‹ La vallée du Darror, voyages au pays çomalisChapitre 12 sur 32 · K OU GUI · texte numérisé non relu

K OU GUI

dora est un largi LasBO"^. quartier de Haffâ 9sgar4 m deux « on y trouve un p

mes frais. Cette dernière n'éprouve aucune envie de se mettre en roule de suite, et c'est de connivence avec elle sans doute que mon chamelier, pour un motif ou pour un autre, ne m'a pas encore amené mes bétes.

Elles arrivent, mais sans cordes, avec des selles toutes détériorées. La mauvaise foi de cet homme me ferait vraiment perdre la tête. Enfin, nous chargeons comme nous pouvons, non sans discussions nouvelles, sur le poids que porte chaque animal, et nous nous mettons en route.

II paraît qu'il est d'usage dans tous les pays çomalis que les malheureux profitent des caravanes pour se rendre dans l'intérieur; car la mienne se grossit encore cette fois de deux pauvres et de leurs trois enfants.

En sortant de Lasgoré nous suivons le lit du Guel- Dora;nous gagnons une petite arène se terminant en entonnoir. Les escarpements s'appellent garbad (1); tout près est le puits de Inka, où le guérad Mahmoud Ali s^arréta, dit l'histoire, pour faire sa dernière prière avant d'arriver à Bassal-Hamoumi, où il mourut. Bassal-Hamoumi est un grand cirque encadré par deux bras du Guel-Dora dans le fond duquel se dresse le mamelon d'Iskodoubouk, et, se perdant à travers les brumes, les hautes montagnes d'Almédo.

{\)Garbad, en çomall, veut dire épaules.

Nous rencontrons sous une grotte une pauvre folle en proie à ses hallucinations; les indigènes sont pleins de respect pour cette malheureuse, à laquelle nous laissons quelque nourriture. — A quelques centaines de mètres plus loin, nous faisons halle pour passer la nuit. — Je profite de ce premier arrêt pour donner à mon chef de caravane des instructions sur la manière dont nous camperons désormais pendant notre marche, et sur la manière dont j'entends que le service de jour et de nuit soit organisé. — Il semble s'incliner devant toutes mes volontés, promettant d'assurer de son mieux le bon ordre de ma petite troupe.

Au matin, quatre hommes de mon escorte, qui devaient nous rejoindre à Bassal-Hamoumi, n'arrivant pas, je donne ordre de ne point les attendre. Nous abandonnons le lit du Guel-Dora et commençons l'ascension de la haute chaîne des Ouarsanguélis.

Le terrain, en maints endroits, présente des soulèvements argileux avec pétrifications (1) recouverts d'une croûte mince de carbonate de chaux. Des blocs énormes entraînés par des éboulemcnts rendent très difficile le sentier que nous suivons.

D'Iskodoubouk nous arrivons à Arîéri, campe-

• ment des bédouins au pied d'un grand arbre, et i\o

là à Amoura. De ce point nous avons vue sur la

mer et Lasgoré. Le Ouel-Dora serpente ù nos pieds

I) Ostrea ïskodouboukiana. Rwhcb.

comme une ligne blanche. A peine quelques arbustes épineux nous offrent-ils un abri pour nous garantir des rayons ardents du soleil.

Les nuages s^amoncellent, arrivant du sud avec une rapidité vertigineuse.

Les brumes nous entourent bientôt, et un orage violent éclate au-dessus de nos têtes. Nous avançons toujours cependant.

Le sol, jonché de pétrifications(l),s'effrile souvent en une marne marron; les pierres plates et découpées forment un pavage glissant. Les naturels de ce fait appellent ce chemin Daga-Safré (la pierre qui glisse).

Du haut de Daga-Safré on a vue sur Lasgoré et sur les mamelons d'Iskodoubouk. Là, habite un bédouin dolbohante qui jouit dans le pays d'une fort mauvaise réputation. La caravane s'arrête sur un petit terrassement formé par des rochers. Cette plate-forme est une excellente position d'où nous pouvons étudier tout ce qui se passe aux alentours.

Nous nous circonscrivons avec le plus grand soin d'une haie épaisse de ronces et de branchages, car déjà les mendiants nous assiègent. Je vois avec plaisir que mon aban refuse impitoyablement et m'engage à ne donner que sur l'échange d'un peu de lait. — Nous nous en procurons ainsi deux grandes outres.

Le matin nous partons de Daga-Safré ; nous arrivons sur un petit col séparant deux chaînes de

(1) Trigonia Revoili, Rochcb. — Crasatella Amouranensis. Roch. — I^da Safrei, Roch., etc..

mamelons, à côté d^une dizaine de tombes çomalis, dont les pierres levées sont blanchies à la chaux. Quelques parcs pour Je bétail dénotent là une station, habituelle des indigènes. On lui donne le nom de Karin-Raroma. Mes hommes s'y arrêtent pour prier; après quoi, ils assurent d'une façon solide le paquetage des chameaux, car nous allons commencer l'ascension difficile d'Aïrensît.

L'air est frais; la végétation, fécondée par les pluies, est luxuriante, et plus nous avançons, plus elle devient fournie. Cactus nombreux, buis, acacias en fleurs, forment un paysage des plus étranges. Au milieu de ces grandes roches sortent de terre, comme des betteraves colossales, de nombreux adaï, arbustes monstrueux dont la tête est à peine couverte de quelques feuilles. Quelques-uns ont été creusés par les bergers, et mes guides m'affirment que ces vases naturels conservent une eau fraîche et bonne à boire.

Après les haltes désertes d'Omir et de Goudmaroro, nous voici à celle de Youbé, par le travers d'Aïrensit. Quelques centaines de mètres encore et nous atteignons Abal-Ichaoualé, où nous nous arrêtons auprès de grands tumuli et d'une flaque d^eau de pluie. — Là, j'éprouve un vif plaisir à me. mettre en chasse, car vraiment mes récoltes sont fructueuses et nouvelles; ici ce sont des plantes (1), là des coquilles terrestres (2), un peu plus loin, sur les?

(1) Haplophyssum arbuscttla, Franch.

(2) Huit espèces de Limiçolariées nouvelles.

euphorbes en fleurs, des grappes d'insecles, des frelons (1). — En quelques heures, je récoltais plus que dans mes précédentes excursions. Je rêvais de trouver derrière les montagnes, dans cette vallée du Darror que nous allions atteindre, une végétation analogue, fécondée par les pluies. Aussi j'éprouvais une satisfaction réelle à classer et à mettre en ordre tous ces précieux documents.

Les brumes et les nuages nous enveloppent et courent avec rapidité vers l'ouest. C'est le signal d'une tourmente que nous allons subir, et nous ne trouverons pas d'abri avant Daga-Daoura. Force nous est donc de partir en toute hâte. Nous recevons en route une série de grains qui nous inondent complètement.

L'n moment nous croyons pouvoir nous réfugier sous une grande roche, mais cet entablement ne peut nous recevoir tous; mieux vaut atteindre au plus tôt Daga-Daoura, en subissant une pluie froide et serrée qui nous trempe jusqu'aux os.

Les Daga-Daoura sont trois monolithes gigantesques. Dans l'un deux s'entr'ouvre une excavation où nous entassons mes bagages; un fauve vient à peine d'abandonner ce repaire, à en juger par les restes d'une gazelle à moitié dévorée.

Nous passons la nuit accroupis autour d'un grand

(!) Sphex, Tp^s r^p«indus dnn.s los pays comalw.

feu, inquiétés par les allées et venues des bédouins, dont quelques-uns ne ré[>ondenl même pas aux interrogations de mçs hommes. A tout ^nstani le» ciel çst , déchiré par un trait de feu. Le; tonnerre, gronde et i'éçho amplifie ses lugubres éclats; un, veni; d'est très frais souffle avec violence. Lcsr hyèn^es grognent. Puis tout rentre. dans le silence^cl i\ la tempête de la nuit succède le calme de. l'aurore.

D'un point élevé en face de Daga-Daoura, j'interroge d'irorizon.:^ Ras-Antareh à l'est,' et Mâhet ' à l'ouest,', isé defesihent aux rayons du soleilJle\'ant r au suri-ouest', s'étend 'le :grand: trou de Goulesad,' encadré- par. Ergrari et: Aïrensi't^ dont les eaux se déversent près de Làsgô né; . ' ' ' ■ " '

. . De .Dàga^Dabura^ . nous ^arrivons nu plateau de Yaffar; par un crochet nous revenons sur Aïrensit.^ Une échancrure nous donne vuesurlé grand cirque de SarbéJet les ports dé Gaham ei de Durduri: - Avant djp. tomber sur leversànt sud dés monts A 1-^ mèdoy nous heVehcontronsplusque lecampementde Barkeïa-Kogué (en çomjali;, mauvais oreiller). Les gorges et; te^ <lèchirures du sol que nous allons Contourner dosceTiïlcnt en ligne noire jusqu'aux rives du Darror, ::. i i . ; . .

A Kariri-Ballolor, lia vcgélaMon luxuriante d'Aïrensit a disparu paiu*;faire place seulement à des cactus; dans qael^utKSwCPevâsses. surgissent de rares. bouquets de verdure, au milieu desquels se jouent par bandes des rongeurs, curieux appelés par les natu-

rels, baôna{l). Ces animaux ont la tête d'un gros rai, la robe du lapin, et la queue courte et relevée de ce dernier. Je n'ai jamais pu, à cause du peu de consistance de leur peau, dépouiller de spécimens de cette curieuse espèce. - — Comme les culs-blancs sur les mottes de terre, les baôna se juchent à la cime des rochers et s'y tiennent l'oreille tendue. — Au moindre bruit, ils disparaissent précipitamment dans leurs trous en faisant entendre de petits cris comme ceux du cochon de Barbarie.

Notre caravane avance avec difficulté sur le chemin rocailleux, faisant une infinité de détours. De temps à autre, des god ou grottes des ravins, sortent des familles de bédouins qui nous regardent avec curiosité.

• Un orage nous menace encore et nous force à nous arrêter à Ouanentab, petit plateau absolument aride. Des murs en pierres sèches adossés à quelques entablements de roches, abritent une vingtaine de Çomalis qui surveillent un troupeau de chameaux.

Çà et là, de nombreuses sépultures anciennes. Tout à côté précisément de l'endroit où je repose, gît un cadavre muré sous une excavation avec deux grosses pierres. — Le temps a dû faire disparaître les vêtements de ce mort, dont les ossements blanchis ont conservé la position d'un homme endormi sur la main droite, les genoux repliés. —

(«) Pectinator Spekii.

J^avais là un plus beau crâne à dérober que celui de Bender-Khor; mais où aurais-je pu renfermer sans être vu? — Je reculai devant la crainte seule de compromettre mon expédition en essayant de prendre ce précieux sujet.

De Ouanentab nous avons vue sur Karkar et sur la grande vallée du Darror qui court vers Our-Alel. D'un coup d'œil on peut juger que sa végétation est aussi misérable que chez les Medjourtincs; les espérances que j'avais conçues au plateau d'Aïrensil allaient donc s'é\anouir.

Je ne me trompais point, car nous ne rencontrons partout qu'une affreuse stérilité.

Nous suivons les escarpements du lit du Mogor. Ce torrent est encaissé dans des gorges d'une hauteur de soixante métrés environ, formées de stratifications dont les assises, parfaitement indiquées, donnent au terrain l'aspect du canevas d'une carte en relief.

Le Mogor descend de Barkéïa-Kogué, et se jette dans le Darror entre Rhat et Hafdâr.

Quelques bédouins qui croisent notre caravane nous apportent une fort désagréable nouvelle. Les tsa-Mahmoud ont, d'après ce qu'ils disent, fait leur apparition dans la plaine et razzié quelques gourguis; le guérad a dû se retirer derrière Karkar et gagner la vallée de Sol. — Des complications me menacent, puisque nous devions trouver ce chef à

Bar-Hâm. — D'un autre côté cette situation me fait entrevoir la possibilité d'atteindre le versant sud de ces monts de Karkar d'un seul trait. Il s'agit d'être prudent vis-à-vis de mon escorte. J'en préviens Farah, sans mot dire autour de moi.

Nous descendons dans le lit même du Mogor par un sentier glissant. Le terrain schisteux, en cet endroit, s'effrite sous les pieds des chameaux. Un orage nous surprend ; nous hâtons le pas pour chercher un abri sous deux grandes grottes séparées par une cloison naturelle.

Ces grottes forment le ressaut d'une cascade qui se déverse dans un petit torrent. La pluie, qui suinte goutte à goutte dans une chambre voisine, impénétrable et remplie d'eau sans doute, imite par différents sons, dans le silence de la nuit, le bruit de forgerons qui taperaient tour à tour sur une enclume. Ce tintement que je parviens à m'expliquer ainsi, fait croire à mes hommes que cet endroit est hanté par les esprits ; ils restent en prières toute la nuit.

Au fur et à mesure que le Mogor se rapproche du Darror, son lit va s'élargissant. Si j'en juge par les vestiges qui jalonnent cette vallée des deux côtés, depuis les temps les plus reculés, les nomades ont stationné sur divers emplacements, car je trouve partout des agglomérations importantes de tumuli de toutes formes au mlHeu desquels surgissent des

lombes (j^^'i^^^Ji^î toujours couronnccs de pierres levées blanchies à la chaux.

Nous arrivons à Ferdandec*. après avoir laisse le Mogor. Devant nous un troupeau d'antilopes superbes vient de se lever; nous nous mettons à sa poursuite, mais quelques bédouins qui nous voient courir dans la plaine, croient à l'approche des maraudeurs et détalent pour aller donner Talerte à des gourguis voisins. Les fils du guérad qui me servent de guides se mettent à leur trousse et reviennent chargés d^une outre de laii prise a ces malheureux. Je n'entends

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Tumuli dans le lil du Mogor.

pas du tout favoriser ce genre de déprédation et je donne (juelques cadeaux en échangea ces pauvres gens dont la misère horrible se lit sur les vêtements et sur le visage.

La \enue des bergers voisins, attirés par les cris cfalarme de leurs compagnons, nous arrête à Oob-Déro (1) sous les ombrages d'un gié,

(Il Gob, l'aibrc du i;nb, dero gazelle.

On nous confirme que le gucrad a quitté Bar-Hâm ; que les Esa-iMahmoud infestent la vallée du Darror. Le chef ouarsanguéli est en hostilité avec les Dolbohantes; il est allé camper sur leur territoire aux pieds même de Karkar. Sur ce, mon chamelier commence à se disputer avec mon aban Hamed- Mahmoud, déclarant qu'il n'ira pas plus loin, ne voulant pas hasarder ses chameaux.

Je ne prends aucune part à cette discussion, laissant à mon chef de caravane et ù Karah le soin de tout concilier jusqu'à ce qu'il soit temps que j'intervienne.

Ce colloque nous amène douze convives qui s'invitent tout naturellement. Une gazelle vint à propos satisfaire la gloutonnerie de ces affamés qui semblaient n'avoir pas mangé depuis longtemps.

Décidément le mauvais temps nous accompagne.

A peine avons-nous quitté Gob-Déro pour arriver aux abords du Darror qu'une pluie torrentielle nous surprend et nous force à improviser un campement sous des nattes où nous restons blottis pendant six longues heures.

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