, aujourd'hui, la situation est tout autre et l’on devra multiplier les moyens de communication si l’on veut simplement se tenir de front avec la marche progressive des établissements,

Le canton de Causapscal sera peut-être, un jour prochain, le joyau de la Mata] édia, comme je l’ai donné à entendre

ci-dessus. C’est une ‘admirable contrée agricole, baignée également par la Matapédia et par la rivière Causapscal qui débouche dans la première, à l’endroit même où s'élèvent les florissantes habitations qui formeront le village futur de la paroïsse. Cette paroisse n’est encore qu'une mission, mais elle cempte déjà près de 120 familles, et les défrichements se font dans toutes les directions, aussi loin que peut se porter le regard.

C’est de Causapscal particulièrement que lon peut voir s'étendre au loin, vers l'horizon illimité, le magnifique plateau qui se termine seulement au bord du lac Témiscouata. C’est un océan de collines, de mamelons et de vallons où flottent d’épaisses forêts qui, bientôt, se convertiront en plantureuses cultures portant le bien-être et la richesse de milliers de familles.

De son côté, la rivière Causapscal, qui prend sa source à einq milles seulement de la rivière Matane, arrose un immense espace d’une fertilité reconnue, et offre en même temps à l’industrie de nombreux pouvoirs hydrauliques. C’est une région favorisée du ciel entre toutes que cellelà. On regarde, non sans un certain étonnement, les défrichements et les établissements nouveaux se succéder presque sans interruption le long du chemin qui mène de Causapscal au canton voisin d’Humqui, situé à près de quinze milles de distance.

Cesétablissements sont nésd'hier ; quelques-unsmêmene datent guère que de trois à quatre ans, et déjà ils ont une apparence d’aisance, Ce confort, de bonne habitation qui vous laisse tout stupéfait d’un pareil spectacle au milieu dun pays dont vous soupçonniez À peine l’existence. Ajoutez à cela le pittoresque de la nature environnante

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et la beauté d’une route plus douce, plus unie, plus agréable à parcourir, je ne crains pas dele dire hardiment, que les chemins les mieux macadamisés de la province, et l’on pourra se faire quelque idée de ce que sera un jour, quand elle aura atteint son plein développement, cette région où se réunissent, à la fois, les attraits qui charment le touriste et les séductions d’un sol prêt à donner un trésor en échange de chaque sueur du colon.

Tout dernièrement il est arrivé à Causapscal quelques délégués envoyés expressément par des cantons de l'Est pour examiner le terrain et choisir des lots d'avance dans cette région. Ces délégués ont déclaré qu'ils enverraient à Causapscal une quarantaine de familles d'ici au printemps prochain, quelques-unes même dès l’automne, Notons qu'il en est déjà arrivé, qui n’ont pas voulu attendre si longtemps et qui se sont mis immédiatement à l’œuvre, malgré l’absence d’arpentages. Le colon ne peut pas attendre l’action du gouvernement ; cette action est trop lente pour l'expansion les colonies agricoles. I faut choisir entre l’expatriation volontaire aux Etats-Unis ou l’appréhension de terrains qui n’ont pas encore été délimités : le colon ne balance pas longtemps ; il reste 1à où il est, intrépidement, comme MacMahon, et commence aussitôt ses préparatifs de défrichement., On dirait que le sol canadien ne peut être conquis uniquement per la volonté et le travail ; il faut encore de l'audace et quelque chose comme du défi. Ileureusement que le colon

canadien appartient à une race d'hommes qui a toutes les hardiesses de aventurier, unies à la patience et à la détermination du pionnier, semeur de colonies !

On peut trouver un exemple de ceci dans la manière dont les premiers colons, longtemps très disséminés, très isolés, se sont emparé du terrain dans l’ancienne seigneurie du lac Matapédia. Cette seigneurie comprend toute la terre autour du lac, jusqu'à trois milles de profondeur. Les anciens propriétaires ne voulaient concéder de terres à aucun prix, et ceux des colons qui s'étaient emparé de leurs lots, Pavaient fait malgré les interdictions et les sommations de déguerpir que leur avaient libéralement adressées les agents des seigneurs. Cependant, ils avaient longtemps vécu dans la crainte d’être dépossédés ; bon nombre d’entre eux mème s’étaient découragés et étaient partis ; mais d’autres avaient donné l'exemple de l'audace et de la résistance, et cet exemple, devenu communicatif, avait fini par implanter une colonie de pionniers qui ont fait triompher entin leur droit à la possession du sol qu'ils avaient rendu productif.

Aujourd'hui, les messieurs King, grands commerçants de bois, sont devenus les acquéreurs de la seigneurie du Lac ; ils font une grande exploitation de bois sur cette seigneurie et, d'autre part, ils concèdent des lots facilement : aussi, toute cette contrée a-t-elle changé énormément d'aspect depuis cinq à six ans ! Elle participe de impulsion vigoureuse qui à été imprimée, justement depuis ce petit nombre d'années et comme sur un mot d'ordre, à toutes les régions nouvelles de la province, fait important et significatif sur lequel j'aurai à revenir plus d’une fois dans le cours de mes fructueuses pérégrinations.

N'oublions pas de noter en passant qu'à Causapscal on

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a commencé la construction d'un aqueduc et qu’une fromagerie y est déjà en pleine activité. Comme toutes les autres fromageries existantes ou futures, celle-ci demande de l’aide au gouvernement, mais cette aide est indispensable dans les endroits qui ne font que s'établir et qui ont besoïn qu’on soutienne leurs premiers pas.

J'ai vu les défricheurs à l’œuvre entre Beaurivage, situé à quelques milles plus bas que Causapscal, et Sayabec qui occupe l'extrémité supérieure du lac Matapédia, une distance de près de quarante milles.

Quelle activité ils déploient, quelle sorte d’âpreté, appétit ils mettent à s'emparer de ce beau sol qui s’abandonne ct s'ouvre si aisément sous leur main, quelle émulation s'est emparée de chacun d'eux! Ni nos malheureux émigrés aux Etats-Unis pouvaient contempier une seule heure ce spectacle, ils repousseraient vite leurs velléités irréfléchies et funestes d’expatriation, et prendraient rang parmi les abatteurs de forêts. J'ai compté des centaines de lots où le sol fume encore des feux qui ont été allumés pour le débarrasser des épaisses futaies qui le couvrent, holocauste nécessaire, hélas ! qui ne manque pas de créer une impression pénible et de faire déplorer que tant de bois superbe, un des éléments de la richesse nationale, doive Ôtre sacrifié sans merci en vue d’un intérêt supérieur, celui de la production agricole et de létablissement du pays. J’ai vu de longues séries d'habitations là où la forêt sombre régnait en maîtresse

unique et absolue, il y a trois où quatre ans à peine ; en maint endroit les dernières souches calcinées ont disparu et de larges champs s’étalent sous le regard ; ailleurs elles subsistent encore et leurs troncs noirs, se consumant d'heure en heure, luttent en vain, avec les vigoureux épis qui les assiégent et les enveloppent, pour une dernière possession du sol qui les a vus naître, qui les a nourris et qui, maintenant, va se nourrir à son tour de leurs débris et de leurs cendres.

Beaurivage ne date guère que de dix-huit mois et, déjà, il possède une station de chemin de fer auprès de laquelle s'étend, de jour en jour, le groupe naissant des habitations. Déjà, aussi, les colons auw’elles abritent ont été menacés, comme c’est la règle, par des spéculateurs de terrains qui prétendent avoir un droit antérieur au leur et leur faire payer cher le privilège de rester sur le champ défriché par eux-mêmes, après tous les travaux accomplis et tous les risques encourus. Mais il est rare que ces oiseaux de proie réussissent à autre chose qu’à inquiéter et à molester les détenteurs du sol ; souvent ils en sont pour leurs peines et sont obligés de subir des conditions, au lieu d'imposer celles qu'ils avaient rèvées.

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À partir de Causapscal on a vite accompli le trajet qui

mène à Humqui, un des centres les plus importants de toute la vallée. C’est à que la maison Price conduit sa

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