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CHAPITRE IX

En route sur Rhiit. — Halte d'Aror-Dahât. — Passage de la Guébi. — En ^arde contre les Esa-Mahmoud. — Un coup de carabine. — Rhât. — Visite aux ruines d'Hafdâr. — Leur aspect. — Révolte dans mon escorte.

— Les maraudeurs. — La prudence commande notre départ. — Maline- Déblé. — Gadlaîré. — La source et le chemin de la corniche de Darinta- Dolé. — Une étrange sépulture. — Mana. — Situation embarrassante.

— Darématobé. — Le potier çomali. — Las-Mâhan. — De retour à Lasgoré.

Nous sommes prêts à partir de très bon matin, mais nos chameaux n'arrivent que dans l'après-midi, et mes gens voudraient rester encore une nuit à Fararalé.

J'ordonne qu'on se mette immédiatement en route, sans tenir compte de ces désirs, et ma caravane, composée de onze personnes, lève le camp, faisant route vers le nord-est.

Nous passons trois petites vallées avant d'atteindre la chaîne de Bour-Gansa. A la tombée de la nuit, nous nous arrêtons aux abords du ravin d'Aror Dahât, en face d'un petit point culminant dit Karin- Elet.

Mon aban Hamed était resté quelque peu en arrière à Fararalé pour donner ses instructions à des courriers qu'il expédiait vers Lasgoré.

Il nous rejoint soucieux et inquiet, sans nous donner le motif de la contrariété qui se peint sur son visage. Je devine à son attitude que quelque complication nouvelle nous menace. La présence de son frère, chamelier de ma caravane, l'empêche sans doute de parler.

D'Aror-Dahat, nous faisons route sur l'est, vers la petite chaîne de collines de Garan; dans le lointain, perdu dans les brumes, se dresse le pic d'Almédo, pendant du pic d'Almescate de l'arène de Méninguel.

Sur les rives de la Guébi, nous nous croisons avec des nomades qui changent de résidence, el nous opérons notre descente dans le lit de la rivière.

La Guébi est aussi étroitement encaissée sur ce point, qu'à l'endroit où nous l'avons passée, en quittant Bar-Ham. Elle coule une eau limpide au milieu de filons de /a/c, dont les scintillements nous fatiguent là vue.

Pour sortir de ces gorges, nous sommes forcés de faire un grand détour, et nous tombons au milieu d'un troupeau fort nombreux de chameaux, gardé par des cavaliers que connaissent les gens de mon escorte.

Ils voudraient bien que nous campions auprès d'eux, mais je m'y oppose, pressé de gagner Rhât, el

surtout craignant toujours de voir arriver leguérad, si quelque regret le prenait, de m'avoir laissé échapper de ses mains.

Nous traversons donc la plaine de la Chémis.

Quelques bédouins détalent devant nous à bride abattue. Nous supposons que ce sont des Esa-Mahmoud dérangés par notre approche d'une attaque projetée sur le campement'que nous venons de rencontrer. Mon aban, en conséquence, ordonne de s'arrêter, d'allumer de grands feux et de veiller pour ne point nous laisser surprendre.

Nous ne sommes nullement inquiétés et dès le point du jour nous nous remettons en route. Nous passons le torrent de Garof, qui court vers le Darror et nous atteignons ce fleuve après avoir franchi une petite chaîne de mamelons, ramifications du Garan- Dahà.

Un énorme vautour planait bien haut, au-dessus de notre caravane. D'un coup de ma carabine je l'atteignis mortellement, et l'oiseaugigantesque, tournoyant dans l'espace, vint tomber à mes pieds.

Jamais je n'avais vu un sujet d'aussi belle envergure; ses ailes ne mesuraient pas moins de trois mètres quarante-cinq. Il nous fallut, pour nous préserver des coups de bec violents de la bête, lui loger une deuxième balle dans le corps.

Les gorgbrs^ c'est ainsi que les Çomalis désignent les vautours, sont fort rares dans le pays, mais en revanche les naturels les craignent beaucoup, parce que, disent-ils, ils s'attaquent parfois aux malheureux

qui dorment, el enlèvent, à défaut de bétail, les jeunes enfants. Il doit bien y avoir quelque exagération dans ces craintes, mais ce que je puis affirmer, c'est que l'oiseau que je venais de tuer était certainement capable d'emporter entre ses serres un plus lourd fardeau.

Quelques heures de marche nous ont amenés dans le lit du Darror.

Nous sommes au pied d'un petit pâté de collines, au milieu d'une végétation assez fournie de tamarins et de grands arbres. Çà et lu, quelques tumuli.

Au dire de mon chamelier, cet endroit s'appelle Rhât. Je donne, en l'absence de mon aban, qui a pris les devants, l'ordre de décharger les bêtes et de camper, mais dès qu'Hamed revient, je comprends à une discussion qui s'élève entre lui et mes guides que nous sommes encore loin des ruines Gallas.

J'avais exprimé le désir de les atteindre avant la nuit, et sous prétexte qu'il n'y avait pas d'eau, pas de pâturages, mon chamelier avait préféré s'arrêter ici.

L'emplacement où se trouvent les vestiges, Hafdàr, qu'il me tarde tant de voir, est près de Rhât, m'assure-t-on. En partant demain de très bonne heure, je pourrai y arriver avant le lever du soleil.

La venue de quelques bédouins met fin à ces pourparlers, et nous songeons à nous établir de manière ù tenir les maraudeurs en respect.

Le lendemain matin nous partons pour Hafdàr.

Nous traversons le lit du Mogor et du Edeg, tous deux affluents du Darror et distants l'un de Tautre d'un kilomètre à peine.

Chemin faisant, Hamed, qui m'accompagne avec quatre hommes (car j'ai laissé Farah et le reste de mon escorte à la garde de mes bagages), m'explique que mon chamelier, son frère, est aussi mal intentionné que le guérad; que c'est par ordre qu'il ne m'a pas conduit à Hafdàr même, pour que je ne puisse point relever le plan de ces ruines. Il essaiera d'en faire autant pour Mana, que je désire visiter, mais je puis être sans crainle, lui fera son devoir de aban jusqu'au bout.

Il ne nous faut pas moins de deux heures pour arriver auprès de la petite vallée d'Hafdàr, absolument aride, au milieu de laquelle se dresse comme un village en ruines, un grand cimetière jonché de tombes de toutes formes, généralement closes par des murailles en pierres sèches, quelques-unes emplâtrées de mortier, comme à AUeyah.

Deux restes de constructions importantes attirent mon attention. Ici c'est une mosquée en pisé, dont les quatre murs d'enceinte, formant un parallélogramme assez large, tiennent seuls debout. Sur l'un des côtés, en face de la porte d'entrée, se voit encore une petite abside tournée vers le nord-ouest MY", En avant de ce qui devait être la façade s'ouvre un parvis de quelques mètres de large.

L'orientation de Taxe de cette construction passant

par la porte et Tabside est exactement la même que celle de la mosquée de Lasgoré. Voilà pourquoi j'attribue à ce singulier monument une origine et une destination semblables.

L'agencement de ce que les naturels appellent le forl (darti) est beaucoup plus curieux. Il se présente sous la forme d'un étrange labyrinthe, et la vue du plan peut seule donner une idée exacte des dispositions et des divisions intérieures de cette construction.

Les murs en pierres sèches, sans aucun enduit et noircies parle temps, ont une épaisseur de 60 centimètres et sortent de terre d'environ 1 m. 50 c.

Les bédouins ont certainement dû, dans leurs cantonnements aux environs, employer une partie de ces décombres pour élever les sépultures musulmanes qui avoisinent.

Ce que j'ai pu remarquer cependant, c'est qu'en maints endroits, aux alentours du fort, il existait des amoncellements de terrains évidemment rapportés, car j'ai trouvé au milieu d'eux des coquilles fluvialiles provenant du lit de l'Hafdàr.

Il serait bien difficile de préciser sinon l'âge qui constitue à lui seul un problème, du moins la destination de cette bâtisse qui couvre environ quatre cents mètres carrés, sans compter la tour de cinq mètres de diamètre, isolée du reste de la construction et située au nord.

J'aurais voulu fouiller tant au milieu du champ des morts, qu'autour et dans Tintérieur de ces curieux

Ruines du Fort

vestiges. Mes guides, qui avaient suivi chacun de mes pas, pendant que je prenais quelques clichés photographiques, s'y opposèrent avec la même obstination superstitieuse à laquelle je m'étais déjà heurté chez les Medjourtines.

Je dus me borner à ramasser quelques silex, et nous regagnâmes Rhât par la même voie.

Ve8tig€8 des concAructiona en pierre»' sèches d'Hafdàr, près Rhât.

Depuis le commencement de mon voyage, aux divers points de halte où j'avais chance de récolter quelques insectes, le soir venu, j'étendais aux alentours des feux, et quelquefois un peu en dehors.

deux ou trois grands linges blancs. 11 était rare c(ue bientôt, toutes sortes de bestioles nocturnes ne vinssent s'y abattre.

Ce soir-là, Rhât me fournit l'occasion de me livrer a cette amusante chasse, et je m'écarte un peu, pour y procéder , de la palissade qui entoure notre campement.

Une discussion qui s'élève entre mes gens m\ rappelle bientôt. C'est de leur nourriture qu'ils se plaignent. Un des hommes de l'escorte prétend qu'il n'a pas eu la distribution réglementaire, et de propos en propos mon aban en arrive à reprochera son frère et à ses neveux leur attitude vis-à-vis de moi, qui leur est inspirée, ajoute-t-il, par leguérad lui-même.

La querelle se prolonge et s'envenime; à un moment, un homme ose dire que si bon lui semble, il enlèvera mes bagages, car la protection de Hamed n'a à ses yeux aucune valeur.

Hamed, resté calme jusque-là, se lève alors furieux, et, brandissant ses armes, il défie toute mon escorte: « Touchez, dit-il, si vous l'osez, à une corde » ap|>artenant au Franc:ais, et je transperce de ma » lance le premier d'entre vous qui fait un pas. »

Shemaka, cet homme âgé, que j'ai précisément envoyé avec Farah auprès du guérad quand je voulus obtenir de venir ici, comprend que l'altercation prend un tournure très grave et s'interpose.

J'interviens moi-même et, remerciant Hamed de son dévouement, je déclare bien haut que je ne suis nullement effrayé. « Au reste, ajoutai-je, nous

n'avons pas besoin de demeurer au milieu de ceux qui manilestenlde si loyales intentions; changeons ma tente de place, et nous verrons quels seront ceux qui viendront se ranger de mon côté. »

Hamed, Shemaka et mes deux serviteurs Farahet iMohamed me suivent; les autres, accroupis autour du feu, murmurent.

Nous voilà donc divisés en deux camps: cinq contre onze. Le silence le plus absolu règne de part et d'autre. Est-il besoin d'ajouter que nous nous tenons sur la défensive la plus vigilante?

Il y a prés de nous un cantonnement de bédouins. Shemaka s'y rend furtivement pour s'entendre avec eux, afin qu'ils nous procurent quelques bêtes, au cas où mon chamelier viendrait à me quitter.

Mais ce n'est point là ce qui me préoccupe, car cet homme ne doit percevoir la seconde moitié de la location convenue qu'à Lasgoré, et s'il ne fait pas main basse sur mes caisses, l'appût du gain le retiendra certainement à mon service.

Enfin, le lendemain, après la prière, les esprits semblaient un peu plus calmes et la journée se passa sans incident aucun.

La nuit du 22 au 23 avril, le thermomètre descendit brusquement à 13%5; il faisait froid. Vers une heure du matin, mon domestique Mohamed montait sa garde roulé dans sa couverture, lorsqu'il en-

tendit ré5>onner non loin de nous le ^alop de quelques che>au\. Les CcUiiliers passèrent sans nous \oir: derrière eux sui\aient encore deux isoles qui s'arrêtèrent à une centaine de mètres.

Mohamed nous a réveillés et mon aban recommande le silence. Il interpelle brusquement les cavaliers par le mol d'ordre des Ouarsanguèlis sans doute, auquel ils ne répondent pas: en même temps, il tireen Tair les deux coups de mon fusil Lefaucheux, qui suffisent pour mettre ces rôdeurs en fuite. Ils faisaient partie, probablement, comme nous le dirent les bergers voisins le lendemain, d'une bande d'Esa-Mahmoud se dirigeant vers la Guèbi

Ln courrier arriva bientôt après, qui prétendit même que les pillards, au nombr^de quatre cents, remontaient de Our-Alet dans le Darror.

Hamed jugea prudent de ne pas stationner plus longtemps à Rhût, qui se trouvait sur leur chemin, et nous nous mîmes en roule vers Maline-Déblé. J'abandonnais à regret ce point, où la végétation m'a\ail permis de recueillir de nombreux et intéressants coléoptères.

Maline-Déblé est un cantonnement de nomades au pied d'une colline sur les flancs de laquelle s'ouvrent les deux vallées de Dababo et Damar, torrents dont les eaux se déversent dans le Mogor.

Il y a à Maline-Déblé quelques gourguis. Quand nous passons près de l'un d'eux, une famille de mal-

heureux bédouins se lamente devant le cadavre d'un pauvre petit être à moitié dévoré par un guépard. L'animal a surpris Tenfant jouant tout seul aux environs de la case, et Ta entraîné pour assouvir sa faim dans les broussailles, où les parents désolés viennent de trouver ses misérables restes.

A Malîne-Deblé, nous commençons l'ascension du versant des monts Almèdo, en suivant les sommets des gorges de Dababo, presqu'aussi profondes que celles du Mogor. Quelques tumuli jalonnent notre route.

A Gadlaïré, où nous passons la nuit, j'achète un mouton pour rapprocher autour du même plat mes hommes d'escorte, désunis depuis l'incident de RhAl.

Le berger, qui s'est invité à ce repas, nous vole une liasse de cordes, ce qui nous met dans un grand embarras pour paqueter nos bêtes le lendemain.

Le sentier qui serpente sur les flancs arides de la montagne nous mène à Djibin, puis àGodgombouri (la grotte des antilopes). Ce sont des entablements de rochers sous lesquels vivent quelques pasteurs et troglodytes.

Nous sommes à hauteur et près de Ouanentab.

Nous contournons Karin-Balolo et Barkeïakoguépour nous arrêter à Andassolé.

Nous en repartons pour atteindre bientôt le faîte des monts ouarsanguélis.

Devant nous s'ouvre le cirque immense de Sabé. A Fouest se dresse Aïrensil, au nord-ouesl Lasgoré, à l'est le plateau de Mana vers lequel nous nous dirigeons. Spectacle grandiose dont je ne puis détacher mes regards. Et comme pour en accroître encore le charme, le chant des cigales vient me rappeler, dans cet instant de rêverie, mon beau pays de Provence!

Pour opérer la descente sur le versant nord de ces montagnes, nous suivons tout d'abord à pied une route à pic sur les flancs des rochers. Les bédouins, auxquels il est arrivé maints accidents, ont tressé les lianes de manière à faire à ce chemin dangereux une sorte de garde-fou.

La végétation est superbe. Au milieu des plantes grimpantes et tout près d'un cèdre gigantesque, une source d'eau très fraîche, Darinta-Dolé, invite le voyageur à s'asseoir sur ses bords pour jouir de l'aspect vraiment magnifique que la nature lui offre.

A nos pieds se dresse, sur un petit plateau, une grande roche: c'est celle de Dagadaaran. De là, le sentier contourne vers l'est le cirque de Sabé. A un point appelé Feidôo, je ramasse quelques pélrific>aiions de même espèce que celles de Karin-Raroma.

A Garamodé, où nous faisons halte le 25, la poursuite d'une gazelle m'amène jusqu'auprès d'une excavation d'où s'exhale une odeur fétide.

Des branches et de grosses pierres qui la murent me font croire que les bergers ont emprisonné là, clans son repaire, un fauve, pour le laisser mourir

de faim, et poussé par la curiosité, je dégage l'ouverture afin de savoir ce qu'il en est.

J'y découvre un cadavre couché sur le côté, en état de décomposition très avancée. Comme celui que j'avais vu à Ouanentab, il n'avait pas été enseveli, mais simplement posé par terre enveloppé dans son manteau de pçau. Je referme bien vite cette sépulture, craignant d'être aperçu.

Quand je regagne ma caravane, mon aban et mon chamelier se disputent encore. Cette fois cependant la discussion ne prend pas aussi grave tournure qu'à Rhât. Pour y couper court, je donne l'ordre de se remettre en route.

Le sentier qui nous conduit à Mana serpente sur le flanc de la montagne, au milieu d'une végétation luxuriante. A un point, nous passons le ruisseau de Mon, dont les eaux découlent dans le grand cirque de Sabé, formant une série de petites cascades. Un troupeau de vaches à l'abreuvoir, conduit par des Ouarsanguélis en armes, donne au paysage une animation des plus étranges.

En maints endroits nous rencontrons de grands arbres qui produisent la gomme alet ou mourcoud^ sortes de sycomores aux troncs couverts d'une écorce rugueuse. Sous leur vert feuillage se balancent des grappes de nids d'oiseaux. Au-dessus des cactus en fleurs butinent des nuées de gros frelons qui font entendre en volant un cliquetis métallique. Quelques

rares olîbanums répandent leur suave parfum clans ce site enchanteur.

Mana est un petit plateau de 1,300 mètres d'altitude environ. Comme à Amoura et Daga-Safré, le sol est jonché de pétrifications. On a, de cette halte, vue sur Durduri et les vallées de Sélid et Mêlo à Test; à Fouest sur le grand cirque de Sabé et les sommets d'Aïrensitetd'Ergran.

De vieilles sépultures, de nombreux tumuli indiquent Foccupation déjà fort ancienne de Mana.

Une douzaine de goui^is y sont en ce moment installés. Nous campons tout à côté de Tun d'eux, et je laisse mes serviteurs dresser ma tente pour chasser quelques pintades hurded{\)^ dont le chant se fait entendre au coucher du soleil.

A travers bois, j'arrive jusqu'au sommet d'un mamelon couvert de blocs de rochers granitiques qui semblaient comme vomis par la montagne, au milieu d'épais buissons.

Je m'enfonce dans ces fourrés impénétrables qui me séparent de mon guide. Tout d'un coup, je perds l'équilibre sur une de ces roches glissantes, et ma chute m'entraîne à une dizaine de mètres de profondeur, me précipitant sur un tronc d'arbre. Je me relève tout meurtri, sans blessures sérieuses heureusement, et chose assez curieuse, tenant toujours mon fusil armé à la main. J'en étais quitte pour la rupture de mon flacon d'insectes, qui rendait la liberté à de nombreux et superbes prisonniers.

(1) Ainsi appelées parce que le mot hurded imite tout à fait leur cri.

iMais si je n'étais pas blessé, ma position était critique, car je ne pouvais remonter sur ces roches glissantes sans risquer de retomber encore avant d'en atteindre le sommet. Je criais, je tirais quelques coups de feu, personne ne répondait. Enfin Farah et Hamed arrivèrent à mes appels. On courut chercher des cordes, et ce n'est qu'avec peine qu'on me sortit de cette situation embarrassante.

Après une station de deux jours à Mana, nous nous remettons en route vers Lasgoré.

Nous suivons le versant est de Sabé; la route est accidentée, couverte d'arbres à gomme ; la végétation diminue au fur et à mesure que nous descendons.

A Galalè, où nous nous arrêtons, elle n'est plus composée que d'acacias et d'arbres épineux. Les roches nues et d'un ton rougeâtre sont em plâtrées de quelques olibanums.

Nous passons devant les Godmenanlé, série de grottes contiguës habitées par des troglodytes. L'un d'eux, accroupi, pétrissait une terre glaise noirâtre qui sert à la confection de marmites dites jVn. Pour la première fois, je voyais fabriquer ces poteries grossières et de formes tout à fait primitives; j'envoyai dans la suite quelqu'un chercher auprès de ce midgan la collection entière de celles que j'ai rapportées.

Tout près de Godmenanlé coule, au pied d'un daré (ficus indica), un filet d'eau limpide qui jaillit du sol au milieu des racines mêmes de l'arbre.

Les Çomalis appellent ce point de halte Darémalobé. Nous choisissons, à quelques centaines de mètres plus loin, un emplacement pour passer la nuit.

A peine a-t-on déchargé nos bêtes pour les laisser librement paître, que rendues furieuses par les mouches qui les piquent, elles se sauvent affolées dans la montagne.

Mes guides se mettent à leur jX)ursuite et ne les rattrapent que difficilement. Je suivais cette chasse au bord des précipices avec une certaine anxiété et un intérêt que la nature du terrain rendait encore plus grand.

De Darématobé, nous descendons dans le lit du Sabc. Le torrent coule à pleins bords, mais sans impétuosité, au milieu de damas. Nous le passons à gué tout près des deux monolithes de Kalmédo, blocs détachés de la montagne, qui n'en formaient qu'un jadis et se sont brisés dans leur chute. On dirait les deux piliers d'une porte étroite donnant accès sur le lit du torrent.

Nous suivons le Sabé jusqu'aux gorges de Garbad, comme celles auprès de Bassal-Hamoumi, derrière Lasgoré. Là, les eaux du Sabé disparaissent dans un trou.

Nous arrivons ensuite à Daïer Galla {la montagtte des singes et des chrétiens)^ roches abruptes ainsi appelées par les Çomalis, à cause sans doute des quadrumanes nombreux qui y habitent et des tumuli qui jonchent les environs.

Nous laissons le puits de Las-Mahàn (1) à noire droite et nous atteignons Lasgoré, après avoir traversé les grandes steppes arides qui forment le cirque désert s'ouvrant au sud de la ville.

Tout dans ma case était dans le plus grand ordre. Je n'avais qu'à me louer de la vigilance de ma servante arabe laissée à la garde de mon matériel. Elle avait dû tenir tête à tous les importuns et parfois appeler à son aide pour les écarter. Mon aban Mohamed-Abdi-Fata était parti. Elle-même me demanda de la laisser profiter de la première occasion pour rentrer à Aden, car elle ne pouvait se faire au régime de privations qu'elle avait été obligée de supporter en mon absence.

J'étais donc de retour et sur un terrain où je n'axais plus trop à redouter de mes hommes d'escorte.

Aussi je ne manquai pas, en exécutant scrupuleusement mes conventions de Fararalô, de bien marquer, par une récompense aux deux guides qui seuls m'avaient été réellement dévoués, le cas que je faisais de leurs bons services.

Pour mieux leur exprimer ma reconnaissance, je les réunis dans un même repas sous ma case, au grand dépit de leurs compagnons et malgré leurs protestations.

Mon chamelier surtout montra le plus d'insolence; il alla môme jusqu'à revendiquer le aschour pour

(1) Las puits, mahàn combat.

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le ^(liérîMi v»n frf re, accomjjaiinanl ses demandes de mftnjiwfs.

Je rfîsbii înfrhranlahle. le char«eant en re\anchc <IV;tre îiuprcs tlu chef des Ouarsanguêlis rinlerprèle du mépris profond que m'a\ai( inspiré sa conduite délo%ale.

igc ({UG IcH bèilouincH çoma\a inrtcnl u

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